En avant-propos, des sources informées précisent qu'il s'agit là d'une feuille de route définissant les frontières entre la religion et l'État.
Le Centre prône un État démocratique laïc ainsi que la neutralité du Liban par rapport aux axes, pour que le suivisme local cesse de servir les protagonistes extérieurs de conflits d'intérêts et d'influence. Le texte presse les pôles du cru à traiter les querelles qui les opposent par le dialogue, sans plus recourir à la violence armée. Il souligne la nécessité que la sécurité de la population soit assurée uniquement par les forces régulières, armée et police. Précisant qu'elles seules doivent être armées. Il insiste pour que les politiciens tiennent un discours relevé, à hauteur d'un sens certain de la responsabilité nationale. En soulignant qu'ils doivent protéger le Liban des effets néfastes des disputes électorales. Le document énumère les critères d'une saine consultation populaire, en invitant candidats et électeurs à bien assumer leurs responsabilités civiques. Le Centre condamne tout obstructionnisme menant à la paralysie des institutions. Il appelle à une décentralisation administrative élargie.
Le timing tombe apparemment à pic, après les piques entre les prosyriens chrétiens, déchaînés contre Bkerké, et Mgr Rahi qui a rappelé, comme on sait, que les auteurs d'insultes dirigées contre l'Église qu'incarne le patriarcat pourraient encourir l'excommunication.
En réalité, la charte a été conçue bien avant cet épisode de brûlante actualité. Elle résulte, en effet, des recommandations du synode maronite et du conclave des Églises du Liban tenu il y a un an à Saydet el-Jabal. Assemblées qui avaient souligné la double nécessité de faire la part des choses entre religion et État, et de reconnaître le rôle national des instances spirituelles. Parallèlement, quatre évêques mandatés par Bkerké pour traiter les dissensions interchrétiennes avaient fait signer aux pôles de la communauté, un peu trop portés sur l'invective, un pacte d'honneur pour des échanges politico-médiatiques plus civils.
Les pôles religieux musulmans ont reçu copie de la charte, qu'ils sont discrètement invités à adopter pour lui conférer une dimension nationale. D'ailleurs, les membres du comité de dialogue permanent islamo-chrétien vont assister aujourd'hui à la conférence de Mgr Rahi et certains d'entre eux doivent, à cette occasion, prononcer des allocutions.
Retour au timing. S'il est propice, indiquent des sources religieuses, ce n'est pas à cause de la polémique avec les prosyriens, mais parce qu'il tombe à trois mois des élections. Le document intervient en pleine campagne, pour en calmer un peu les débordements, si possible. En même temps, il est tout à fait opportun, au moment où la lutte des axes bat son plein, de mettre l'accent sur la nécessité nationale d'en protéger le Liban en déclarant sa neutralité à cet égard. Pour qu'il cesse de servir de lice aux conflits extérieurs de toutes sortes, et de porte-étendard unique, déchiré, des droits arabes.
Quoi qu'il en soit, les sources citées reconnaissent que la charte doit également servir de ligne de conduite pour les parties locales vis-à-vis de Bkerké. Elle confirme en effet les constantes nationales que le siège patriarcal défend. Et elle coupe court, toujours selon ces sources, aux surenchères comme aux accusations politiques, aux mises en doute, dirigées contre le patriarche Sfeir.
Il convient de signaler que selon des ministres retour du Vatican, il est complètement faux de prétendre, comme le font certains, que la curie est indisposée par les positions de Bkerké et que le patriarche ait été convoqué à Rome. Ces responsables soulignent qu'au contraire, le Saint-Siège voue au chef de l'Église maronite le plus grand des respects. Selon une source fiable, le nonce apostolique, loin d'avoir transmis l'agacement du Vatican par rapport au patriarche à des pôles prosyriens, comme ils le laissent entendre, leur aurait reproché les débordements de leurs attaques contre Bkerké.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine