C’est la douche écossaise. Constamment. Parce que, naturellement, la malédiction qui frappe les Libanais veut qu’un progrès, une avancée, un mieux-être politique ne viennent jamais seuls. Il faut toujours qu’il y ait, en même temps, quelque chose qui ne va fondamentalement pas : une régression, un gros problème, des velléités de tout dynamiter, etc.
Il y a de belles choses en ce moment – simples, modestes, élémentaires, mais belles (pas très exigeants, les Libanais adoreront toujours applaudir un baryton juste parce qu’il s’est raclé la gorge avant de chanter…).
Il y a, par exemple, un Parlement qui, enfin, fonctionne – toutes turbines allumées. Le vote hier place de l’Étoile de la loi sur le Conseil constitutionnel a non seulement permis aux députés de recommencer à faire ce pour quoi ils sont payés, mais a salutairement redynamisé l’institution, objet de toutes les polémiques depuis plusieurs années. Les effets de la loi 2006 maintenant abolis, le Conseil peut ainsi démarrer sur de nouvelles bases, soustrait qu’il est désormais à une très probable politisation, quel que soit le cas de figure majorité/opposition au sein de l’hémicycle.
Il y a, aussi, apparemment, une sympathique coordination, bien soft et visiblement bien huilée, entre les deux premières présidences : Michel Sleiman (dont la concordance des points de vue avec le 14 Mars, soit-dit en passant, était pregnante hier) et Nabih Berry se sont entendus pour qu’un éventuel élargissement de la table de dialogue bénéficie d’un consensus entre les Quatorze – lesquels Quatorze seraient les seuls à siéger à Baabda le 5 novembre prochain.
Il y a, tout autant, comme une embellie régionale – peu importe sa durée de vie. Saoud el-Fayçal a parlé hier des relations saoudo-syriennes comme il ne l’avait pas fait depuis longtemps : « S’il y a des problèmes entre nous, nous nous en débarrasserons bientôt », a-t-il dit, laissant pantois plus d’un observateur, mais confirmant que quelque chose de positif est en train de se tisser entre Riyad et Damas via (il n’y a pas de hasard…) Doha. Une embellie régionale qui se traduit par des invitations lancées tous azimuts aux responsables libanais. Le Caire, qui a reçu tour à tour Samir Geagea puis Walid Joumblatt, attend très prochainement une délégation hezbollahie formée du ministre du Travail Mohammad Fneiche et du chargé des relations arabes, Ahmad Ezzeddine. Téhéran, qui a accueilli avec tout le faste que l’on sait le chef du CPL, Michel Aoun, s’apprête à adresser, selon des sources bien informées, des cartes d’invitation à quelques pôles du 14 Mars.
Il y a enfin ces visites répétées et auréolées d’un certain succès – d’un succès certain, assurent de nombreux observateurs – du chef de l’État, rentré à Beyrouth après Riyad, Québec et Montréal avec davantage de crédit (international et libanais, via la diaspora) pour aller encore plus loin dans la politique et pour les objectifs qu’il s’est fixés – notamment en ce qui concerne le dialogue national. Michel Sleiman, rappelons-le, s’envolera la semaine prochaine pour Rome et la Cité du Vatican, où il tentera d’obtenir un soutien supplémentaire dans sa tâche ardue de réconcilier ce qui risque de ne jamais pouvoir l’être : les chrétiens du Liban.
Et c’est justement là que le bât blesse – justement là que la régression est insensée, que le vieux, le singulier démon, revient au galop : Damas.
Les conditions hallucinantes posées par Sleimane Frangié (particulièrement obstiné), tant pour sa réconciliation avec Samir Geagea (particulièrement conciliant) qu’en ce qui concerne l’élargissement de la table de dialogue (notamment aux sunnites prosyriens : Omar Karamé et Oussama Saad) sont naturellement, clairement, fondamentalement d’inspiration assadiste. Damas ne veut pas de réconciliation interchrétienne, parce que, à l’aune de ses divergences avec Téhéran (divergences traduites, entre autres, par les négociations avec Israël du premier et l’attente par le second d’une quelconque ouverture US), donc avec le Hezbollah (les visites des caciques du parti de Dieu sur les rives du Barada sont depuis quelque temps rarissimes), le régime syrien a besoin d’un vecteur à même de le réintroduire dans l’équation politique libanaise. Et quoi de mieux que… des chrétiens irrémédiablement divisés ; quoi de mieux que ce tapis vert idéal où Damas peut jouer comme il l’entend cette carte libanaise sans laquelle il se sent/sait presque nu ?
Aux yeux du monde entier, et notamment ceux de Nicolas Sarkozy, la Syrie se montre parfaitement réglo : l’ouverture des deux ambassades, aussi historique et prépondérante soit-elle, n’en reste pas moins de la poudre aux yeux – d’où la nouvelle crise de foie de Sleimane Frangié au cours des dernières vingt-quatre heures. Parce que la Syrie veut que ce monde entier sache qu’elle a encore un rôle à jouer sur l’échiquier libanais, qu’il n’est pas possible qu’on l’occulte de cette façon, ou à ce point.
Reste cette quasi-certitude affolante : cette impossibilité, cette invraisemblance de réconciliation interchrétienne, à l’heure où les rabibochages sunnito-chiites, druzo-chiites et druzo-druzes ont fini par ressembler à quelque chose, aussi embryonnaire soit-il, ressemble à s’y méprendre à une répétition des législatives à venir, où le jeu (de massacre), où la victoire d’un camp sur un autre, aussi minime soit-elle, ne se feront que dans l’hypercœur chrétien. S’uniraient-ils que le Liban ferait des bonds de géant en avant ; resteraient-ils divisés qu’il en fera dix ou cent en arrière. En d’autres termes : tant que le QI politique des chrétiens continuera de plafonner à 2, le bonheur du régime syrien, et de bien d’autres, restera entier.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats C’est la douche écossaise. Constamment. Parce que, naturellement, la malédiction qui frappe les Libanais veut qu’un progrès, une avancée, un mieux-être politique ne viennent jamais seuls. Il faut toujours qu’il y ait, en même temps, quelque chose qui ne va fondamentalement pas : une régression, un gros problème, des velléités de tout dynamiter, etc.
Il y a de belles choses en ce moment – simples, modestes, élémentaires, mais belles (pas très exigeants, les Libanais adoreront toujours applaudir un baryton juste parce qu’il s’est raclé la gorge avant de chanter…).
Il y a, par exemple, un Parlement qui, enfin, fonctionne – toutes turbines allumées. Le vote hier place de l’Étoile de la loi sur le Conseil constitutionnel a non seulement permis aux députés de recommencer à faire ce pour quoi ils sont...