Pressions, cartes d'identité falsifiées et argent électoral
Ici ou là, on affirme sa soif de démocratie, son souhait du déroulement du scrutin dans le calme, on souligne que les préparatifs se déroulent dans une bonne ambiance, mais on ne se prive pas d'accuser le camp adverse de tous les maux, sans nécessairement le citer. « Les services de renseignements syriens exercent de fortes pressions sur les électeurs libanais installés en Syrie. Ils vont jusqu'à les menacer », accuse le député Jamal Jarrah. Il explique que « les électeurs se voient remettre, par les services syriens, une enveloppe contenant la liste des candidats du 8 Mars ». « Le vote n'est-il pas censé être secret ? » demande-t-il. « La machine électorale d'un parti (de l'opposition) a également émis des cartes d'identité falsifiées », ajoute-t-il, précisant qu' « un seul parti au Liban a ces capacités ». Il souligne enfin que le ministre de l'Intérieur a été alerté de ces irrégularités et qu'il doit prendre des mesures.
Une autre source proche de la majorité qui a requis l'anonymat évoque « les fortes pressions exercées sur les délégués du 14 Mars dans les régions chiites et même chiito-chrétiennes ». « On veut nous empêcher de choisir librement nos délégués. Certains députés n'arrivent même à se rendre dans ces régions », affirme-t-elle, ajoutant que « les partisans du 14 Mars ont peur de dire tout haut leur choix politique ».
Du côté de l'opposition, on dénonce l'argent électoral. « Cet argent est utilisé dans tout le pays, à tous les niveaux », déplore le député Nasser Nasrallah, sans vouloir accuser une partie en particulier. Répondant aux accusations de la majorité concernant les pressions exercées sur les électeurs, il soutient que « ces accusations sont fausses et les électeurs ont la liberté totale de faire leur choix. » « Qu'ils donnent un seul exemple de ces allégations. Que celui qui a fait l'objet de pressions le dise », souligne-t-il, tout en affirmant que « les accusations sans preuves sont infondées ». Il invite aussi le ministère de l'Intérieur à prendre les mesures nécessaires, en cas de fraude, notamment au niveau des cartes d'identité.
La confiance des deux camps
L'ancien député Élie Ferzli ne peut, lui aussi, s'empêcher de dénoncer l'argent électoral. « L'argent a saboté la démocratie », déplore-t-il. « Il a de tout temps fait partie du paysage électoral libanais, mais il n'a jamais été aussi présent qu'aujourd'hui », affirme-t-il, insistant sur « le devoir du gouvernement de montrer du doigt les responsables ». Répondant également aux accusations de pressions exercées par le 8 Mars sur les électeurs libanais installés en Syrie, il observe que chaque partie s'occupe de ses électeurs et les incite à voter. « Pourquoi la majorité a-t-elle le droit d'exercer la pression sur ses électeurs et pas nous ? », demande-t-il.
De part et d'autre, toutefois, on est totalement confiant, persuadé qu'on a toutes les chances de gagner. Côté 14 Mars, aussi bien le candidat Jamal Jarrah que la source proche de la majorité affirment que « la liste du 14 Mars dans sa totalité est sûre de sa victoire absolue », malgré la grande popularité des deux candidats de l'opposition Élie Ferzli et Nasser Nasrallah. La source ajoute que « les candidats de la liste sont très unis et travaillent ensemble pour leur victoire commune ».
Côté 8 Mars, on est aussi confiant. « Nous avons grand espoir de remporter la bataille, car notre liste est constituée de Békaïotes purs. Nous sommes sûrs d'obtenir 30 % des voix sunnites et tirons parti du fait que l'accord quadripartite est du passé », explique Élie Ferzli. « Il reste à savoir si la majorité actuelle sera capable de percer notre liste », ajoute-t-il, avec un brin d'humour. Quant au député Nasser Nasrallah, il note que « les membres de la liste ont accompli leur travail et les électeurs ont déjà fait leur choix ». « Il faut que chacun accepte les résultats », conclut-il, sans en dire plus.
Seuls les résultats du scrutin donneront raison à une partie ou à l'autre. Dans l'espoir que l'opération électorale se déroule de manière démocratique et dans le calme, comme affirment le souhaiter aussi bien le 14 Mars que le 8 Mars.


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