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Culture - Rencontre

Tous en classe avec Laurent Cantet

C'est entre les quatre murs d'une classe carrée que professeurs et élèves et à présent spectateurs se retrouvent pour deux heures de joutes verbales qui mettent la langue française à l'honneur. Laurent Cantet est au Liban pour parler de ce film couronné à Cannes, 21 ans après « Sous le soleil de Satan » de Maurice Pialat.
Depuis que le jury de Cannes lui a décerné la Palme d'or pour son film Entre les murs, le cinéaste français Laurent Cantet voyage avec son œuvre pour la faire connaître. Aujourd'hui, c'est au tour du public libanais de faire la connaissance de la famille d'Entre les murs et peut-être de s'y retrouver.
Il n'a pas la grosse tête, Laurent Cantet, même s'il avoue en rigolant que l'ego en ressort quand même rasséréné. Il faut l'admettre : il y a de quoi. Faire un petit film avec pour casting un seul acteur principal face à une vingtaine de jeunes amateurs ; s'enfermer durant quelques mois sur les bancs d'une classe ; obéir à son simple instinct sans faire de concessions, ni essayer de plaire, de séduire ou encore de suivre les fluctuations du marché cinématographique, pour se retrouver au bout du compte couronné d'une Palme par un jury au président intransigeant, du nom de Sean Penn, et par la suite dans la course aux Oscars dans la catégorie film étranger : il y a quand même lieu de pavoiser. Or ce réalisateur, connu par les médias pour sa discrétion, se contente d'affirmer que cette aventure humaine était réellement une partie de plaisir.

Entre réalité et fiction
Une aventure qui commence lorsqu'au cours d'une émission de radio, alors que Laurent Cantet présentait son film précédent Vers le Sud, il rencontre François Bégaudeau, venu lui-même parler de son livre Entre les murs. À cette époque, le cinéaste travaillait sur un projet de film sur la vie de collège. Séduit par l'énergie que renvoyaient certains extraits du livre lus ce jour-là par Bégaudeau, le réalisateur décide de contacter l'écrivain (lui-même ancien enseignant) en vue d'une collaboration. « Dès le départ, il était clair qu'il ne s'agirait pas d'une véritable adaptation du roman. Je voulais mettre en évidence les situations décrites dans le livre telles que le rapport au langage - problème majeur du roman - et évoquer les autres thèmes abordés, comme le pouvoir des adultes, le rôle donné aux jeunes dans la société ainsi que tous les problèmes d'intégration et d'adaptation qui en découlaient », dit Cantet. D'autre part, alors que le livre relève plus du documentaire, l'histoire de Suleimane dans le film est le pivot sur lequel s'articulera la narration.
À regarder ces jeunes élèves se renvoyer la balle durant le film, l'on croirait qu'il s'agit-là d'une véritable classe. La réalité se confond en effet avec la fiction. « Dès le mois d'octobre j'ai ouvert, avec la permission d'un collège qui a accepté de se prêter à l'expérience, des ateliers de travail, en proposant à des jeunes de se présenter pour l'interprétation de rôles et ce n'est qu'à la fin de l'année scolaire que nous avons pu obtenir le nombre de vingt-cinq élèves qui ont fait partie de la distribution. Je leur proposais la situation et je voyais comment ils allaient se l'approprier, précise Laurent Cantet.

Des questions, mais pas de réponses
« Avec François Bégaudeau et Robin Campillo, mon coscénariste, j'avais écrit des phrases que je tenais à entendre et que j'induisais. Petit à petit, ces jeunes amateurs improvisaient tout en suivant les consignes que je leur avais dictées. L'atelier a commencé en octobre, s'est terminé fin mai et nous avons commencé le tournage au mois de juillet. Un travail de longue haleine, où l'improvisation s'imbriquait parfaitement avec les repères que j'avais posés, ajoute-t-il, à tel point qu'au moment du montage, personne ne pouvait deviner les limites. »
Le film est comme un journal qui narre jour après jour le quotidien de ce professeur face à ses élèves. « Dès la première prise de vues, alors que le professeur s'apprête à rentrer au collège, le spectateur sent qu'il n'en sortira pas. Il est mis au même plan que les protagonistes (élèves et professeurs) qui ne savent rien de leurs histoires personnelles respectives. »
« L'œuvre pose beaucoup de questions auxquelles je n'ai pas de réponses à donner, reprend le cinéaste. Je voulais simplement montrer les complexités de ce microcosme de la société. Même si l'école n'est pas un endroit confortable, c'est quand même un lieu de belles rencontres. C'est à la fois un lieu d'intégration, mais également d'exclusion. »

Match nul
C'est par ce jeu de trois caméras installées entre les murs de cette petite classe, par ce face-à-face énergique et musclé entre élèves et professeur, qui prend souvent l'aspect de duel de mots, que s'est construite l'action. « Un récit qu'on supposait purement « hexagonal », puisqu'il traite du rôle de la langue française dans ce qu'elle a de vernaculaire et d'évolutif, mais qui s'est avéré international puisqu'il a séduit plus d'un », affirme Cantet.
Difficulté à trouver sa place dans la société et crainte de l'énergie des adolescents, de leur vitalité et de leurs codes, ce sont autant de problèmes soulevés qui touchent toutes les sociétés.
Enfin, avant de se quitter, le cinéaste rappelle que la langue française est ce mélange de Molière, de Proust, mais aussi de Suleimane ou d'Esméralda, qui actualisent cette langue et l'enrichissent avec un rythme et une image verbale incroyables. « La culture n'est pas à mettre au musée, mais elle se construit tous les jours », conclut-il. Entre ces murs-là, où les joies se mêlent aux peines.
Depuis que le jury de Cannes lui a décerné la Palme d'or pour son film Entre les murs, le cinéaste français Laurent Cantet voyage avec son œuvre pour la faire connaître. Aujourd'hui, c'est au tour du public libanais de faire la connaissance de la famille d'Entre les murs et peut-être de s'y retrouver. Il n'a pas la grosse tête, Laurent Cantet, même s'il avoue en rigolant que l'ego en ressort quand même rasséréné. Il faut l'admettre : il y a de quoi. Faire un petit film avec pour casting un seul acteur principal face à une vingtaine de jeunes amateurs ; s'enfermer durant quelques mois sur les bancs d'une classe ; obéir à son simple instinct sans faire de concessions, ni essayer de plaire, de séduire ou encore de...
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