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Société Tempête dans une pinte de bière

Pour tenter d’enrayer une baisse de fréquentation qui menace ses pubs, le Royaume-Uni a lancé une consultation sur l’introduction d’une nouvelle mesure de bière : le « deux tiers de pinte », une véritable révolution dans le Landerneau des pubs qui n’est pas du goût de tous. La « pinte » est aux pubs londoniens ce que le « demi » est aux bistrots parisiens : elle fait partie de ces traditions immuables qui « font » l’Albion et qui sont jalousement gardées, en particulier face aux assauts de standardisation de l’Union européenne. Faisant partie du système de mesures « impérial », en référence à l’ancien Empire britannique, elle représente vingt onces liquides, soit 0,568 litre. Mais le Laboratoire national des poids et mesures (National Weights and Measures Laboratory, NWML), organisme public, propose d’ajouter un « deux tiers de pinte » à l’actuelle mesure légale que constitue la sacro-sainte pinte. Il s’agit de « donner un plus grand choix aux consommateurs », a précisé la NWML, disant avoir répondu à une demande du secteur. Avant un éventuel projet de loi, une consultation publique a été lancée. Elle doit durer plus de deux mois, jusqu’au 1er janvier prochain. C’est que le sujet est très sensible, comme le prouvent les nombreuses réactions suscitées par le projet. « La fin de plus de 300 ans d’histoire », s’offusque ainsi le quotidien Daily Telegraph. « Ce serait la première fois depuis que Guillaume III, prince d’Orange, était sur le trône (1650-1702) qu’on pourrait boire une dose aussi inhabituelle », écrit le journal. Le système a été légalisé dès 1698. À l’époque, aucune autre mesure n’était autorisée, sauf des verres encore plus grands, comme deux, voire trois pintes. Ce n’est que bien plus tard qu’apparaîtront la demi-pinte puis le tiers de pinte. Le tabou est donc déjà largement levé, estime la British Beer and Pub Association (BBPA), qui dit représenter 98 % de la bière brassée et plus de la moitié des 58 000 débits de boisson britanniques. La BBPA voit dans la nouvelle mesure un des moyens de sauver les pubs du pays, qui ferment leurs portes au rythme alarmant de cinq par jour en moyenne. « Il ne fait aucun doute que les pubs font face à des difficultés majeures et le moindre détail peut venir en aide. C’est un des moyens », estime un porte-parole de la BBPA. « Cela va donner aux consommateurs plus de choix », ajoute-t-il, soulignant aussi l’attrait pour la clientèle féminine. C’est justement l’un des points qui inquiète les organismes de lutte contre l’alcoolisme. « Cela pourrait permettre de mettre sur le marché des bières pour femmes... Nous avons déjà vu les brasseurs tenter de sortir d’un marché exclusivement masculin », déclare une porte-parole d’Alcohol Concern, organisme de prévention de l’alcoolisme. Introduire « encore une nouvelle mesure » va de plus « ajouter à la confusion », explique-t-elle. « Cela pourrait faire penser aux gens qu’ils boivent moins tandis que, en fait, ils pourraient consommer autant, voire plus, d’alcool », poursuit la porte-parole, soulignant qu’un deux tiers de pinte d’une bière forte peut être plus alcoolisé qu’une pleine pinte d’une lager légère. Pour l’association « Campaign for Real Ale » (Camra), une organisation d’amateurs de bière qui revendique 90 000 membres, la nouvelle mesure est tout simplement anachronique. C’est que Camra est lancée dans une campagne tout autre qui vise non pas à réduire la taille des verres de bière, mais à les remplir à ras bord. La Camra a ainsi déposé la semaine dernière auprès du gouvernement une pétition de plus de 20 000 signatures demandant l’abolition des faux cols. « Dans une pinte sur quatre, il manque 5 % » de bière, dénonce l’organisme.
Pour tenter d’enrayer une baisse de fréquentation qui menace ses pubs, le Royaume-Uni a lancé une consultation sur l’introduction d’une nouvelle mesure de bière : le « deux tiers de pinte », une véritable révolution dans le Landerneau des pubs qui n’est pas du goût de tous.
La « pinte » est aux pubs londoniens ce que le « demi » est aux bistrots parisiens : elle fait partie de ces traditions immuables qui « font » l’Albion et qui sont jalousement gardées, en particulier face aux assauts de standardisation de l’Union européenne. Faisant partie du système de mesures « impérial », en référence à l’ancien Empire britannique, elle représente vingt onces liquides, soit 0,568 litre. Mais le Laboratoire national des poids et mesures (National Weights and Measures Laboratory, NWML), organisme public, propose...