C'est dans cette optique-là que l'on comprend alors le choix des morceaux qui n'est pas fortuit. De Vivaldi (Concerto n°2 en G majeur) à Ravel (Pavane pour une infante défunte), en passant par Franz Danzi ou le Quintet de Rosetti; et de Edward Elgar (fin XIXe ) à Paul Hindesmith (XXe siècle), les musiciens ont donné à voir un large échantillonnage de leurs prestations musicales.
David Palmquist (cor d'harmonie), Niels Anders Vedsten Larsen au basson, Hélène Navasse à la flûte traversière, Niels Dittmann au hautbois et Egils Sefers à la clarinette ne se sont pas contentés de reproduire une musique, mais l'ont vécue intensément l'espace d'une heure trente sur les planches de l'auditorium Émile Bustani. Tout en expliquant à une audience enthousiaste le choix et l'origine de chaque composition, les artistes ont su donner un moule nouveau aux harmonies traditionnelles.
Ce soir-là, les timbres, tantôt puissants, doux et charmeurs du hautbois, instrument que Berlioz qualifiait de «timide, plein de tendresse et de candeur», se mélangeaient sans discordance aux sonorités claires et nasillardes de la clarinette et au majestueux cor d'harmonie à l'allure triomphante mais souvent plein de rondeur et de mélancolie. Dans cette famille aux multiples facettes, la flûte traversière, mutine et câline, s'amuse à taquiner ses confrères, tandis que le basson joue les ambiguïtés. Ainsi, son timbre chaud dans le registre grave peut s'avérer extrêmement brillant, voire agressif dans l'aigu. Ses mélodies évoquent les contes et les fables enfantines, comme Pierre et le loup de Sergueï Prokofiev.
Par un exercice galant de ping-pong musical, Carion a instauré un dialogue où chaque instrument apportait à l'autre son savoir et son langage particulier.

