Les voyages successifs effectués par le président Michel Sleiman, depuis quelques mois, dessinent pour les observateurs une géographie : celle des pays ayant endossé l’accord de Doha (mai 2008) qui a permis son élection. Avec Téhéran, et après le Qatar, Damas, Le Caire, Riyad, Paris et Washington, la boucle est bouclée, sans que l’on sache encore ce qu’est exactement l’accord de Doha, ce qui l’a permis et combien de temps il peut durer.
Les voyages du président offrent en tout cas une excellente image du médiateur itinérant qu’est devenu le président Sleiman, qui propose aux pays du monde, dont ceux de l’accord de Doha, l’image d’un Liban terre de dialogue entre religions, civilisations, cultures et ethnies.
En attendant la délimitation de la frontière entre le Liban et la Syrie, Michel Sleiman délimite en quelque sorte la frontière diplomatique du Liban, dans une espèce de course contre la montre qui positionnerait le Liban à nouveau sur la carte du monde comme pays viable et nécessité de civilisation, face à un processus de désintégration qui se poursuit, en raison des clivages politiques mortels qui continuent de diviser le pays en deux.
Il y a quelque part du rattrapage dans les voyages incessants du chef de l’État. Une volonté de reprendre l’initiative dans une situation où les acteurs internes semblent condamnés à une surenchère incessante, en raison d’un jeu politique faussé par la présence des armes – et du projet politique – du Hezbollah.
« On ne peut comparer les voyages du président de la République avec ceux d’autres personnalités, a affirmé hier le député Michel Pharaon. Les premières visent à tenir le Liban à l’écart des conflits, alors que certaines visites en Iran ou en Syrie ont au contraire pour but de conforter des lignes politiques bien précises, de tirer sa force d’un État étranger. »
Conscient du cercle vicieux où s’enferre la jeunesse, le chef de l’État n’a pas caché vendredi, devant plus d’une centaine d’étudiants venus d’horizons divers, sa volonté de les libérer de leurs « alignements politiques ». Un avertissement que les heurts déplorables qui se sont produits hier sur le campus de l’Université Saint-Joseph n’ont fait que rendre plus urgent.
Son éternelle leçon de modération, le chef de l’État l’a également imposée hier à Téhéran où, face à l’exubérance de Mahmoud Ahmadinejad, il a su garder une certaine réserve et qualifier de « bonnes » les relations de l’Iran avec le Liban, sans verser dans les superlatifs. Il est vrai que, trois jours auparavant, et devant les mêmes étudiants, il avait affirmé qu’il ne faut pas « parler de désarmement de la Résistance comme s’il s’agissait d’une milice ».
Contraste avec cette placidité, Walid Joumblatt a lancé hier, à partir de Bkerké, un cri d’alarme qui s’inscrit dans le prolongement de celui qu’a lancé, dimanche, Amine Gemayel. Ces positions en flèche semblent devoir sonner le glas des discours d’apaisement qui s’étaient imposés au lendemain du coup de force du Hezbollah, en mai dernier, et dont l’un des objectifs était de ne pas exacerber les clivages dans la rue.
On ne peut s’empêcher de noter que ces discours interviennent au lendemain d’un séjour du chef du PSP à Washington. Que se passe-t-il donc ? Walid Joumblatt ramène-t-il de Washington des données nouvelles susceptibles d’influer sur le cours des législatives ? Est-ce l’ouverture de l’Occident sur la Syrie qui inquiète M. Joumblatt ?
Une chose est sûre, quelle que soit la réponse, avec Barack Obama comme avec Nicolas Sarkozy, c’est le pragmatisme qui revient aux commandes, et c’est peut-être ce pragmatisme que recommence à redouter M. Joumblatt, dont le bras droit, le député Waël Bou Faour, a affirmé hier que les renseignements syriens ont repris du service et s’ingèrent dans le processus de sélection des candidats aux législatives.
C’est dans ce contexte que le chef de l’État, qui sera de retour aujourd’hui au Liban, a affirmé qu’il ne se mêlera pas des prochaines élections législatives et a assuré que s’il doit y avoir un « bloc indépendant » au prochain Parlement, ce bloc sera « national » et non pas constitué de députés qui lui seraient proches.
F.N.
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Les voyages du président offrent en tout cas une excellente image du médiateur itinérant qu’est devenu le président Sleiman, qui propose aux pays du monde, dont ceux de l’accord de Doha, l’image d’un Liban terre de dialogue entre religions, civilisations, cultures et ethnies.
En attendant la délimitation de la frontière entre le Liban et la Syrie, Michel Sleiman...