Pour compenser le déclin de leurs réserves pétrolières, les Émirats arabes unis vont lancer l’an prochain un appel d’offres pour plusieurs centrales nucléaires. Pour les dirigeants occidentaux, ce projet constitue à la fois une énorme opportunité commerciale et un véritable casse-tête géopolitique, selon le site Intelligence Online. Le français Areva et son concurrent américano-japonais Westinghouse sont fortement mobilisés sur ce mégacontrat. Mais la porosité de la frontière maritime avec l’Iran hypothèque le projet : un programme nucléaire aux Émirats pourrait indirectement bénéficier à Téhéran.
Disposant de bases militaires aux Émirats, la France et les États-Unis sont à ce jour les mieux positionnés pour y construire les centrales nucléaires, même si le Japon et le Royaume-Uni sont également dans la course. Associé à Total et à Suez, Areva a déjà soumis une offre non sollicitée en janvier dernier, lors du voyage du président Nicolas Sarkozy à Abou Dhabi. Intervenue trop tôt, cette proposition n’a débouché sur rien : le chef de l’État français s’est contenté de signer un accord de coopération nucléaire très général avec les Émirats. De son côté, l’administration Bush négocie depuis l’été un partenariat similaire et souhaite l’annoncer avant l’intronisation de Barack Obama. Le nouveau président démocrate n’a pas encore officiellement pris position sur la coopération nucléaire avec Abou Dhabi.
Avant de lancer un appel d’offres pour la construction de centrales nucléaires, les Émirats arabes unis mettent en place une société publique, Emirates Nuclear Energy Corp. (ENEC), ainsi qu’une autorité de surveillance : la Federal Authority for Nuclear Regulation (FANR). En prévision des contrats à venir, Paris et Washington tentent de s’imposer comme des partenaires incontournables de ces deux entités. Depuis septembre, la FANR est conseillée par William Travers, qui fut directeur des opérations de la Nuclear Regulation Commission américaine. Deux cabinets américains, CH2M Hill et Thorium Power, travaillent quant à eux pour l’ENEC. Côté français, l’Agence France nucléaire internationale (AFNI) du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) aide les Émirats à rédiger la législation sur la sûreté nucléaire, qui devrait entrer en vigueur l’année prochaine. Le mois dernier, Areva, jusqu’ici dépourvu de représentation locale, a ouvert un bureau à Abou Dhabi, placé sous la direction de Charles Hufnagel, ex-n° 2 de la communication du groupe. La direction des affaires internationales d’Areva, dirigée depuis juin par l’ancienne ministre espagnole Ana Palacio, vient également de recruter le diplomate Jean-Noël Poirier, qui fut en charge du Proche-Orient au cabinet du ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine, entre 1997 et 2000.
Cet activisme diplomatique et commercial laisse le Congrès américain de marbre. Le 12 décembre, la représentante républicaine de Floride, Ileana Ros-Lehtinen, a introduit un projet de loi au titre explicite : « Limitation on Nuclear Cooperation with the United Arab Emirates Act of 2008 » (H.R. 7316). Ce texte, s’il est adopté, empêchera toute coopération nucléaire entre les États-Unis et les Émirats tant que la Maison-Blanche n’aura pas certifié qu’aucun composant américain sensible n’a été réexporté en Iran via Dubaï. Sous la pression du Bureau of Industry & Security (BIS) du département américain du Commerce (IOL nº545), les Émirats se sont dotés l’an dernier d’une loi sur le contrôle des exportations, censée empêcher les transferts de technologie américaine classifiée vers l’Iran. Cette loi, Federal Act 13, est cependant loin d’avoir mis fin aux échanges entre Dubaï et Téhéran. Les parlementaires américains sont donc peu disposés à accorder un blanc-seing aux Émirats. L’hostilité du Congrès envers le programme nucléaire émirati est un problème pour Westinghouse comme pour Areva. Le groupe français est en lice pour d’importants contrats aux États-Unis et ne peut s’aliéner les députés américains. Tout en continuant à s’affronter aux Émirats, Westinghouse et Areva vont devoir dans les mois qui viennent mener une campagne de lobbying à Washington. Heureux hasard pour Areva : c’est le cabinet Covington & Burling, dont est issu le nouveau ministre de la Justice de M. Obama, Eric Holder, qui le défend aux États-Unis.
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Disposant de bases militaires aux Émirats, la France et les États-Unis sont à ce jour les mieux positionnés pour y construire les centrales nucléaires, même si le Japon et le Royaume-Uni sont également...