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Actualités - Opinion

Hors piste Balle au centre

de Mahmoud harb Depuis que Michel Sleiman a laissé subrepticement entendre qu’il serait favorable à la création d’un bloc parlementaire du centre, son homonyme de Rabieh ne rate pas une occasion d’en dénigrer l’idée, de tirer à boulets rouges sur le concept même d’impartialité, de traiter la neutralité et ses adeptes de tous les noms : « insipides », « inutiles », « creux », « incolores », « inodores ». Michel Aoun a ainsi aligné les synonymes – plus ou moins parfaits – pour tenter de mettre en avant ce qu’il pense être « la vaine stérilité » du bloc neutre. Un – énième – paradoxe ressort quand même de cette sémantique. En effet, pourquoi l’ancien général consacre-t-il la quasi-totalité de ses apparitions médiatiques à décrier un bloc parlementaire s’il est aussi « insipide » qu’ « inutile » et qui de surcroît n’a même pas encore vu le jour ? Pourquoi une idée « creuse » qui reste à l’état de projet et d’hypothèse hante-t-elle autant celui qui se targue de pouvoir s’exprimer au nom de « 70 % des chrétiens » ? Comment « l’incolore » peut-il menacer le « franc », le « courageux », le « réel » ? La réponse à ces interrogations saute directement aux yeux : si Michel Aoun évoque aussi fréquemment ce dossier, c’est que l’éventuelle élection, au printemps prochain, de députés « inodores » ne sera pas, pour lui, ce qu’il y a plus de plus indolore. En effet, l’électorat du CPL en 2005 n’était pas strictement composé de aounistes purs et durs. Aux côtés de ceux-là, des milliers de chrétiens opposés à l’occupation syrienne du Liban, écœurés par la corruption qui gangrène la classe politique et la société du pays depuis des décennies, allergiques aux Forces libanaises du fait de leur rôle dans la guerre civile, guère enthousiasmés par les personnalités chrétiennes non partisanes du 14 Mars, ont été séduits par le discours de Michel Aoun, votant massivement pour ce dernier et pour ses alliés. Or le maître de Rabieh en 2005 n’est plus celui de 2009. Depuis le dernier scrutin législatif, le chef du CPL a effectué une révision profonde de son discours et de ses constantes pour conclure une alliance avec le Hezbollah dont il soutient l’armement avec acharnement, défendre l’opération du parti de Dieu qui a abouti au déclenchement de la guerre de juillet, participer au siège du Grand Sérail et au blocage du centre-ville, appuyer la razzia du 7 mai contre Beyrouth et la Montagne, visiter Téhéran et se « réconcilier » avec le régime de Bachar el-Assad qui l’a reçu avec faste à Damas. Au-delà des souhaits irréels de certains pôles du 14 Mars et de l’autocongratulation aouniste permanente, il est évident que ce bilan pour le moins étonnant de l’action du CPL au cours des 4 dernières années ne manquera pas de laisser des déçus dans les rangs des électeurs non militants du courant éponyme. Sûrement pas en nombre suffisant pour empêcher Michel Aoun lui-même d’accéder à l’hémicycle, comme le prétendent certains farfelus de la majorité, mais probablement assez nombreux pour peser sérieusement sur les résultats des élections. Lors du prochain scrutin, ces déçus devraient d’ailleurs chercher une alternative à la dualité CPL-FL, le premier ne répondant plus à leurs aspirations, et le souvenir de certains épisodes horribles de la guerre étant encore trop vivaces pour voter pour les seconds, malgré le mea culpa historique de Samir Geagea. Vers qui pourraient-ils donc se rabattre ? Kornet Chehwane aurait été un choix de prédilection, si les calculs myopes de certains de ses composantes n’avaient pas mené à sa disparition officielle. Les dirigeants chrétiens indépendants appartenant à la coalition majoritaire sont, eux, soit trop absents, soit trop confinés dans leurs régions respectives pour bénéficier d’une attractivité