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Viticulture Le vin du terroir prend une nouvelle dimension

REPORTAGE
27/11/2008
Patricia KHODER Bargylus et Château Marsyas sont les noms de deux vins lancés par Karim et Sandro J. Saadé la semaine dernière à Paris. Ces deux vins, le premier en provenance de Lattaquié, le deuxième de la vallée de la Békaa, seront prochainement mis sur le marché libanais. Ils devraient également se vendre à l’exportation, notamment en France, au Royaume-Unis et au Japon. Pour la première fois dans l’histoire du vin au Liban, des breuvages produits au Moyen-Orient ont été lancés à partir de la France. C’est depuis l’hôtel Georges V, à Paris, que les frères Karim et Sandro J. Saadé ont choisi de présenter Bargulys et Château Marsyas, résultat d’un projet viticole entamé en 1997, quand leur père, Johnny, a décidé de développer deux vignobles au Liban et en Syrie. Pour mettre en place son projet, la famille Saadé a eu recours au savoir-faire du célèbre œnologue français Stéphane Derenoncourt, conseiller de nombreuses propriétés à Bordeaux. Les deux frères avaient rencontré ce faiseur de vin en 2005. Deux ans plus tôt, Bargylus, grand vin de Syrie, venait de voir le jour avec la première vigne plantée dans un terrain de Jabal Ansariyé, à 900 mètres d’altitude, à Lattaquié. C’était un sauvignon blanc. En 2004, la famille avait acquis des terrains dans la vallée de la Békaa, afin de créer le terroir de Château Marsyas. La présentation des deux vins a été entamée par une conférence de presse suivie d’un déjeuner-dégustation, où Bargylus et Château Marsyas ont été servis. Prenant la parole, Karim J. Saadé a souligné que le projet qu’il a commencé avec son frère « vise à créer des produits qualitatifs en étant très strict sur les normes de la production viticole ». Que ce soit en Syrie ou au Liban, le vin produit par les Saadé provient des vignes qui poussent sur leurs propres terrains. « En Syrie, ce sont des terrains vierges qui ont été travaillés, et c’est en 2006 que l’on est parvenu à produire le premier millésime de Bargylus », a-t-il dit. De son côté, Stéphane Derenoncourt a indiqué que « le défi concernant Bargylus était de produire un grand vin à partir de vignes très jeunes ». Il a précisé que Bargylus – qui présente du vin rouge et blanc – est produit à base de syrah, merlot et cabernet sauvignon, de blanc de chardonnay et de sauvignon blanc. Il a toutefois noté qu’en Syrie « il fallait former les personnes qui travaillent dans les vignobles car la culture viticole s’est perdue avec le temps ». Actuellement, c’est un Franco-Libanais qui a suivi des études à Bordeaux qui se rend deux fois par mois sur le terroir de Bargylus pour s’assurer de la bonne marche du projet, a-t-il ajouté. Les défis Pour sa part, Sandro Saadé a mis l’accent sur le défi qui a été relevé, notamment en ce qui concerne le fait de faire renaître une véritable culture viticole en Syrie, pays où la viticulture s’est perdue avec le temps. Il a rappelé que « tant en Syrie que dans la Békaa, le but est de produire un vin de qualité, et non un produit de masse ». D’ailleurs le domaine de Bargylus ne peut produire que 50 000 bouteilles par an, celui de Château Marsyas 250 000 à 300 000 bouteilles. Sandro Saadé a souligné qu’au « Liban, il y a un énorme potentiel à exploiter ». Dans ce cadre, les deux frères comptent construire un hôtel de charme dans la Békaa, sur la route du vin. La création d’un musée de la viticulture dans la région est également prévue. Dans un entretien avec L’Orient-Le Jour, il a précisé que « la commercialisation de Bargylus et de Château Marsyas, au Liban et à l’étranger, est prévue pour début 2009 ». « Le lancement officiel de Château Marsyas se fera au Liban dans les prochains mois », a-t-il ajouté, notant que « le lancement simultané des deux vins, l’un libanais et l’autre syrien, a eu lieu dans un territoire neutre, qui est Paris ». « Vin de qualité, Bargylus sera disponible au Liban dans les grands restaurants et chez les cavistes, alors que Château Marsyas sera vendu notamment dans quelques grandes surfaces », a-t-il dit. Concernant l’exportation, M. Saadé a indiqué que « Bargylus sera surtout vendu à l’étranger, notamment en France, aux Royaume-Uni et aux États-Unis. Château Marsyas sera également exporté vers ces destinations ainsi que vers des marchés phares comme Hong Kong, le Japon et l’Allemagne ». Appellation d’origine contrôlée À la question de savoir quels sont les éléments nouveaux apportés sur le marché du vin libanais par Bargylus et Château Maryas, Sandro Saadé a fait valoir qu’ils « amènent une optique qualitative différente », expliquant qu’au « Liban, la culture viticole existe, mais l’on fabrique du vin en achetant des raisins d’un peu partout. C’est-à-dire pour un vin produit dans la Békaa, l’ont peut utiliser des raisins en provenance de plusieurs villes du pays qui ne sont pas situées dans la Békaa. Il n’y a donc pas d’appellation d’origine contrôlée ». « Pour Bargylus et Château Marsyas, nous produisons du vin à partir de nos propres cépages. Cela constitue une importante différence en ce qui concerne la qualité du vin produit. Un travail permanent est à ce titre effectué dans la vigne », a-t-il ajouté. Toujours sur le même thème, il a affirmé : « Il faut que le choix des consommateurs s’élargisse, qu’ils ne soient plus bloqués face aux grandes marques. Nous apportons la variété, le changement, le choix. Nous apportons surtout une façon différente de faire du vin. » Revenant sur l’appellation d’origine contrôlée, Sandro Saadé ajoute : « Nous nous battrons pour que l’appellation d’origine contrôlée soit adoptée. Elle obligera tout producteur de vin à réfléchir avec une optique de terroir. Au Liban, c’est uniquement l’initiative privée qui fait qu’un producteur choisit entre le fait d’utiliser du raisin de son terroir ou d’acheter les grappes n’importe où pour produire du vin. Il faut donc un cadre juridique pour que les producteurs de vins utilisent les produits de la région où se fait la production. » « On ne peut pas acheter du raisin de Saïda et dire que le vin est en provenance de la Békaa », s’indigne-t-il, soulignant en conclusion que « l’adoption de l’appellation d’origine contrôlée contribuera à développer la qualité du vin au Liban ».

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