Mardi soir, Grant Park, Chicago. L’Amérique l’a fait, elle vient d’élire son premier président noir. De la multitude d’images qui ont fait cette soirée historique, deux resteront probablement gravées dans les mémoires. Celle de la foule compacte et émue, à l’image de Jesse Jackson, le visage couvert de larmes, devant Barack Obama. Et celle du nouveau président, certainement ému lui aussi, mais n’en laissant rien paraître. Il y a bien quelques sourires, fugaces, mais il y a surtout ce regard noir, presque dur. Et tout de suite, une mise en garde, sérieuse : la route sera longue, elle sera difficile, et si lui-même, Obama, peut initier le changement, les électeurs ont aussi une part de responsabilité dans la réussite ou non de cette mission.
Sur la scène, Obama est un roc. De sa silhouette élancée, fluide, émane une telle assurance qu’elle en est presque perturbante. Sa victoire est phénoménale, mais devant la sérénité d’Obama, elle paraît presque normale, évidente.
Pour lever un coin du voile sur le mystère que représente Barack Obama, il faut se plonger dans son autobiographie, Dreams from my father, publiée en 1995. Si les grandes lignes de la vie d’Obama – sa mère blanche, son père kényan absent, son enfance entre Hawaï et l’Indonésie – sont connues, il est intéressant de découvrir ce qui, dans sa propre enfance, a marqué Obama, et comment son environnement, qu’il soit géographique ou familial, a contribué à faire de lui ce qu’il est devenu.
Dreams from my father s’ouvre sur l’annonce du décès de ce père, dont Barack Obama écrit qu’au moment de sa mort il « restait un mythe pour moi, à la fois plus et moins qu’un homme ». Enfant, Barack Obama Sr garde les chèvres de son père, Hussein Obama, fermier mais également sage aux pouvoirs de guérisseur d’une tribu Luo. À force de travail, Barack Obama Sr décroche une première bourse pour étudier à Nairobi, une seconde pour étudier à l’université d’Hawaï, où il rencontre la mère du président, et une troisième pour étudier à Harvard. Barack Obama Sr décide alors de rentrer au Kenya et met ses talents de brillant économiste au service du gouvernement dans l’espoir d’aider à la réforme du pays. Après avoir végété dans un ministère, il finira dans la misère et l’alcoolisme, avant de mourir dans un accident de voiture. Au jeune Barack, sa grand-mère maternelle dira toutefois, évoquant son ex-gendre : « Il y a quelque chose que tu peux apprendre de ton père. La confiance. Le secret du succès d’un homme. » L’aspiration au changement, la confiance en soi… Si Barack Obama a toujours eu des relations limitées et compliquées avec son père, il est des traits de caractère que les deux hommes partagent assurément.
Un autre homme a également joué un grand rôle au cours des jeunes années de Barack, le second mari de sa mère, Lolo, un Indonésien également passé par l’université d’Hawaï. Pendant quatre ans, le jeune Barack va vivre en Indonésie avec sa mère et son nouvel époux. Avec Barack, Lolo se comporte comme un père. Un jour, il lui dira : « Les hommes profitent de la faiblesse des autres hommes. Ils sont comme les nations, dans ce domaine. L’homme fort prend la terre de l’homme faible. Il fait travailler le faible dans ses champs. Si la femme du faible est belle, le fort la lui prendra. Lequel des deux préférerais-tu être ? C’est mieux d’être fort. Et si tu ne peux pas être fort, sois intelligent, fais la paix avec un fort. »
Barack a aussi grandi avec le regard des autres, pas tout le temps sympathique. Le jour de sa première rentrée scolaire à Hawaï, à l’énoncé de son nom, ses camarades émettent des bruits de singe. Avant lui, sa mère avait également été sujette à la haine des autres, alors qu’elle s’affichait, enfant, avec des amies noires au Texas.
Relatant son parcours d’enfant, Obama souligne qu’il a appris très tôt que « le monde est violent, imprévisible et souvent cruel ». Le monde d’Obama est également chamarré. Une grand-mère américaine avec du sang écossais, irlandais mais également cherokee, un père kényan, une demi-sœur à moitié indonésienne...
Obama c’est tout cela, et ça vous construit un caractère et une détermination à toute épreuve. Une détermination qui permet de se faire ouvrir les portes de la Maison-Blanche. Ce que le président élu va faire de ce background et de ces expériences, nul ne le sait encore. Mais comme lui disait son père : « Comme l’eau trouve son niveau, tu mèneras la carrière qui te convient. »
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Mardi soir, Grant Park, Chicago. L’Amérique l’a fait, elle vient d’élire son premier président noir. De la multitude d’images qui ont fait cette soirée historique, deux resteront probablement gravées dans les mémoires. Celle de la foule compacte et émue, à l’image de Jesse Jackson, le visage couvert de larmes, devant Barack Obama. Et celle du nouveau président, certainement ému lui aussi, mais n’en laissant rien paraître. Il y a bien quelques sourires, fugaces, mais il y a surtout ce regard noir, presque dur. Et tout de suite, une mise en garde, sérieuse : la route sera longue, elle sera difficile, et si lui-même, Obama, peut initier le changement, les électeurs ont aussi une part de responsabilité dans la réussite ou non de cette mission.
Sur la scène, Obama est un roc. De sa silhouette élancée, fluide,...