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En toute liberté Dans la durée ? Fady Noun

OPINION
21/11/2008
« Nous sommes aux côtés du Liban, dans la durée ». Cette phrase du Premier ministre français est chargée de sens. Quelle belle chose que la durée. Mais la durée ne comprend pas le seul avenir ; elle comprend aussi le passé. Et dans le mot durée il y a quelque chose d’essentiel, la continuité. La visite officielle de François Fillon au Liban est la deuxième d’un haut responsable français, après celle du président Sarkozy, en juin dernier, au programme de laquelle ne figure pas la traditionnelle visite au siège patriarcal maronite. L’amitié traditionnelle entre la France et les maronites gêne un peu aujourd’hui. « C’est de tout le Liban que la France est l’amie. Les maronites, qui prient deux fois par an, à la fête de l’Assomption et le lundi de Pâques, aux intentions de la France, doivent le comprendre », entend-on dire. En vérité, ils ne le comprennent que trop. L’amitié de la France pour les maronites ne doit pas empêcher de nouveaux liens de se créer entre la France et les autres communautés libanaises. Il n’y a donc pas de raison pour que les visites consacrées aux communautés se limitent à la traditionnelle visite au patriarcat maronite. Et puisque la visite officielle de François Fillon au Liban est faite « au pas de charge », comme l’avait été celle du président Sarkozy, il vaut mieux que ce « passage obligé » par Bkerké soit escamoté. Oui mais… L’amitié de la France pour les maronites fait-elle réellement obstacle à son amitié pour les autres communautés ? N’y a-t-il pas là quelque droit d’aînesse à respecter ? Si l’on s’inscrit « aux côtés du Liban, dans la durée », ne faut-il pas rester sensible au fait que l’amitié entre la France et les maronites fait partie de l’histoire des liens tissés entre la France et le Liban tout entier ? Un ouvrage de Nasri Salhab, Les Maronites et la France (Librairie Orientale – 1997), a été consacré à cette amitié. On pourrait choisir d’en oublier le côté « sentimental ». Oublier par exemple que les liens entre les maronites et la France remontent à Louis XIV et, selon certains, à Charlemagne, oublier même que le père Youssef Hoyeck est mort en 1915, pendu place des Martyrs, aux cris de « Vive la France ». C’était d’autres temps, une autre France, un autre Liban. La France était, alors, la puissance qui libérait le Liban du joug ottoman. Il existe cependant des constantes qui ont résisté à l’usure de l’histoire et des temps. Comme le fait que les maronites ont été la « porte d’entrée », ou encore le « seuil » que la France a franchi pour entrer dans la maison d’Orient. Laissons à Youakim Moubarak, cité dans l’ouvrage de Nasri Salhab, le soin de le dire : « Loin de servir, comme on dit, de tête de pont pour une mainmise de l’Europe chrétienne sur l’Orient musulman, les maronites ont, en fait, contribué à ce que la France assurât son indépendance en Europe. L’existence chrétienne dans l’Orient arabo-musulman, sous la forme particulière de la présence maronite, donne à la France une antenne à l’orient de la Méditerranée et lui permet, non de dominer l’Orient, mais d’avoir avec lui toutes sortes d’accords et d’échanges (…) L’existence (des maronites) permet donc à la France des temps modernes d’accéder à la maison de l’islam par un seuil abrupt mais sûr ». Un seuil qui donne toute sa saveur au Liban. Aujourd’hui, la France saute par-dessus le seuil, pour pénétrer à l’intérieur de la maison. Médiateurs par excellence, les maronites sont fidèles en amitié, mais susceptibles.

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