Les attentats ont été revendiqués par un groupe islamiste indien. Un général indien affirme que les assaillants viennent du Pakistan ; Islamabad dément toute implication.
Les attaques meurtrières perpétrées à Bombay ont été revendiquées par un groupe islamiste indien jusque-là inconnu, les Moujahidine du Deccan. Le Deccan est un plateau qui couvre une grande partie du centre et du sud de l’Inde. « Ce groupe est effectivement inconnu, affirme Raphaël Gutmann, chercheur à l’IFRI et spécialiste de l’Inde, mais ce type d’attaques commence à devenir la norme. ». En 2007, une série d’attentats ont été perpétrés à Ahmedabad (État du Gujarat, Ouest), à Jaïpur (État touristique du Rajasthan, Nord-Ouest), et dans l’Uttar Pradesh (Nord). Au total, plus de 120 personnes ont trouvé la mort. Le 14 septembre dernier, des attentats commis à New Delhi ont fait au moins 20 morts. Toutes ces attaques ont été revendiquées par les Moujahidine indiens, qui se font également appeler « milice de l’islam ». Un autre groupe, la « Force de sécurité islamique-Moudjahidine indiens », a revendiqué douze attentats coordonnés dans le nord-est de l’Inde qui ont fait 80 morts le 30 octobre dernier. « Selon la police, les Moujahidine indiens sont issus du mouvement islamique des étudiants d’Inde (SIMI) qui prône la conversion de l’Inde à l’islam et a été interdit en 2002 », explique Raphaël Gutmann, interrogé par L’Orient-Le Jour.
S’exprimant sur une chaîne de télévision indienne, l’un des assaillants a déclaré que les Moujahidine du Deccan réclament la fin des persécutions contre la communauté musulmane et la libération de tous les islamistes emprisonnés en Inde. « Les musulmans d’Inde ne devraient pas être persécutés. Nous aimons ce pays, mais quand nos mères et sœurs ont été tuées, qui nous protégeait ? » a-t-il ajouté.
L’islamisme « est une vraie question en Inde depuis la partition de 1947 qui a mené à la création de l’Inde, un pays ayant un système pluriconfessionnel et pluriculturel et du Pakistan, foyer musulman », explique M. Gutmann. « L’une des réalités du terrain est que les musulmans sont pauvres et subissent des discriminations dans ce pays à majorité hindoue. Mais les musulmans ne sont pas les seuls à souffrir. D’autres minorités sont victimes de discriminations, comme les dalit, les anciens intouchables, ou certaines tribus », note-t-il.
Le fait notable qui ressort de ces dernières attaques est la volonté des groupes les revendiquant de se présenter comme indiens, alors que, généralement, après chaque drame, la police indienne accusait des cellules « terroristes islamistes » liées principalement au Pakistan, voire au Bangladesh. Hier, le Premier ministre indien Manmohan Singh a d’ailleurs déclaré que le groupe qui a mené les attaques est basé « en dehors » de l’Inde. « Nous allons formellement signifier à nos voisins que l’utilisation de leur territoire pour lancer des attaques contre nous ne sera pas tolérée et qu’il y aura un coût s’ils ne prennent pas des mesures adéquates », a-t-il ajouté, sans citer de pays nommément ni donner de précisions. Plus direct, le général R.K. Hooda, qui conduit l’opération armée contre les islamistes à Bombay, a déclaré que les assaillants « sont originaires de l’autre côté de la frontière et peut-être de Faridkot, au Pakistan ». Le ministre pakistanais de la Défense a toutefois « fermement affirmé » hier à l’AFP que le Pakistan n’était impliqué en aucune manière dans les attaques de Bombay.
La main d’el-Qaëda ?
Par ailleurs, un haut responsable des services de renseignements russes, cité par l’agence RIA Novosti, a déclaré hier, sous le couvert de l’anonymat, que ses services « disposaient d’informations selon lesquelles certains groupes qui ont attaqué Bombay ont des contacts avec el-Qaëda ». « Il s’agit notamment du groupe terroriste Lashkar-e-Taïba. Les combattants de ce groupe ont suivi un entraînement spécial dans les camps d’el-Qaëda qui se trouvent à la frontière entre le Pakistan et l’Inde », a-t-il précisé. Selon le responsable, l’attentat visait avant tout des ressortissants des États-Unis et de Grande-Bretagne. Le Lashkar-i-Tayyiba a néanmoins affirmé hier à l’AFP qu’il n’était pas impliqué dans les attaques.
« Il est trop simple d’évacuer à chaque fois les problèmes vers el-Qaëda », estime toutefois Raphaël Gutmann. « Les assaillants ont peut-être utilisé le bagage idéologique d’el-Qaëda », puisqu’ils ont recherché, selon des témoins, les porteurs de passeports britanniques et américains et se sont attaqués à un centre juif, « mais la problématique reste avant tout indienne », ajoute-t-il.
Pour Raphaël Gutmann, la question d’une éventuelle responsabilité pakistanaise est également compliquée, Bombay, cœur de l’Inde, n’étant pas une cible traditionnelle pour des groupes financés ou soutenus par le Pakistan. « Il est très difficile, pour les autorités indiennes, d’accepter que les terroristes soient indiens, car ceci remet en cause tout le système d’intégration et le sécularisme à l’indienne », explique l’expert.
La montée en puissance de groupes islamistes terroristes locaux risque d’avoir des conséquences graves sur la stabilité du géant asiatique. « Ces attaques pourraient aggraver les divisions qui existent déjà entre musulmans et hindous. Ceci peut être extrêmement dangereux. En 2002, les émeutes au Gujarat entre hindous et musulmans avaient fait 2 000 morts », note M. Gutmann.
Par ailleurs, les attentats de Bombay interviennent en pleine période d’élections régionales en Inde, y compris au Cachemire, et à quelques mois des élections fédérales prévues en début d’année prochaine. « On peut s’attendre à ce que l’opposition, le BJP, parti nationaliste hindou, exploite à fond ces attentats pour dire que le parti du Congrès au pouvoir est incapable de gérer le problème de l’islamisme », conclut le chercheur.
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Les attaques meurtrières perpétrées à Bombay ont été revendiquées par un groupe islamiste indien jusque-là inconnu, les Moujahidine du Deccan. Le Deccan est un plateau qui couvre une grande partie du centre et du sud de l’Inde. « Ce groupe est effectivement inconnu, affirme Raphaël Gutmann, chercheur à l’IFRI et spécialiste de l’Inde, mais ce type d’attaques commence à devenir la norme. ». En 2007, une série d’attentats ont été perpétrés à Ahmedabad (État du Gujarat, Ouest), à Jaïpur (État touristique du Rajasthan, Nord-Ouest), et dans l’Uttar Pradesh (Nord). Au total, plus de 120 personnes ont trouvé la mort. Le 14...