Après 18 saisons au Capitole de Toulouse, Nicolas Joël, 56 ans, succédera le 1er août à Gérard Mortier à la direction d'une institution de 1 800 salariés, dotée de deux théâtres (palais Garnier et Opéra de la Bastille) et d'un budget colossal (environ 180 millions d'euros, dont 100 apportés par l'État).
Pendant cinq ans, son prédécesseur flamand, pétri de dramaturgie, a défendu des choix esthétiques parfois aventureux en mettant en avant la dimension théâtrale de l'art lyrique dans une capitale où « l'on doit, selon lui, lutter pour ouvrir les esprits ».
Metteur en scène lyrique mondialement connu, Nicolas Joël arrive à Paris pour un premier mandat de six ans avec une vision paisible de son métier de directeur. Convaincu qu'un opéra est une « maison de musique » qui doit « offrir au public les saisons les plus équilibrées possible, en présentant "le" répertoire », dit-il à Benoît Fauchet, de l'AFP.
Symboliquement, le début de l'ère Joël coïncidera avec l'arrivée d'un directeur musical à l'opéra, qui n'avait plus de chef permanent depuis le départ en 2004 de l'Américain James Conlon, lequel n'avait d'ailleurs qu'un titre de « conseiller ».
Philippe Jordan, qui aura 35 ans en octobre et est considéré comme l'un des chefs les plus prometteurs de la jeune génération, sera deuxième dans l'ordre protocolaire de la maison (devant la directrice de la danse, Brigitte Lefèvre) et aura la haute main sur l'orchestre de l'opéra et ses 174 musiciens.
À leur tête, il dirigera dès la saison prochaine les deux premiers volets (L'or du Rhin et La Walkyrie) du Ring de Wagner, dans une mise en scène de l'Allemand Günter Kramer. L'Opéra de Paris n'a pas joué ce monument dans son intégralité depuis plus d'un demi-siècle (1957): une « surprenante anomalie » selon Nicolas Joël, qui a jugé « urgent » de la réparer.
Plusieurs ouvrages, et non des moindres, entreront au répertoire de l'opéra : Mireille de Gounod, charmante partition du XIXe siècle français donnée dans une mise en scène de Nicolas Joël lui-même en ouverture de saison, La ville morte de Korngold, chef-d'œuvre viennois de la première partie du XXe siècle, et La donna del Lago de Rossini...

