Colette KHALAF
« Le Liban est un pays qui ne laisse pas indifférent », estime Marco Solari. Invité au pays du Cèdre à l’occasion de la Semaine de la langue italienne, le président du Festival international de Locarno a donné une conférence et présenté son festival.
«C’est un programme organisé tous les ans par le département des Affaires étrangères suisse et le ministère italien des Affaires étrangères qui envoient, dans certaines villes importantes du globe, leurs “ambassadeurs”. Cette année, le thème choisi était la “Piazza”», dit Solari qui s’est trouvé enchanté de revoir le Liban après quarante-deux ans d’absence. «Étudiant, j’étais venu la première fois alors que je faisais le guide touristique pour payer mes études. J’étais tombé sous le charme de ce pays et, aujourd’hui, je suis content de retrouver quelques souvenirs et surtout l’acceuil chaleureux des Libanais. »
Tour à tour directeur de tourisme de la Suisse italienne, délégué de gouvernement, vice-président du groupe éditorial Ringier ou administrateur délégué du groupe de distribution Migros, Solari devient en 2000 président du Festival du film international de Locarno.
Ce festival, où le cinéma se fête depuis 60 ans, se déroule au bord du lac Majeur, dans la partie sud de la Suisse, dans le canton du Tessin. Bien que située au pied des Alpes, la ville bénéficie d’un agréable climat méditerranéen. C’est une des raisons pour lesquelles elle attire des personnalités politiques et culturelles de toute l’Europe. Considéré comme l’un des six festivals les plus renommés du monde, Locarno a contribué à la révélation ou à la confirmation de directeurs aujourd’hui célèbres.
Les chiffres sont d’ailleurs éloquents. La place en plein air, appelée Piazza Grande (sorte de cinéma open-air équipé d’un grand écran géant), a une capacité de huit mille personnes assises. Tous les ans, plus de 1 000 journalistes et 4 000 professionnels du film en provenance d’une trentaine de pays assistent au festival.
Un rite
Un rendez-vous incontournable dans cette petite ville suisse italienne qui devient, pendant 11 jours, la capitale mondiale du cinéma d’auteur et qui revitalise un certain « rite d’aller au cinéma, souligne Solari qui explique que ce festival est différent des autres. « Dès le début, nous avons joué la carte du cinéma des découvertes et les directions artistiques qui se sont succédé ont toujours eu une liberté totale d’action. Ainsi, c’est à Locarno que le néoréalisme italien a pu s’exprimer, que les cinéastes de l’Union soviétique se sont fait connaître ainsi que les jeunes artistes comme Spike Lee, Jim Jarmush ou Claude Chabrol. C’est également là que de nouvelles formes d’expression ont vu le jour. Nous ne sommes pas un festival politique, mais de liberté totale, insiste-t-il. Enfin, en essayant de privilégier la substance à la forme, nous accordons moins d’importance aux paillettes et au tapis rouge, et davantage à ceux qui ont un message à transmettre. »
«Le Festival de Locarno est-il donc l’ambassadeur de l’italianité?», s’interroge Marco Solari. Question à laquelle il répond immédiatement : « Étant organisé par la petite minorité suisse de langue italienne, cet événement majeur de la Suisse n’a pas seulement une dimension cultuelle, mais aussi politique et économique car il renforce la communauté italophone au Tessin et, de surcroît, la Suisse». «Locarno, poursuit-il, n’est plus considéré comme une simple destination de vacances, mais comme un lieu de rencontres
internationales.»
Soutenue par la Confédération suisse et par le département des Affaires intérieures et étrangères, cette manifestation cinématographique a pu se développer au fil des ans et créer des sections nouvelles. Aujourd’hui, Locarno continue à défier les aléas du temps et à se faire entendre. «Les festivals appartiennent aux publics qui les suivent», dit Marco Solari qui, en citant Pascal, affirme qu’il faut sentir ce qui commence. «Telle est la tâche du directeur artistique, poursuit-il, mais aussi le devoir du festival qui doit oser, remettre en question et ne pas être complaisant. Un pays sans images est un pays sans histoire. C’est pourquoi nous demandons à l’État de nous aider financièrement pour continuer la mission qui nous incombe.» Pour Solari, s’il y a aujourd’hui un appétit insatiable d’images, le public consomme la culture et le cinéma d’une autre manière. Ainsi, si le fait d’aller dans une salle de cinéma devient moins courant, assister par contre à un festival ressemble à un rite qui rassemble tous les amoureux des images.
Enfin, Marco Solari conclut : «Le Festival de Locarno a un regard sur la cinématographie de nombreux pays, notamment le Liban qui a une jeunesse, une énergie et une force d’expression débordantes. En tant que responsables, nous sommes fiers de l’accompagner dans son
cheminement. »
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