May MAKAREM
L’association Innocence en danger (IED) a été lancée hier en présence de la présidente mondiale du mouvement, Homayra Sellier, reçue à l’occasion de sa visite au Liban par le chef de l’État, Michel Sleiman.
La lutte contre les violences physiques, psychiques et morales commises sur les enfants a été lancée, hier, par le mouvement Innocence en danger (IED). Les objectifs et les défis de cette nouvelle association ont été exposés lors d’une conférence de presse tenue à la villa Audi, Achrafieh, par la présidente d’IED Liban, Mme Viviane Debbas, l’ancien procureur du Mont-Liban, le juge Chucri Sader, le fondateur d’arcenciel, M. Pierre Issa, et la présidente d’IED International Mme Homayra Sellier. Étaient également présents le ministre des Déplacés, Raymond Audi, l’ancien ministre Farid Raphaël, de nombreux responsables d’ONG et les membres d’IED Liban.
« Parce que l’enfant est sacré et qu’il faut le protéger, nous avons voulu créer ce mouvement au Liban en partenariat avec arcenciel, profitant ainsi de toute l’infrastructure installée par Pierre Issa dans les différentes régions du pays », a expliqué en substance Mme Debbas, remerciant à l’occasion le président de la République, M. Michel Sleiman, pour son appui à IED. « L’association, a-t-elle précisé, sera adoptée au contexte national » et œuvrera pour « la protection des enfants souffrant des diverses formes de maltraitance, physique, morale, sexuelle et de négligence ».
Prenant ensuite la parole, Mme Sellier a souligné les grands axes de la mission IED depuis sa création en 1999, et ce suite à l’application du plan établi par l’Unesco contre « l’exploitation des enfants, la pornographie impliquant des enfants et la pédophilie sur Internet ». Le plan avait permis le démantèlement de plusieurs réseaux internationaux pédocriminels reliés par Internet, notamment le réseau « Wonderland » comprenant 180 membres répartis sur 46 pays, et exigeant comme ticket d’entrée la production de 10 000 images pédopornographiques inédites. Le 2 septembre 1998, l’opération dite « cathédrale » a permis de saisir, en simultané dans 12 des 46 pays, 750 000 images à caractère pédopornographique et 1 800 vidéos digitales. Mille deux-cent trente-six victimes ont été dénombrées et 107 arrestations ont été faites en Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Suède, Finlande, France, Grande-Bretagne, Italie, Norvège, au Portugal et aux États-Unis. La même année, Federico Mayor, alors directeur général de l’Unesco, nomme Mme Homayra Sellier présidente du « Mouvement mondial de citoyens pour protéger l’innocence en danger ». Mais pour « aller plus vite et ne pas dépendre des enjeux politiques et économiques » de l’instance internationale, Sellier va œuvrer indépendamment avec « des militants, des spécialistes d’Internet, des juristes, des décideurs du monde politique, économique et médiatique, dans le but de sensibiliser l’opinion mondiale sur le problème croissant que constitue la pédocriminalité ». Insistant sur l’importance de « briser le silence », de « dénoncer » la pédocriminalité, d’« identifier les enfants agressés ou de déceler chez eux les signaux de détresse », elle rappelle que « les crimes des pédophiles n’ont pas de limite dans le temps car ils détruisent l’enfant et laissent des traces indélébiles sur l’adulte qu’il deviendra ».
Au Liban, « la loi de 2001 concernant les délits contre les mineurs comporte aussi un volet assurant la protection des enfants en danger avant même qu’il y ait crime ou abus. On pourrait renforcer les textes pour permettre aux juges d’aller plus en avant, mais cette loi ne présente pas de lacunes. C’est le silence des agressés qui fait obstacle à l’application des textes », a fait observer le président Chucri Sader, soulignant qu’« on ne peut pas accuser et juger si la victime ne dénonce pas son bourreau. La loi a besoin de preuves », a-t-il dit. Le juge Sader ajoute, sur ce plan, qu’il faut faire prendre conscience aux victimes qu’il existe des services prêts à les écouter ; qu’elles bénéficient d’une assistance juridique et qu’il est primordial d’exprimer leur malaise en cas d’abus.
Enfin, la coordinatrice des programmes d’IED, Joyce Kawkabani, a présenté le plan de travail qui consiste à « sensibiliser l’opinion publique afin de briser les tabous », « habiliter les enfants pour se défendre », « former parents et éducateurs travaillant avec les enfants », « offrir le support aux victimes et œuvrer à leur réhabilitation » et un « lobbying pour l’adaptation et la modernisation des lois libanaises ».
La lutte pour combattre les abus commis envers les enfants est ainsi lancée.
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