Finance
Payez en espèces
pour dépenser moins
Du Dr Sophie NIVOIX*
le 15 octobre 2008 à 00h00
L’évolution des moyens de paiement utilisés par les particuliers durant la dernière décennie se traduit par des tendances très nettes. Dans l’ensemble des pays européens, on observe une hausse continue de l’usage des cartes de paiement et cartes de crédit, ainsi qu’un développement récent du paiement électronique via Internet. Inversement, l’usage du chèque, encore vivace en France, se réduit progressivement en proportion du nombre des transactions et dans une moindre mesure en proportion de leur valeur. Quant à l’utilisation des espèces, elle tend à se réduire aux règlements de faibles montants et voit sa place en partie menacée par des cartes de paiement adaptées aux petites sommes. Cartes de fidélité toujours plus nombreuses, cartes d’abonnement, prélèvements automatiques, immédiats ou différés, la panoplie ne cesse de s’élargir. Ces nouvelles pratiques sont-elles financièrement neutres ? On peut en douter lorsque l’on voit avec quel empressement les banques et les distributeurs font l’apologie de ces rectangles plastifiés.
Plusieurs tendances apparaissent en effet lorsque l’on observe les achats réalisés suivant le moyen de paiement utilisé. Tout d’abord, pour les achats de faible montant, l’utilisation du paiement en espèces comporte deux freins susceptibles de limiter les dérives d’une fièvre acheteuse. D’une part, le fait d’avoir une idée du prix de l’achat à réaliser conduit à avoir sur soi le montant correspondant. Le manque de liquide empêche alors un achat nettement plus onéreux. D’autre part, si l’attractivité de l’article plus onéreux s’avère irrésistible, le simple fait d’aller chercher des billets dans un distributeur ou chez soi offre suffisamment de temps pour reconsidérer le bien-fondé d’un tel achat. Ces deux freins sont naturellement absents lors d’un paiement par carte ou par chèque.
Ensuite, si l’on sait toujours assez précisément quel montant contient notre porte-monnaie ou notre poche, il s’avère plus difficile de connaître à tout moment le solde de notre compte courant. Cela demande un suivi que certains négligent, attendant le verdict mensuel du relevé de compte. Les achats d’impulsion se trouvent alors noyés dans un ensemble de dépenses et semblent presque indolores puisque l’effet de ce décaissement n’est observé qu’ultérieurement.
Enfin, sur un plan quantitatif, une étude de Dunn & Bradstreet a permis de noter que les dépenses des consommateurs étaient en moyenne 12 à 18 % plus élevées lorsqu’ils payaient avec une carte que lorsqu’ils utilisaient des espèces. L’enseigne McDonald’s a même noté qu’aux États-Unis, le montant acquitté atteignait en moyenne 4,50 dollars par client payant en espèces contre 7 dollars pour les utilisateurs de cartes. Mais lorsque le client possède non pas une carte de paiement, mais réellement une carte de crédit, la différence de dépense ne se limite pas au montant du bien acquis. Un coût moins visible et pourtant bien réel pour les cartes de crédit provient des frais et intérêts liés au paiement différé, à la « réserve disponible » ou au « crédit reconstituable ».
Prenez ce taux effectif global et couvrez ce découvert que je ne saurais voir. Par de pareils objets, les comptes courants sont blessés, et cela fait venir de coupables envies d’acheter, aurait pu dire Molière aujourd’hui !
* Spécialiste de finance à
l’Université de Poitiers,
professeur à l’ESA
En coopération avec : ESA
L’évolution des moyens de paiement utilisés par les particuliers durant la dernière décennie se traduit par des tendances très nettes. Dans l’ensemble des pays européens, on observe une hausse continue de l’usage des cartes de paiement et cartes de crédit, ainsi qu’un développement récent du paiement électronique via Internet. Inversement, l’usage du chèque, encore vivace en France, se réduit progressivement en proportion du nombre des transactions et dans une moindre mesure en proportion de leur valeur. Quant à l’utilisation des espèces, elle tend à se réduire aux règlements de faibles montants et voit sa place en partie menacée par des cartes de paiement adaptées aux petites sommes. Cartes de fidélité toujours plus nombreuses, cartes d’abonnement, prélèvements automatiques, immédiats ou différés,...
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