Mais pour l'heure, quelle drôle de méthode de changer un groupe victorieux contre le pays de Galles, mais de le conserver intégralement après une si cuisante défaite. Peut-être une façon pour l'encadrement de conditionner son avenir à la performance de ses troupes à Rome ?
« C'est une façon d'assumer nos choix et la défaite, s'est justifié l'entraîneur français, Marc Lièvremont. On répugne à annoncer un départ anticipé pour certains car on n'aurait pas pu analyser avec eux les raisons de cette défaite et mettre les points sur les "i". Ce groupe va réagir contre l'Italie. »
« Certains » joueurs fautifs
Pourtant, à entendre le discours, les griefs sont particulièrement ciblés. « Certains joueurs se trompent sur l'investissement au quotidien, par rapport aux exigences du haut niveau. Certains se trompent dans la préparation du match », a jugé Lièvremont dans une sortie en forme de tirade.
Marc Lièvremont, fidèle à ses principes, ne donnera pas de noms en pâture. Mais les défaillances individuelles de « certains » sont évidentes.
La prestation de Sébastien Chabal en troisième ligne a fait l'unanimité... contre elle. Fautif sur deux essais anglais de la première période, dérouté par l'accélération de l'arrière anglais Delon Armitage sur le cinquième, le « barbu » a semblé complètement dépassé. À peine fut-il remis en selle par la bonne entrée du revenant Julien Bonnaire qui provoqua son replacement en deuxième ligne.
L'ouvreur François Trinh-Duc a lui aussi paru en dessous de ce fameux « niveau d'exigence » dont parle Lièvremont. Et si son partenaire de charnière Morgan Parra a une nouvelle fois fait preuve d'une surprenante autorité pour son jeune âge, l'absence de buteur lui rajoute un poids inutile sur les épaules.
« Pas d'enseignements » contre l'Italie
Mais ces défaillances ne sauraient à elles seules expliquer une entame de match aussi consternante, sanctionnée par un essai dès la 2e minute. Ni ce grand chelem à l'envers dans tous les compartiments du jeu : touche, mêlée, ballons cédés directement à l'adversaire (13 !), succession d'en-avant et de fautes de goût dans les rares embryons d'attaque.
« C'est vraiment la défaite de l'exigence individuelle, a résumé Didier Retière, en charge des avants français. Beaucoup ont attendu la révolte des joueurs qui étaient à côté d'eux mais n'ont pas fait le nécessaire individuellement. »
Dans ces conditions, qu'attendre du déplacement à Rome ? Rien, à écouter Lièvremont, déjà inquiet à l'idée d'affronter les All Blacks et les Wallabies en juin prochain. « Même si on fait un gros match contre l'Italie, il n'y aura pas de gros enseignements à tirer. Elle bat au moins un adversaire chaque année. Comme elle ne l'a pas fait cette année, il y a quelques raisons d'être inquiet. » Une première défaite en Italie dans le cadre du tournoi pourrait transformer cette inquiétude en épitaphe.

