Est-il possible de s’expliquer les développements liés aux efforts de réconciliation interchrétienne autrement que sous l’angle des fébriles préparatifs électoraux des divers camps en présence ?
Hormis la problématique rencontre envisagée entre Saad Hariri et Hassan Nasrallah, qui se fait toujours attendre du fait – on le comprend bien – des rancœurs accumulées de part et d’autre au cours des dernières années et particulièrement après le hold-up du 7 mai sur la capitale, les efforts de pacification sur la scène musulmane semblent réellement porter leurs fruits, du moins au niveau des états-majors politiques.
Voilà un bon moment qu’on n’entend plus les caciques du Hezbollah traiter leurs adversaires de « vendus », de « traîtres » et de « sionistes » et on est loin du Walid Joumblatt qui, il y a quelques mois encore, évoquait l’inéluctable divorce avec le parti de Dieu.
L’affaire de Sojoud elle-même, dans laquelle le Hezbollah était directement impliqué, aura en fin de compte provoqué des remous davantage en milieu chrétien qu’entre les leaderships chiites, sunnites et druzes.
Il ne faudrait certes pas exagérer l’ampleur de cette embellie entre les diverses composantes musulmanes du pays. En profondeur, les sentiments – et ressentiments – de la population ne semblent pas avoir franchement évolué. L’accord de Doha aidant, c’est à un modus vivendi entre des guerriers un peu las que l’on assiste plutôt qu’à une véritable tentative de rapprochement politique.
Mais si ce modus vivendi est rendu possible en milieu musulman, c’est justement en raison du fait que les enjeux électoraux y sont pratiquement nuls. D’ores et déjà, tout le monde sait quelles seront, grosso modo, les principales tendances des législatives du printemps prochain à Beyrouth III, à Nabatiyeh, dans le Akkar, à Dennyeh, Tyr, Baalbeck ou Bint Jbeil, tout comme dans le Chouf et à Aley.
La situation se présente tout à fait à l’inverse dans les régions chrétiennes qui se préparent à la plus formidable empoignade électorale de mémoire de chrétien libanais. Et là, justement, on n’est sûr de rien.
Quel sera le volume du CPL par rapport aux résultats de 2005 ? Que fera le président de la République ? Le 14 Mars saura-t-il vaincre les inévitables petites querelles entre ses diverses composantes ? Sleimane Frangié pourra-t-il avoir quelque influence hors de Zghorta ? Michel Aoun sera-t-il en mesure de réduire le bastion du 14 Mars à Achrafieh ? Et Michel Murr, quelle direction prendra-t-il dans le Metn ? Autant de questions, et d’autres encore, qui restent pour le moment sans réponses.
En réalité, les enjeux électoraux dans les circonscriptions chrétiennes sont d’autant plus énormes qu’ils ne concernent pas seulement les formations chrétiennes. L’électeur d’Achrafieh, de Jounieh, de Zahlé ou de Batroun n’est pas seulement appelé à arbitrer le conflit entre CPL et 14 Mars, mais à fixer le sort de tout le scrutin et à déterminer – pour lui autant que pour tous les autres Libanais – la prochaine majorité appelée en principe à gouverner le pays.
Dans ces conditions, on comprend bien que les efforts de réconciliation ne peuvent pas donner les mêmes résultats chez les uns et chez les autres. D’un côté, il y a une sorte de glacis électoral qu’il faut uniquement savoir gérer jusqu’à l’éclosion d’une nouvelle majorité. De l’autre, un véritable champ de bataille sur lequel les divers acteurs doivent bien se positionner pour être en mesure de l’emporter. Si dans le glacis on peut se départir d’une certaine dose d’agressivité, il en va tout autrement du champ de bataille où chacun est censé affûter ses armes face à l’adversaire.
Dès lors, il devient aisé de s’expliquer la démarche hésitante et plutôt négative d’un Sleimane Frangié, qui réclame « une réconciliation à (ses) conditions » et se dit peu pressé de conclure. Sans écarter bien sûr un possible mot d’ordre extérieur, en l’occurrence syrien. Car pour Damas aussi, le canal des intérêts doit, pendant les prochains mois, passer par le vote chrétien.
Aux yeux de la minorité parlementaire et de ceux qui la soutiennent, se réconcilier avec Samir Geagea équivaudrait à blanchir l’image de ce dernier au moment où il faut continuer politiquement à la noircir afin de maintenir une mobilisation maximale d’un large pan de l’opinion chrétienne toujours hostile au chef des FL.
Et, inversement, si ce dernier montre de l’empressement au sujet de la réconciliation, c’est précisément dans l’idée de freiner cette mobilisation.
Ce qui conforte cette analyse, c’est qu’en réalité, M. Frangié s’était déjà en quelque sorte réconcilié avec M. Geagea dans la mesure où – il l’a rappelé lui-même mardi – il lui avait précédemment pardonné les faits qui lui étaient attribués. Il restait simplement à consacrer ce pardon par une rencontre formelle de réconciliation.
Dès lors, il est difficile de comprendre les raisons qui empêchent la tenue d’une telle rencontre autrement que par la volonté de continuer à nourrir dans la conscience collective de nombreux chrétiens une espèce de diabolisation de Samir Geagea.
Plus globalement, et dans le même ordre d’idées, il faut aussi relever le fait qu’à quelques mois des élections, le général Michel Aoun a urgemment besoin, en dépit de sa participation au gouvernement, de garder sa posture d’opposant. D’où ses incessantes attaques, non plus contre le cabinet en tant que tel, mais contre la personne du Premier ministre.
Sauf que ce dernier ne représente aujourd’hui pour lui qu’un paravent, derrière lequel se cache… Samir Geagea.
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Hormis la problématique rencontre envisagée entre Saad Hariri et Hassan Nasrallah, qui se fait toujours attendre du fait – on le comprend bien – des rancœurs accumulées de part et d’autre au cours des dernières années et particulièrement après le hold-up du 7 mai sur la capitale, les efforts de pacification sur la scène musulmane semblent réellement porter leurs fruits, du moins au niveau des états-majors politiques.
Voilà un bon moment qu’on n’entend plus les caciques du Hezbollah traiter leurs adversaires de « vendus », de « traîtres » et de « sionistes » et on est loin du Walid Joumblatt qui, il y a...