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Culture - Concert

Thomas Fersen, le « magicien ose »

C'est au Music Hall qu'il a planté son chapiteau, installé son bric-à brac de sensations, d'odeurs et a sorti de son chapeau haut-de-forme à plumes tous ses personnages insolites. Avec ses contes populaires et ses comptines enfantines, « le comte » de Fersen a réveillé l'esprit de tous les poètes disparus.
Dans une ambiance mi-fête foraine, mi-guinguette, teintée de folklores du monde, balkanique, oriental et tzigane, bref sans couleur précise, Thomas Fersen a officié en M. Loyal et a présenté, durant deux heures, plusieurs de ses titres.
Vêtu d'un pantalon à carreaux et d'une redingote ainsi que d'un chapeau, qu'on aurait envie de fredonner (à sa façon) « turlututu », le chanteur, considéré comme le père de la nouvelle chanson française, a entraîné un public venu nombreux l'applaudir (car certains l'attendaient depuis longtemps) dans un voyage poétique, ludique et onirique. À la manière de Brassens et d'autres poètes « anars », ce sont les rimes qui sont la veine de ses mélodies. « Gratuites, dit-il, car, contrairement aux poèmes, elles ne sont pas une nécessité, elles sont plaisantes et amusantes. Pour cet auteur-compositeur, seule la joie de créer est jubilatoire, « ça ne m'intéresse pas de chanter les textes des autres. Par contre, créer une chanson et assister à sa réincarnation est un gros plaisir. D'autre part, je n'ai pas de problème à transformer ma composition. Je pourrai ainsi la livrer en toute liberté après l'avoir composée au piano ou sur mon ukulélé, comme je l'ai fait avec Fred Fortin pour qu'il l'habille et la déguise ». Et de poursuivre, avec des étincelles dans les yeux (tout comme les enfants polissons) : « Les déguisements, j'adore ça. » Le voilà qui enchaîne avec une histoire. « Le goût du costume vient de ma mère, qui nous faisait des déguisements quand nous étions petits. Je pouvais passer des journées entières déguisé en ours ou en quelqu'autre
personnage. »
Thomas Fersen, nom emprunté à l'amant de Marie-Antoinette - qui s'appellerait probablement « Edmond le jour », comme dans la chanson, et la nuit « mon loukoum, mon Jésus » -, s'amuserait-il donc à alimenter cette double image, cette double vie ? Assurément, semble-t-il dire, «car la scène est un endroit de liberté où l'on peut faire ce qu'on ne fait pas ailleurs. Je ne vais pas me déguiser dans la rue ni revendiquer en grandes pompes une image de chanteur. Je trouve ça violent et ça ne m'amuse pas, alors que sur scène on peut prétendre et faire croire aux autres des choses incroyables. »

Dans sa cour de « ré-création »
Les scènes du monde deviennent alors, comme ce soir-là au Music Hall, son aire de jeu où il s'amuse avec son « je ». Narrateur, il raconte alors ses « bizarreries » que seul lui a su introduire dans la chanson française. Des personnages secondaires, plus qu'ordinaires, qui vivent dans sa tête et qui, par cet instant de magie, surgissent hors de l'imaginaire et prennent forme dans une chanson. « Ce n'est que de l'air après tout, à quoi je donne une certaine consistance. »
C'est dans une sorte de grosse fanfare que le chanteur, prenant son ukulélé ou son harmonica et accompagné de ses quatre musiciens aux banjo, guitare et tambour, a donné vie à Diane de Poitiers, Jeanne et Blaise de Saint-Jean-du-doigt, chiens, serpents et tout le bestiaire incongru dans une farandole intemporelle. Sur fond de vocabulaire décalé et de ton dérisoire, pour « démystifier la chanson française », dit-il, les histoires pas très ordinaires, arrangées dans un cadre néanmoins classique, se mêlent aux histoires de
famille.
Thomas Fersen n'a pas changé, il a simplement mûri. Ses chansons paillardes sont toujours aussi cochonnes et grivoises. Il ne s'agit pas de fables, car elles n'ont pas de morale, mais de poésies en roue libre dont les rimes se suivent, courent les unes après les autres, s'attrapent par la queue pour les donner à ces messieurs. Ces messieurs et dames du public, ravis de retrouver sur scène ce grand enfant désobéissant se jouer encore des codes et des interdits et recréer, à sa façon, l'imaginaire des grands poètes.
Dans une ambiance mi-fête foraine, mi-guinguette, teintée de folklores du monde, balkanique, oriental et tzigane, bref sans couleur précise, Thomas Fersen a officié en M. Loyal et a présenté, durant deux heures, plusieurs de ses titres. Vêtu d'un pantalon à carreaux et d'une redingote ainsi que d'un chapeau, qu'on aurait envie de fredonner (à sa façon) « turlututu », le chanteur, considéré comme le père de la nouvelle chanson française, a entraîné un public venu nombreux l'applaudir (car certains l'attendaient depuis longtemps) dans un voyage poétique, ludique et onirique. À la manière de Brassens et d'autres poètes « anars », ce sont les rimes qui sont la...
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