Quelle valeur donner à la rencontre Hariri-Nasrallah et au gentleman agreement auquel elle a donné lieu ? À quelques jours de la reprise de la conférence de dialogue et alors que les efforts de réconciliation trébuchent au niveau chrétien, les retrouvailles entre les deux dirigeants sunnite et chiite revêtent une importance certainement capitale dans la mesure où elles contribuent substantiellement à décrisper un climat politique qui commençait à s’envenimer au fur et à mesure que la date du 5 novembre approchait.
La question reste cependant de savoir si à long terme, l’entente scellée entre les deux chefs ennemis est suffisante en elle-même pour instituer un modus vivendi mettant le Liban et les Libanais à l’abri de nouvelles secousses politiques ou sécuritaires. La réponse est de toute évidence négative. Non pas que la bonne volonté ou la bonne foi des deux hommes est en cause, mais il est manifeste que leurs retrouvailles reposent sur des bases fragiles, même si elles se sont déroulées dans un climat régional favorable. La période de grâce dont le Liban jouit depuis quelques mois est le fruit de nombreux facteurs, pour l’essentiel régionaux. Elle en reste ainsi foncièrement tributaire. Que la donne régionale bascule et le Liban se retrouvera confronté à ses anciens démons.
Qu’on ne se fasse donc pas d’illusions. Depuis l’accord de Doha, rendu possible comme on le sait à partir du moment où une sourdine a été mise au conflit saoudo-syrien, c’est seulement une trêve qui s’est instituée au Liban et la politique du Hezbollah s’inscrit dans la continuité. Depuis le départ des Syriens, la formation chiite s’efforce, prétextant – une « nécessaire participation au pouvoir » qui se justifie, selon elle, par la « divine victoire » de 2006 contre Israël – de s’imposer en tant que partenaire au pouvoir, au mépris des règles démocratiques les plus élémentaires et sans lésiner sur les moyens pour atteindre cet objectif : du blocage des institutions à la pression armée. La formation d’un gouvernement d’entente nationale n’a été pour ainsi dire qu’une bataille gagnée dans le cadre d’un processus qui a commencé en 2005 et qui devrait être couronné par les législatives de 2009.
La stratégie
de défense
Dans cet ordre d’idées, le Hezbollah aurait tout intérêt à reporter sine die l’examen en profondeur d’une stratégie de défense. Du moins jusqu’après la consultation populaire de 2009, puisqu’il espère ainsi asseoir davantage ses assises politiques et se poser, par voie de conséquence, comme un interlocuteur de poids au dialogue national, investi d’un large soutien populaire.
Une entente autour d’une stratégie de défense qui déterminerait l’usage des armes du Hezbollah est certes fondamentale, aujourd’hui plutôt que demain, mais en attendant qu’elle se concrétise, le Liban peut-il se permettre le luxe d’un attentisme hasardeux ? À supposer même qu’elle soit réalisable dans un proche avenir, serait-elle en elle-même suffisante ? Ne devrait-elle pas être plutôt associée à un mécanisme qui réhabiliterait la principale victime de la politique suivie par l’opposition pour renforcer sa présence au pouvoir, à savoir la Constitution ?
En outrepassant les règles démocratiques et les lois constitutionnelles pour atteindre ses objectifs politiques, l’opposition a créé un précédent dangereux, sur lequel la classe politique juge curieusement bon de ne pas revenir pour préserver le climat de – fausse – entente scellé à Doha.
Réhabiliter la Constitution et l’ensemble des règles qui régissent le fonctionnement de l’État, sans tomber dans le piège du débat sur le sexe des anges, est fondamental pour prémunir le Liban contre d’éventuelles secousses qui risquent de se produire au fur et à mesure que la date des élections approchera, et éviter les blocages qui continuent de handicaper l’État parce que de nouvelles règles, établies de facto au nom d’une démocratie consensuelle piégée, sont venues supplanter celles qui représentent le cadre normal d’un État démocratique.
Aujourd’hui, pour remettre les pendules à l’heure et restituer à l’État sa fonction normale de régulateur, le président de la République est appelé à jouer un rôle prépondérant. Une de ses principales prérogatives n’est-elle pas après tout de veiller au respect de la Constitution ? Ne doit-il pas après tout concrétiser ce qu’il a promis dans son discours d’investiture sans se laisser piéger par les exigences des uns et des autres ?
Réhabiliter la Loi fondamentale équivaut à arracher aux participants au dialogue, avant même que les discussions sur la stratégie de défense ne commencent sérieusement, l’engagement solennel de maintenir leur conflit dans un cadre institutionnel, quelles que soient les motivations politiciennes ou régionales qui régiraient à l’avenir leurs actions, et se conformer, en cas d’abus, aux textes des lois en vigueur. Dans son préambule, la Constitution ne prévoit-elle pas que les Libanais sont tous égaux devant la loi ? Il serait peut-être bon de commencer sinon à appliquer, du moins à reconnaître ce principe, balayé par les considérations politiciennes des uns et des autres.
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La question reste cependant de savoir si à long terme, l’entente scellée entre les deux chefs ennemis est suffisante en elle-même pour instituer un modus vivendi mettant le Liban et les Libanais à l’abri de nouvelles secousses politiques ou sécuritaires. La réponse est de toute évidence négative....