Un lieu où tout est possible, un rêve américain toujours bien vivant : Barack Obama ne pouvait choisir termes plus frappants pour entamer mardi soir, devant une foule enthousiaste massée à Chicago, son premier discours de premier Noir élu à la présidence des États-Unis. Jamais en effet de tels mots n’auront sonné aussi vrai, jamais n’aura paru plus crédible la chance d’ascension sociale offerte, promettait une merveilleuse légende, à tous les citoyens de cette immense république fédérale de 50 États.
Parce qu’il résume à lui seul tout le chemin parcouru en un demi-siècle entre une longue et cruelle ségrégation raciale et l’élection d’Obama, ce rêve a soudain cessé d’être exclusivement américain pour revêtir une dimension universelle. Peuples et gouvernements du monde entier ont salué une élection souvent érigée en modèle pour les humanités en quête d’égalité et de justice. Elle a porté l’Afrique à relever fièrement la tête, elle a initié en Europe – et particulièrement en France – un intense effort de réflexion en matière d’intégration et de métissage ; même les ennemis jurés des USA y ont vu le signe évident d’une volonté de changement.
En même temps que ce fameux rêve, c’est une belle leçon de démocratie qui se trouve exportée aux quatre coins du globe. Porté par une participation record aux opérations de vote, bénéficiant de la défaveur du Parti républicain due à l’impopularité, sans précédent elle aussi, du président George W. Bush, Barack Obama incarne incontestablement le désir effectif de renouveau animant une majorité d’Américains. Victime de l’actuelle crise financière comme de la désaffection populaire frappant le Parti républicain, lourdement pénalisé en outre par cet incroyable boulet que fut le choix de Sarah Palin pour compagne de ticket, John McCain lui-même a salué, avec un remarquable fair-play, les valeurs progressistes défendues par son vainqueur.
Gardons-nous de tout angélisme béat, cependant. Pour confirmée avec éclat qu’elle ait été dans les faits, la légende ne doit pas tourner au puéril conte de fées : sur les vastes terres de l’Oncle Sam, ce n’est pas la case de l’Oncle Tom qui vient d’être idylliquement plantée sur la pelouse de la Maison-Blanche. De Barack Obama les Américains, et avec eux le monde entier, attendent beaucoup, certes. Mais peut-être attendent-ils trop, et dans des délais beaucoup trop courts.
Il y a bien loin, en effet, entre les mirifiques promesses lancées à profusion durant une interminable campagne électorale et les contingences du pouvoir ; à peine élu, Obama, qui s’était notamment engagé à instituer le rôle régulateur de l’État, à abaisser les impôts des salariés, à combattre le chômage, à instaurer l’assurance-maladie pour tous, a d’ailleurs rappelé à ses électeurs à quel point la route était longue, et escarpé le chemin.
Non moins redoutables sont les travaux d’Hercule qui attendent, outre-frontières, le président élu. Autant la désaffection populaire sanctionnant huit années de gestion Bush lui a été profitable, autant est lourd l’héritage que lui laisse ce dernier : une image peu favorable de l’Amérique, deux coûteuses guerres livrées aux antipodes et une crise financière d’amplitude mondiale, sans parler de quelques autres bagatelles.
Voici venu le temps de la pérestroïka yankee, jubilait hier un Mikhaïl Gorbatchev nobélisé pour sa politique d’ouverture, mais à qui de nombreux Russes continuent de reprocher le terrible chaos qui suivit l’effondrement de l’Union soviétique. C’est un fait que l’enfantement sans douleur – et sans risques – n’est pas encore la règle pour les États. Et encore moins pour les superpuissances, invariablement vouées à la sauvegarde d’intérêts politiques et économiques dont l’ampleur est à leur mesure, et même leur démesure.
Rompre avec l’unilatéralisme borné, obstiné (suprêmement inopérant et de surcroît contre-productif) des néoconservateurs sans renier pour autant les idéaux démocratiques chers à la patrie d’Abraham Lincoln ; refaire l’Amérique mais sans la défaire, tel est en définitive le véritable défi qu’aura à relever Obama.
Issa Goraieb
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Parce qu’il résume à lui seul tout le chemin parcouru en un demi-siècle entre une longue et cruelle ségrégation raciale et l’élection d’Obama, ce rêve a soudain cessé d’être exclusivement américain pour revêtir une dimension universelle. Peuples et gouvernements du monde entier ont salué une...