suffisante dans la rue. L’absence d’un pôle de récupération de leurs voix au sein du 14 Mars aurait inéluctablement placé les déçus du aounisme hors jeu électoral, s’il n’y avait pas de 3e voie possible. Or cette alternative existe. Elle est même confortablement installée à Baabda et se prénomme Michel Sleiman. De par son appartenance religieuse, le chef de l’État occupe de facto une position proéminente au sein de la communauté chrétienne. Qu’en est-il alors s’il a su se poser en véritable arbitre interne, malgré sa marge de manœuvre limitée, désamorçant bombe après bombe, évitant méticuleusement toute confrontation, favorisant la stabilité et la réconciliation, soignant son image d’homme de dialogue et d’ouverture, osant contredire Bachar el-Assad en face, en pleine conférence de Doha (du jamais-vu dans l’histoire du Liban) ? Tout candidat à la députation qui pourrait avoir la bénédiction ostentatoire ou implicite de Michel Sleiman ne devrait pas manquer de priver les listes aounistes de précieuses voix. Il est donc compréhensible que la neutralité, véritable sceau du chef de l’État, puisse autant susciter l’ire de Michel Aoun. D’autant plus que le président de la République a attiré vers lui plusieurs puissants barons régionaux dans le Metn, à Jbeil, dans le Kesrouan et même semble-t-il à Zahlé, parmi ceux-là mêmes qui ont fourni aux listes aounistes un inestimable soutien électoral en 2005. Doublement victime du tropisme de la neutralité qu’a produit le président Sleiman dans la rue chrétienne, Michel Aoun ne pourrait même plus tenter de se réconcilier avec ceux qu’il a déçus en présentant aux élections des candidats non partisans et plus ou moins indépendants. Dans un tel cas de figure, il aurait à craindre de revivre l’expérience d’Émile Lahoud en fournissant à des candidats de ce type des voix gratuites pour les voir se rallier ensuite à son pire rival, en l’occurrence le chef de l’État. Après avoir multiplié les attaques latérales contre la ligne politique de Michel Sleiman en s’en prenant avec virulence à l’hypothétique bloc du centre, Michel Aoun semble s’orienter de plus en plus vers la collision frontale, directe, personnelle avec le locataire de Baabda. Pour éviter la douloureuse facture électorale, il ne pourra en effet que tenter d’assimiler le chef de l’État au 14 Mars, dans l’espoir de pouvoir mobiliser contre lui ceux qui ont voté pour le CPL en 2005. Il a d’ailleurs franchi un pas supplémentaire dans ce sens hier, en martelant que « le bloc du centre n’est que le nom de guerre du 14 Mars », que « celui qui prétend être neutre doit l’être réellement et non servir de camouflage à un autre camp », que « celui qui se dit impartial doit l’avoir été pendant au moins 10 mois ». Reste à savoir si Michel Sleiman, lui, pourra relever le défi et proposer concrètement une 3e voie aux électeurs chrétiens qui y aspirent, malgré les pressions sévères de l’autre côté de la frontière qui sont exercées sur lui pour l’empêcher d’incommoder Michel Aoun qui, dit-on, serait une « ligne rouge à ne jamais franchir ».
de Mahmoud harb

Depuis que Michel Sleiman a laissé subrepticement entendre qu’il serait favorable à la création d’un bloc parlementaire du centre, son homonyme de Rabieh ne rate pas une occasion d’en dénigrer l’idée, de tirer à boulets rouges sur le concept même d’impartialité, de traiter la neutralité et ses adeptes de tous les noms : « insipides », « inutiles », « creux », « incolores », « inodores ». Michel Aoun a ainsi aligné les synonymes – plus ou moins parfaits – pour tenter de mettre en avant ce qu’il pense être « la vaine stérilité » du bloc neutre.
Un – énième – paradoxe ressort quand même de cette sémantique. En effet, pourquoi l’ancien général consacre-t-il la quasi-totalité de ses apparitions médiatiques à décrier un bloc parlementaire s’il est aussi « insipide...