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Actualités - Opinion

En dents de scie Collet serré Ziyad Makhoul

Deuxième semaine de 2009. On a le sens de l’à-propos chez les Assad ; de la constance, souvent, et on ne perd pas toujours le nord… La première série de katiouchas minutées et prêtes à être lancées à partir du Liban-Sud contre l’État hébreu a été miraculeusement ou judicieusement trouvée à temps ? Qu’à cela ne tienne : le factotum entièrement dévoué à la cause syrienne qu’est Ahmad Jibril, ce sémillant leader du FPLP-CG, est immédiatement resollicité, et, cette fois, le hasard, s’il existe, ou quelque coïncidence, font que les roquettes sont tirées. Et qu’elles atteignent leur but – avec juste un peu de bruit et aucun mal (pour la cible visée). Et que le triple message syrien, surtout, soit reçu cinq sur cinq par les quatre destinataires : le Hezbollah, l’Iran, la communauté internationale et Israël. À ces deux derniers, le régime de Damas hurle qu’il existe, que la Syrie est (ou souhaite être ?) incontournable dès qu’un moindre vent s’amuse ou s’aventure à souffler sur toute la région, qu’elle est une composante essentielle de quelque jeu que ce soit ; à la communauté internationale et à Israël, le régime de Damas veut clairement faire comprendre qu’il lui est matériellement possible de torpiller la plus infime éventualité de règlement ou de paix. Avec les Iraniens, c’est tout aussi ferme, mais plus nuancé, d’autant que de sérieux points d’interrogation parasitent depuis quelques mois, depuis l’assassinat de Imad Moghnieh et de Mohammad Sleiman, la relation nécessairement (pour l’instant) organique et indéfectible entre les deux pays. Aux Iraniens, les Syriens rappellent ainsi, à tort ou à raison, et mine de rien, que ce sont eux, quoi qu’il advienne, qui tiennent le littoral libanais. Un avertissement naturellement adressé, aussi, d’abord, au Hezbollah, dont le secrétaire général a sans aucun doute dû très fortement agacer, il y a quelques jours, sur les rives du Barada. Bien sots et bien dupes sont ceux persuadés que des négociations avec Israël peuvent aboutir – il n’y a que la résistance qui peut donner des résultats, avait en substance décrété Hassan Nasrallah à l’intention, certes, des Libanais convaincus par les possibles vertus de la diplomatie, mais avant toute chose des Syriens – Bachar el-Assad lui-même avait appelé de ses vœux, fin décembre dernier, à des négociations directes entre son pays et l’État hébreu. Légèrement piégé, du moins carrément coincé par les Syriens, et dans l’impossiblité de leur refuser de faciliter la sale œuvre d’Ahmad Jibril, le Hezbollah a réagi de la plus juvénile des manières. Ne pouvant publiquement ni déclarer qu’il est contre les tirs de roquettes (ce serait très mal perçu par la rue arabe, voire considéré comme une espèce de collusion avec Israël) ni, à la veille des élections et dans une sorte de réédition flagrante de sa monumentale erreur de juillet 2006, marteler qu’il est pour, le parti chiite a juré ses grands dieux qu’il n’était au courant de rien. Une sortie de secours d’une incongruité folle, surtout à l’aune de la légendaire et colossale coquetterie du Hezb : qui peut croire un seul instant que le plus petit des déplacements au Liban-Sud peut échapper à la surveillance hypervigilante et aguerrie de la formation de Hassan Nasrallah ? À moins que, hypothèse improbable mais tout est possible, que le Hezb n’est plus ce qu’il était et que ses capacités touchent plus au mythe qu’à une certaine réalité… Il n’en reste pas moins que ce petit traquenard particulièrement serré a donné un bien surprenant et extrêmement bienvenu résultat – qui a dû faire hoqueter les Assad : le Hezbollah, pour la première fois depuis 2006, s’est sagement, très vite et on ne peut plus officiellement (c’était en Conseil des ministres…) rangé sous une ombrelle tombée, pour une fois, du ciel : cette fameuse unanimité nationale. La forme est stupéfiante ; le fond l’est encore plus quand on pense à l’objet de cette unanimité, qui désacralise purement et simplement le Hezbollah aux yeux des masses arabes ; cette concorde, cet unisson s’étant faits sur un principe élémentaire, sur le pur bon sens : que charité bien ordonnée commence par soi-même, qu’il serait inadmissible que le Liban se suicide pour qui que ce soit, qu’il est impensable, en un mot comme en cent, que quiconque puisse penser une seule seconde ouvrir un deuxième front contre Israël à partir du territoire libanais. Et ce ne sont pas les arabo-musulmans en général, les Syriens en particulier, qui s’aventureraient pour tout l’or du monde à remettre ce principe, cette exigence de survie, en cause… Ce virage ou ce revirement, cette échappatoire, cette nouvelle stratégie ou cette tactique purement ponctuelle obligent doublement le Hezbollah (et avec lui l’Iran). Un : la sincérité, la crédibilité du parti de Dieu, auquel nul ne prétend faire le moindre procès d’intentions, sont désormais en jeu ; les semaines, les mois à venir constitueront un test grandeur nature pour le Hezb. Deux : cette acceptation inconditionnelle des diktats de l’unanimité nationale, auxquels l’ensemble des factions libanaises doit définitivement être soumis, n’est pas, ne peut pas être circonstancielle ou optionnelle ; cette unanimité nationale a indiscutablement valeur de Loi fondamentale et ne peut en aucun cas représenter pour le Hezb ou pour toute autre formation libanaise un recours providentiel en cas de léger embarras ou de sérieuse impasse. Que va-t-il se passer le 22 janvier prochain, lorsque les Quatorze se retrouveront, en principe (on parle beaucoup de conditions rédhibitoires d’élargissement de la table du dialogue, que posera de nouveau une opposition résolument peu désireuse d’avancer dans les débats), à Baabda pour reprendre les discussions sur la stratégie de défense, c’est-à-dire sur le désarmement du Hezbollah ? Ce dernier acceptera-t-il de se soumettre, cette fois encore, aux exigences on ne peut plus naturelles, de l’unanimité nationale ? Rien n’est moins sûr – à l’aune notamment, encore une fois, des récentes et par bien trop péremptoires prises de position de Hassan Nasrallah, qui avait décrété, en parfait petit monarque absolu, que la seule stratégie de défense valable est la résistance… Mais il y a quelque chose de miraculeux, jusqu’à nouvel ordre, dans l’harmonie du tandem Sleiman-Siniora. Et c’est là, et rien que là, jusqu’à nouvel ordre, que se trouve sans doute la meilleure forme de résistance.
Deuxième semaine de 2009.
On a le sens de l’à-propos chez les Assad ; de la constance, souvent, et on ne perd pas toujours le nord…
La première série de katiouchas minutées et prêtes à être lancées à partir du Liban-Sud contre l’État hébreu a été miraculeusement ou judicieusement trouvée à temps ? Qu’à cela ne tienne : le factotum entièrement dévoué à la cause syrienne qu’est Ahmad Jibril, ce sémillant leader du FPLP-CG, est immédiatement resollicité, et, cette fois, le hasard, s’il existe, ou quelque coïncidence, font que les roquettes sont tirées. Et qu’elles atteignent leur but – avec juste un peu de bruit et aucun mal (pour la cible visée). Et que le triple message syrien, surtout, soit reçu cinq sur cinq par les quatre destinataires : le Hezbollah, l’Iran, la communauté...