La guerre sévit à Bagdad, mais, dans les rues de la capitale irakienne, les batailles se règlent avec des images et des mots à la place des balles et des bombes. À moins de deux semaines des élections provinciales prévues le 31 janvier, des affiches électorales aux couleurs éclatantes constellent les ternes artères de la capitale irakienne, coupées par des murs de béton anti-explosion.
Recouvrant les murs, la propagande électorale a redonné aux 7 millions d’habitants de Bagdad un mince espoir : que les hommes politiques tiennent leurs promesses d’un avenir meilleur. L’une des images les plus repérables est celle du Parti démocratique de la nation irakienne, dirigé par Mithal al-Aloussi, un parlementaire sunnite plus connu pour avoir effectué un voyage controversé en Israël en 2004. Ses dépliants montrent la photo d’un enfant buvant dans un ruisseau d’eaux usées à l’aide d’une paille blanche. En dessous est écrit un vieux proverbe, « chat échaudé craint l’eau froide ». Son discours s’en prend aux hommes politiques au pouvoir, incapables de résoudre les problèmes de base de la ville : manque d’eau potable, d’électricité, et chômage.
Toutefois, dans les rues négligées de la mégapole, les visions pessimistes de l’avenir restent assez répandues. « Regardez ce que les élus sortants ont fait. Rien. Ils n’ont rien fait pour concrétiser nos espoirs. Je ne voterai pas », déclare Imad Jabbar, un fonctionnaire. Pour Haydar Hassan, un commerçant, voter est toutefois le seul moyen d’avancer, malgré les problèmes. « Mon vote servira au pays et améliorera la sécurité. Et si Dieu le veut, nous aurons de meilleurs services municipaux », dit-il.
Acquérir une crédibilité est le principal défi auquel sont confrontés les candidats à ce scrutin, considéré comme un test pour les législatives qui se tiendront à la fin de l’année. Avec plus de 15 millions d’Irakiens appelés aux urnes, le vote sera aussi un test crucial concernant la capacité des forces de sécurité à empêcher les violences, au moment où l’armée américaine s’efface progressivement et élabore ses plans de retrait du pays pour 2011.
En attendant, la bataille s’annonce serrée, avec plus de 400 groupes politiques et 14 431 candidats concourant pour 440 sièges dans les conseils de 14 des 18 provinces d’Irak. La province de Kirkouk et le Kurdistan autonome organiseront leurs élections ultérieurement. Selon un sondage publié hier par le Centre national des médias, un organisme gouvernemental, 42 % des Irakiens affirment vouloir voter pour des candidats laïcs, tandis que 31 % préfèrent un candidat religieux et le reste n’a pas encore fait son choix. En outre, 68 % des personnes interrogées ont dit qu’elles étaient contre l’utilisation de symboles religieux durant la campagne. Quant à la participation, plus de 73 % des sondés ont dit qu’ils allaient voter. Pour cette enquête, 4 500 personnes, de toutes les origines ethniques et confessions, ont été interrogées dans les 18 provinces du pays. Aucune marge d’erreur n’était disponible.
Le journaliste lanceur de chaussures
demande l’asile politique en Suisse
Le journaliste irakien Mountazer al-Zaïdi, qui a lancé ses chaussures sur le président américain George W. Bush le 14 décembre dernier à Bagdad, va demander l’asile politique en Suisse, a annoncé un avocat genevois au quotidien La Tribune de Genève. « Au début du mois, sa famille est entrée en contact avec moi via le Comité international de la Croix-Rouge, et je vais écrire cette semaine au département fédéral (ministère) des Affaires étrangères pour encourager la Suisse à lui accorder l’asile politique », a indiqué l’avocat, Mauro Poggia. La Suisse peut lui accorder l’asile « sans pour autant prendre position pour ou contre l’intervention américaine en Irak », a-t-il estimé. M. Zaïdi devait être jugé le 31 décembre par la Cour centrale criminelle d’Irak, compétente pour les affaires de terrorisme, mais le procès a été reporté sine die en l’attente d’une décision sur la demande d’annulation de la procédure déposée par son avocat, Me Dhiya al-Saadi. Il risque 15 ans de prison pour « agression contre un chef d’État étranger ».
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Recouvrant les murs, la propagande électorale a redonné aux 7 millions d’habitants de Bagdad un mince espoir : que les hommes politiques tiennent leurs promesses d’un avenir meilleur. L’une des images les plus repérables est celle du Parti démocratique de la nation irakienne, dirigé par Mithal al-Aloussi, un parlementaire sunnite plus connu pour avoir effectué un voyage controversé en Israël en 2004. Ses dépliants montrent la...