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Actualités - Chronologie

Exposition Les multiples visages d’un « No Face Land »

Maya GHANDOUR HERT Les photographies géantes de Nijad Abdul Massih, d’un surréalisme surprenant, nous parachutent dans un monde criblé de cicatrices, mais où l’esthétisme triomphe*. Les cartons d’invitation de Nijad Abdul Massih ressemblent à un vieux parchemin. Il s’agit là d’une mini-reproduction d’une œuvre intitulée Faceless Bayruth où deux mains masculines cachent un visage rendu ainsi anonyme. L’image surréaliste est parcourue de fissures, comme ces photos qu’on nous montre sur National Geographic Channel pour illustrer la désertification de notre planète. La terre qui nous nourrit est-elle devenue tellement aride, asséchée, désertée de ses fils ? « Après avoir vécu à Rome pendant 13 ans, je suis rentré à la veille de l’offensive israélienne sur le Liban en juillet 2006. Ce que vous voyez ici est le fruit des deux dernières années passées à Beyrouth. » L’ordinateur portable, majeur outil de travail du photographe, est posé sur une caisse en acier et diffuse une voix fayrouzienne. Puis un timbre occidental prend la relève. Le jeune homme en sweat-shirt gris décoré de squelettes et de crânes (rien de morbide, rassurez-vous, c’est juste un motif à la mode) sourit. Ses yeux marron se plissent. « J’aime trop mon pays », dit-il, comme pour s’excuser d’avoir trop parlé de Beyrouth. De l’avoir critiqué dans ses œuvres. Ou plutôt, pour être plus exact, d’avoir porté atteinte à ses habitants, à leurs us et coutumes, et à leurs actions. D’avoir décrit, d’une manière franche et directe, leur façon d’être. D’avoir dénoncé leurs abus. Le tout avec cette sincérité désarmante que l’on use avec les êtres aimés uniquement. Quatre-vingt photographies aux grandes dimensions, les unes accrochées aux vitres, d’autres aux murs et d’autres encore suspendues à des fils invisibles, le tout formant comme une boîte rectangulaire multicolore, racontent donc le Liban, sa capitale, les gens, l’ethnicité, la place des Martyrs, Gemmayzé, l’immigration des jeunes, la pollution, la célébrité… Vus par un artiste à l’œil critique qui décortique aussi bien les dégâts écologiques que l’architecture d’un bâtiment, ou encore les mœurs ambiantes. Disons-le d’emblée : les personnages pris en portrait sont d’une telle beauté qu’on les prendrait, au premier abord, pour des mannequins posant pour des publicités. Mais voilà. À y voir de plus près, ces Vénus aux traits parfaits et ces Apollon roulant des mécaniques ne sont pas tellement lisses. Sous la bouche pulpeuse, le cou est entaillé de cicatrices. Sous le menton carré, le torse puissant est clairsemé d’éclats d’obus. Stigmates de guerre ou traces de chirurgies esthétiques ? Les deux, sans aucun doute. * Jusqu’au 29 décembre, au rez-de-chaussée de l’immeuble Berytus Parks, Park Avenue, Mina el-Hosn.
Maya GHANDOUR HERT

Les photographies géantes de Nijad Abdul Massih, d’un surréalisme surprenant, nous parachutent dans un monde criblé de cicatrices, mais où
l’esthétisme triomphe*.
Les cartons d’invitation de Nijad Abdul Massih ressemblent à un vieux parchemin. Il s’agit là d’une mini-reproduction d’une œuvre intitulée Faceless Bayruth où deux mains masculines cachent un visage rendu ainsi anonyme. L’image surréaliste est parcourue de fissures, comme ces photos qu’on nous montre sur National Geographic Channel pour illustrer la désertification de notre planète. La terre qui nous nourrit est-elle devenue tellement aride, asséchée, désertée de ses fils ? « Après avoir vécu à Rome pendant 13 ans, je suis rentré à la veille de l’offensive israélienne sur le Liban en juillet 2006. Ce que vous...