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Commentaire Liberté académique Du Dr Jan SCHAAPER*

Depuis des millénaires, les grandes civilisations qui ont dominé leur époque en termes économiques, militaires et culturels se trouvent au bord de la Méditerranée : la Grèce antique, l’Égypte des pharaons, l’Empire romain, l’Empire ottoman, parmi d’autres. Ces civilisations ont contribué à l’intégration de l’espace méditerranéen. Aujourd’hui, c’est l’Europe qui occupe une place dominante, d’un point de vue économique et académique. Récemment la France et l’Union européenne ont affiché une volonté pour davantage d’intégration méditerranéenne. L’intégration économique et culturelle passe entre autres par des efforts communs en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Les outils de cette intégration sont divers : codiplômation entre universités du nord et du sud de la Méditerranée, mobilité d’enseignants, de chercheurs et d’étudiants, projets de recherche en commun, cotutelle de doctorats, etc. Le tout nécessite une volonté au niveau des établissements éducatifs et de recherche, qui en général est au rendez-vous, et des financements, qui découlent souvent d’une volonté politique. La question de fonds est celle de la volonté. Étudions quelques chiffres. La production scientifique par pays est quantifiée. Trois grands pays de la Méditerranée, la France, l’Italie et l’Espagne, font partie du top 10 mondial. Les articles académiques publiés par les chercheurs de ces trois pays sont cités en moyenne 8 à 10 fois dans d’autres articles académiques. Cet excellent score démontre l’impact de la Méditerranée européenne sur la recherche mondiale. Il en va tout autrement pour les pays de la rive Sud, qui traînent dans le bas de ces classements. D’ailleurs, leurs meilleurs chercheurs, dès leur doctorat, s’installent en Europe ou aux USA où leur production scientifique est comptabilisée pour le compte du pays d’adoption, et non du pays d’origine. Les écarts criants de ces chiffres montrent la nécessité d’intégrer la recherche méditerranéenne. Pourquoi ne pourrait-on pas stimuler la recherche dans le sud de la Méditerranée, en laissant les doctorants s’éclore dans leur pays d’origine avec des aides financières du Nord. C’est une question de volontés politiques. Un autre chiffre permet de comprendre les réalités. Les données de l’OCDE montrent que l’aide européenne en matière d’éducation et de recherche bénéficie, logiquement, surtout à l’Afrique subsaharienne. Ces mêmes chiffres montrent que l’Asie du Sud-Est en la matière est aidée par le Japon et l’Australie, et l’Amérique latine par les États-Unis. Chacun des grands blocs industrialisés aide son Sud. L’espace méditerranéen y figure comme l’enfant pauvre. On apprend également dans les chiffres de l’OCDE que les « États arabes » sont aidés par deux pays essentiellement : la France, qui soutient la francophonie, et les États-Unis. C’est dans ce contexte que la seconde Conférence des recteurs du Moyen-Orient s’est récemment tenue à Beyrouth. Cette conférence est à l’initiative de l’Agence universitaire française et a pour objectifs de fédérer les universités francophones du Moyen-Orient et de promouvoir la coopération en matière de recherche universitaire et d’échange d’étudiants, le tout avec financements de la France. Revenons sur la question de la volonté politique. La recherche universitaire a besoin de liberté(s). Ce sont les universitaires eux-mêmes qui choisissent les sujets qu’ils investissent et qu’ils soumettent à la communauté scientifique internationale pour publication. Et non leurs dirigeants ou financeurs. Est-ce que les États de la Méditerranée ont réellement envie d’avoir des chercheurs libres ? Est-ce qu’il y a un vrai désir de sciences et de savoir ? Un désir de connaître induit un risque de se connaître et de connaître l’autre. Cette connaissance stimule les débats et a toujours fait avancer nos sociétés. * Maître de conférences HDR, coordinateur académique à l’École supérieure des affaires, Beyrouth.
Depuis des millénaires, les grandes civilisations qui ont dominé leur époque en termes économiques, militaires et culturels se trouvent au bord de la Méditerranée : la Grèce antique, l’Égypte des pharaons, l’Empire romain, l’Empire ottoman, parmi d’autres. Ces civilisations ont contribué à l’intégration de l’espace méditerranéen. Aujourd’hui, c’est l’Europe qui occupe une place dominante, d’un point de vue économique et académique. Récemment la France et l’Union européenne ont affiché une volonté pour davantage d’intégration méditerranéenne.
L’intégration économique et culturelle passe entre autres par des efforts communs en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Les outils de cette intégration sont divers : codiplômation entre universités du nord et du sud de la...