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Actualités - Opinion

La chronique de Nagib Aoun Délit d’initié

Ce n’est pas de la politique, c’est carrément la foire d’empoigne, ce n’est pas de la « haute stratégie », celle que l’on négocie, à tour de rôle, sur les rives du Barada, c’est tout simplement un clou supplémentaire enfoncé dans un cercueil, l’autodafé d’un long livre de bord intitulé Illusions perdues. Le clou d’un spectacle donné à guichets fermés. Applaudissements sur commande garantis : tous ont été à « bonne école », celle du chef de droit divin dont la parole est parole d’Évangile ou de Coran. Mais continuer à en parler, critiquer leurs « tours de force » qui abreuvent de sel les plaies de notre indignité, c’est finalement leur faire trop d’honneur, les faire se complaire dans leurs vains grenouillages. Après tout, patience est mère des vertus : la grenouille qui veut se faire aussi grosse qu’un bœuf ne finit-elle pas, tôt ou tard, par exploser ? Les enjeux sont évidemment ailleurs et le cinéma politique, pour tragique qu’il puisse être, n’est, somme toute, que l’arbre pourri qui cache la forêt, une déviance délibérée pour servir des intérêts de clans, de partis ou de personnes. La forêt, entre-temps, brûle et la citoyenneté, la vraie, se terre dans l’oubli, séquestrée par des vautours aux ambitions démesurées. Une citoyenneté piégée, crucifiée sur l’autel du clientélisme et de la corruption, une citoyenneté sans laquelle toutes les institutions ne servent plus que de paravents à des magouilles « bananières ». Les avocats ont raison, leur fronde plus que jamais justifiée : du clientélisme aux interférences politiques, c’est tout le système judiciaire qui est paralysé, c’est toute tentative de réforme qui est vite étouffée dans l’œuf. Les sociologues ont raison : le mal commence à l’université et a pour nom : suivisme. Il sort des campus, s’incruste dans les administrations, dans les institutions publiques et devient clientélisme politique. Patrick Laurent, André Parant, Jan Cizek ont raison (L’Orient-Le Jour du jeudi 11 décembre) : les réformes sont indispensables pour renforcer l’État de droit au Liban, lutter contre la corruption, promouvoir les droits de l’homme, « la volonté politique étant une condition indispensable à l’accomplissement de progrès notables ». Volonté politique : tout est dit en ces deux mots. Mais comment y parvenir quand, à longueur de journée, en toute occasion, il est procédé, dans le strict cadre des règlements de comptes, à l’étalage des divisions internes, à l’exhibition de turpitudes, réelles ou supposées, qui entretiennent les fonds de commerce de clans, de familles ou de partis ? Un exhibitionnisme étalé avec délectation, développé, même, au-delà des frontières, affiché, le sourire aux lèvres, sur les plateaux de la télévision syrienne. Tout cela à quelques semaines de la reprise des travaux du comité de dialogue, à quelques jours de l’échange d’ambassadeurs entre Beyrouth et Damas. Assis sur son fauteuil présidentiel, Bachar el-Assad boit du petit-lait : ses nouveaux confidents ne lui ont-ils pas seriné à l’oreille qu’une bonne partie des Libanais souffrent de rigidité d’esprit et qu’ils pourraient même être attardés ? Pour les dividendes à venir cela s’appelle encouragement, délit d’initié . Nagib AOUN
Ce n’est pas de la politique, c’est carrément la foire d’empoigne, ce n’est pas de la « haute stratégie », celle que l’on négocie, à tour de rôle, sur les rives du Barada, c’est tout simplement un clou supplémentaire enfoncé dans un cercueil, l’autodafé d’un long livre de bord intitulé Illusions perdues. Le clou d’un spectacle donné à guichets fermés. Applaudissements sur commande garantis : tous ont été à « bonne école », celle du chef de droit divin dont la parole est parole d’Évangile ou de Coran.
Mais continuer à en parler, critiquer leurs « tours de force » qui abreuvent de sel les plaies de notre indignité, c’est finalement leur faire trop d’honneur, les faire se complaire dans leurs vains grenouillages. Après tout, patience est mère des vertus : la grenouille qui veut se faire...