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Actualités - Opinion

L’approche de Jean ISSA L’État relatif, un besoin absolu

Dans son acception première, un concept est immatériel. Comme le trou noir. Techniquement indéfinissable. Mais ni inaccessible ni inabordable. C’est même, au contraire, une auberge espagnole où chacun apporte son boire et son manger. Disons plutôt, puisqu’on est là aux étages supérieurs, comme en la chambre haute de la Cène, son pain et son vin. La vérité, le vrai, la beauté, le beau, l’amour, l’altruisme, l’art, le sens artistique, l’idée et l’idéal sont des concepts. Mille paliers au-dessus, on rejoint les mystères et leurs dérivés ou avatars. Ainsi, la déité et la pensée nous paraissent mystérieuses. Car on ne sait pas si l’une existe, alors qu’on en subodore puissamment l’essence. Tandis qu’on sait que l’autre est bien là, tout en en ignorant la nature. L’État, quant à lui, n’est ni un concept ni un mystère. Tout au plus, représente-t-il une notion rudimentaire. Il procède d’une idée, mais n’en est pas une. Il coule, parfois, d’un idéal sans être lui-même, tel qu’en lui-même la mortalité le garde, idéalisable. Dans son Esquisse d’une psychologie du cinéma (1941), Malraux explore en long, en large et en travers la dimension mythologique du septième art. Qui obéit, selon lui et selon son époque, aux mêmes règles que le roman moderne. Pour conclure, brutalement, que cela étant, le cinéma est une industrie. Doublage comparable pour l’État. Une fois que l’on a admis sa relativité (l’État absolu ? Sept cents millions de morts rien qu’au siècle passé), il convient d’en relativiser également l’aspect prosaïque de sa devanture, de son rôle fonctionnel et réglementaire. Car, pour ce qu’à l’origine l’État est l’épigone de la Cité, forme première de la conscience politique, il constitue un dispositif pensant. Et par là, retour à ce que Descartes voulait dire, l’État a forcément une âme. Ou un esprit, si l’on veut, plutôt, suivre Voltaire. Une âme, un esprit, conventionnels, ne l’oublions pas, en démocratie (monarchie constitutionnelle en tête !). Et masque théâtral imposé en régime despotique (théocratie en premier !). Dans tous les cas de figure, légitime-légal ou pas, féal (d’un parti par exemple) ou souverain, centralisé ou fédéré, l’État-pouvoir est le dépositaire de la chose publique. Entendue comme bien national, entitaire et, le plus souvent, identitaire. Bref, l’État n’est sans doute qu’une forme, mais finalement vitale, essentielle. Le président Sarkis le savait bien. Et c’est à lui, notamment, que nous devons d’avoir gardé au Liban son apparat d’État. Et c’est à sa mémoire, entre autres, que nous nous devons de lui redonner une âme.
Dans son acception première, un concept est immatériel. Comme le trou noir. Techniquement indéfinissable. Mais ni inaccessible ni inabordable. C’est même, au contraire, une auberge espagnole où chacun apporte son boire et son manger. Disons plutôt, puisqu’on est là aux étages supérieurs, comme en la chambre haute de la Cène, son pain et son vin.
La vérité, le vrai, la beauté, le beau, l’amour, l’altruisme, l’art, le sens artistique, l’idée et l’idéal sont des concepts. Mille paliers au-dessus, on rejoint les mystères et leurs dérivés ou avatars. Ainsi, la déité et la pensée nous paraissent mystérieuses. Car on ne sait pas si l’une existe, alors qu’on en subodore puissamment l’essence. Tandis qu’on sait que l’autre est bien là, tout en en ignorant la nature.
L’État, quant à lui, n’est...