Mahmoud HARB
L’annonce officielle de la décision d’établir des relations diplomatiques entre Beyrouth et Damas constitue, sans le moindre doute, une victoire historique pour le Liban, pour son courant souverainiste et pour son président.
L’échange d’ambassadeurs entre les deux capitales rivales n’est pas une bagatelle, une banalité insipide, comme d’aucuns pourraient être tentés de le croire. Faut-il rappeler en effet que la simple évocation de cette mesure avait valu à un ancien Premier ministre et l’un des principaux chefs sunnites un exil drastique et une disgrâce sans appel auprès du régime syrien ? Ou que les manuels scolaires du Baas se sont longtemps obstinés à nier, mépriser, ignorer l’existence du Liban comme pays indépendant, souverain et libre ?
Or l’établissement des relations diplomatiques syro-
libanaises n’équivaut à rien de moins qu’une reconnaissance officielle de la souveraineté du pays du Cèdre par les caciques de Damas. Une victoire pour ceux qui ont tenté, par tous les moyens, d’établir des relations étatiques entre le Liban et la Syrie, sur base du respect mutuel des intérêts des deux pays, à l’abri de l’emprise des services de renseignements du Baas et de leurs affidés locaux.
Cette décision, rendue officielle hier à travers la publication d’un communiqué conjoint par Faouzi Salloukh et Walid Moallem, devrait se concrétiser dans les prochaines semaines. De source digne de fois, on indique que le régime syrien est pressé d’inaugurer son ambassade à Beyrouth pour adresser un message positif à Washington et pour tenter d’amadouer la nouvelle administration américaine.
Selon cette source, Bachar el-Assad aurait donné ses instructions pour que l’ambassade syrienne au Liban ouvre ses portes le 22 novembre prochain, soit le jour de la fête de l’Indépendance et moins de trois semaines après les élections américaines qui se tiendront le 4 novembre. Cette ambassade devrait être implantée dans la capitale et plus précisément dans le quartier de Aïn Mreïssé, dans un appartement appartenant à l’un des responsables sunnites de l’opposition, précise-t-elle.
La source précitée souligne également que le régime syrien est déterminé à dépêcher un ambassadeur chrétien à Beyrouth. Il s’agirait d’une tentative de séduire la communauté chrétienne locale et de drainer ses voix au profit des alliés locaux de Damas. Sauf que si le régime syrien comptait vraiment apaiser les craintes des chrétiens, et des Libanais en général, il aurait pu dépêcher Walid Moallem à Beyrouth au lieu d’inviter Faouzi Salloukh en Syrie, pour que l’annonce officielle de l’échange d’ambassadeurs se fasse depuis le pays qui redoute le plus pour son indépendance.
Toujours est-il que le Liban devrait, quant à lui, loger son ambassade outre frontière dans le bâtiment du Conseil supérieur syro-libanais, dans le quartier d’Abou Remmaneh. L’ambassadeur du Liban devrait être maronite et 12 noms sont actuellement en cours d’étude, ajoute la source, indiquant que Sleimane Frangié tient à faire nommer l’un de ses proches à ce poste.
Au-delà de ces considérations, il demeure que si l’établissement de relations diplomatiques entre le Liban et la Syrie est une mesure nécessaire pour normaliser la situation entre les deux pays, elle n’en est pas pour autant suffisante. Tout dépend de la politique que comptent adopter les caciques de Damas à l’égard du Liban et de l’usage qu’ils entendent faire du siège de leur délégation diplomatique au Liban.
Il est évident que toutes les ambassades du monde – du moins celles des pays qui en ont les moyens – jouent un rôle sécuritaire et politique qui demeure à la limite de l’acceptable pour l’opinion publique. Sauf que les fonctionnaires du Baas ont leurs (mauvaises) habitudes au Liban. Des habitudes qui pourraient étouffer le projet embryonnaire visant à élaborer des relations saines entre les deux pays.
Il serait en effet intolérable pour les Libanais que l’ambassade syrienne devienne une antenne de SR, un périmètre de non-droit, le lieu où se font ou se défont les listes électorales, ou le passage obligé de tout candidat à la députation, de tout ministre, officier ou fonctionnaire.
Il serait tout aussi intolérable que le secrétariat général du Conseil supérieur syro-libanais continue d’être cette instance supérieure aux ambassades et qui échappe à tout contrôle du gouvernement libanais. Que tout mouvement de troupes syriennes à la frontière libanaise ne soit pas coordonné par les délégations diplomatiques respectives. Que ces dernières ne soient pas l’unique canal des contacts libano-syriens.
Ambassades ou pas, la vigilance reste de mise.
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