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Actualités - Chronologie

Portrait d’artiste L’eau, source d’inspiration pour Mourad Merzouki…

Edgar DAVIDIAN Des arts martiaux au hip-hop. Sa dernière création chorégraphique l’« Agwa », avec les jeunes des favelas de Rio, à la Biennale de danse de Lyon, a fait un tabac. Longue ovation debout pour une dizaine de cariocas (à peine sortis de l’enfance) au torse nu avec des gobelets en plastique transparents où l’eau est pure prétexte de toutes sortes de circonvolutions extravagantes et amusantes… Avec un fabuleux jeu de doigts, de mains et de pieds, laissant en toute malice (c’est du Magritte) le corps dans l’ombre la plus totale… Mourad Merzouki (chevalier des Lettres et des Arts) n’est plus à un succès près, d’autant qu’il a été sacré en 2004 meilleur jeune chorégraphe au Festival international de la danse à Wolfsburg (en Allemagne), aux côtés de Sidi Larbi Cherkaoui, Tero Saarinen et Maurice Bejart, récompensés respectivement pour leurs œuvres… L’ Agwa, ou l’eau comme source et symbole de vie et de renouveau pour Mourad Merzouki, dont le dernier spectacle, insolite, attachant, un rien provocateur, un rien cocasse et décalé, est un subtil mélange entre trémoussements hip-hop et danse fusionnelle empruntant à plus d’un style, plus d’un genre… La différence, c’est la pertinence. Le jeune chorégraphe cultive, avec délectation et presque application, cet aphorisme mêlant adroitement plus d’un monde. D’origine kabyle, né en 1973 à Lyon, Mourad Merzouki a le discours simple et le regard sans ménagement des jeunes épris des espaces urbains. Souriant, ouvert aux idées modernes, aux aguets et à l’affût de ce qui nourrit sa vision de scène, il a l’assurance de ceux qui ont pratiqué les arts martiaux, qui sont d’ailleurs son point de départ. Fasciné par la précision du geste et le tranchant du pouvoir d’un corps aux forces insoupçonnables, Merzouki a longtemps pratiqué la patiente endurance de cette discipline. Mais avec cela, il y a aussi l’amour du monde des cirques, l’humour, les jongleries et les lumières sous le chapiteau. Curieux mélange de sérieux et de fantaisie, mais où le sens de l’équilibre et de la maîtrise de soi est toujours de rigueur. La danse, de la rue à la scène… Et puis brusquement, très vite, dès l’adolescence, ce fragile équilibre entre deux univers, également séduisants, est perturbé par la révélation du hip-hop… Dès lors, Mourad Merzouki inscrit cette danse, venue dans les années 1920 d’outre-Atlantique, véritable expression jubilatoire des espaces urbains, à son actif… Tout en ne lui enlevant pas son identité populaire urbaine, Merzouki décide de lui donner ses véritables lettres de noblesse. La danse passe ainsi de la rue aux feux de la rampe… Après les premiers tâtonnements, il fonde sa compagnie « käfig », la cage, en arabe algérien. Une cage dont il s’échappe, bien entendu, à vive allure, car Merzouki est de ceux qu’on n’embrigade pas. Des ailes sont accrochées au bout de ses rêves et de ses multiples projets. Déjà à trente-cinq ans, une dizaine de spectacles ponctuent son parcours. De Terrain vague à Tricôté, en passant par Récital, 10 versions, Le chêne et le roseau et Mekech Mouchkin, pour finir avec ce tonique et rafraîchissant Agwa, Mourad Merzouki a comme principe de travailler, bouleverser toutes les règles du jeu et rester ouvert à tous les possibles… L’humour, une certaine poésie, l’agilité et la souplesse corporelle, le hip-hop, de la rue à la scène, voilà autant d’ingrédients pour parler de la réalité en y incorporant le rêve, la séduction, une certaine richesse de l’imaginaire… Finalement, danser c’est quoi ? Danser c’est avant tout des rencontres avec des gens, avec des cultures, avec des pays. On part toujours de soi-même pour aller vers l’autre… Et c’est ce que fait Mourad Merzouki en regardant l’univers dans sa différence, son humilité, sa simplicité et sa multiplicité. Un chorégraphe à découvrir et, pourquoi pas (?), à inviter au pays du Cèdre, car avec lui la danse reste un des derniers carrés de tout espace de liberté…
Edgar DAVIDIAN


Des arts martiaux au hip-hop. Sa dernière création chorégraphique l’« Agwa », avec les jeunes des favelas de Rio, à la Biennale de danse de Lyon, a fait un tabac.
Longue ovation debout pour une dizaine de cariocas (à peine sortis de l’enfance) au torse nu avec des gobelets en plastique transparents où l’eau est pure prétexte de toutes sortes de circonvolutions extravagantes et amusantes… Avec un fabuleux jeu de doigts, de mains et de pieds, laissant en toute malice (c’est du Magritte) le corps dans l’ombre la plus totale…
Mourad Merzouki (chevalier des Lettres et des Arts) n’est plus à un succès près, d’autant qu’il a été sacré en 2004 meilleur jeune chorégraphe au Festival international de la danse à Wolfsburg (en Allemagne), aux côtés de Sidi Larbi Cherkaoui, Tero Saarinen...