Comment ne pas s'émouvoir devant ce chanteur qui, après dix ans d'absence de la scène musicale, s'est dit heureux, mais à la fois intimidé de se retrouver devant un public aussi nombreux? Comment ne pas saluer cet interprète qui a repris, en innovant mais tout en respectant l'origine et les paroles, les grandes mélodies du grand compositeur Sayyed Darwich? Accompagné de la troupe musicale d'al-Madina, à savoir Ziyad Sahhab au oud, Ghassan Sahhab au qanun, Bachar Farran à la basse, Ahmad Khatib aux percussions et Ahmad Chebbo au violon, le chanteur a fait vibrer l'audience en donnant un nouveau souffle à l'époque de la
Renaissance égyptienne.
Nostalgie et innovation
Mais qui est Sayyed Darwish qui, malgré une vie très courte (une trentaine d'années), est considéré comme un classique et, jusqu'à nos jours, est repris par de nombreux chanteurs de toutes générations confondues? Associé aux mouvements révolutionnaires de l'époque, notamment celui de Saad Zaghloul, l'artiste demeure la mémoire vivante de l'Égypte.
Compositeur lyrique né à Alexandrie à une époque où venait de naître le théâtre lyrique au début du XXe siècle, Darwish était si prolifique qu'il composait cinq pièces en un mois. Outre sa composition Bilady, Bilady, Bilady, l'hymne national de la République arabe d'Égypte, l'artiste avait contribué à développer la musique arabe. Son style musical nouveau mêle en effet les influences européennes (opéra italien et opérettes) et les nouvelles inspirations orientales. Ce novateur a réussi donc à révolutionner la musique arabe, sans en bouleverser ses structures profondes, et à produire un art de la chanson réaliste profondément ancrée dans la conscience collective.
C'est à cet esprit-là, toujours vivace, que Issa Ghandour a rendu hommage. Avec révérence et humilité. C'est tantôt le quotidien de la vie rurale et des fellaghas qui défile devant nos yeux dans Tol'et Ya Mahla Norha et le portrait de l'Égyptien lambda croqué avec humour avec le refrain Dingi Dingi, tantôt la tendresse d'une mère traduite dans Zourouni et la nostalgie d'un pays dans Salma Ya Salama. Ou encore des hommages, comme ceux à Saad Zaghloul dans Ya Balah Zaghloul et à son père Hassan Ghandour (compositeur qui fut son inspiration) dans Ya Leyl.
Par sa voix chaude et capiteuse et son répertoire chargé de toutes sortes d'émotions, Issa Ghandour, en harmonie totale avec la troupe al-Madina, a très vite allumé le feu dans une salle conquise d'avance, laissant en chacune des personnes présentes un brin de douce nostalgie agréable.

