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Actualités - Analyse

La situation Nouvelle vague et nouvel axe

Ziyad MAKHOUL Ce qui était dans l’air depuis le 25 mai se confirme un peu plus à chaque occasion. Ce New Deal, presque tout un peuple le souhaitait une fois l’élection de Michel Sleiman à la présidence de la République devenue chose faite – le souhaitait sans trop y croire : trop (ab)usé pour, encore une fois, se laisser prendre. Et puis, au fur et à mesure, l’espoir a pris forme : le New Deal est certes encore une ébauche, mais tout porte à croire qu’il est sur les bons rails. Question 1 : depuis combien de temps un président de la République du Liban n’avait pas initié, stimulé et carrément dirigé la diplomatie libanaise ? Réponse : (trop) longtemps. Question 2 : depuis combien de temps les institutions sécuritaires n’avaient-elles pas concrétisé un bien beau coup antiterroriste ? Réponse : (suffisamment) longtemps. Question 3 : depuis combien de temps un ancien chef de guerre ne s’était-il pas excusé, s’employant ensuite à traduire ce grand pardon, sincère ou calculé soit-il, en véritable volonté de réconciliation, martelée chaque jour un peu plus fermement ? Réponse : pratiquement jamais. Cette Nouvelle vague née d’une sortie de mégacrise (l’accord de Doha puis l’élection présidentielle), insufflée, c’est on ne peut plus naturel, par la personne du chef de l’État, puis concrétisée par une façon de faire inédite (puisque entièrement dédiée, pour l’instant, à l’État et à la chose publique), cette Nouvelle vague ne pouvait que faire tache d’huile et contaminer positivement toutes celles et tous ceux qu’un pareil changement tentait depuis bien longtemps. C’est chose faite, et le week-end écoulé en est une preuve supplémentaire. La diplomatie Ainsi, après la (douce) France, le (stakhanoviste) Qatar, la Syrie (géographiquement inévitable) et les États-Unis (politiquement incontournables) ; avant le Québec, l’Égypte, l’Italie, le Vatican et l’Iran, c’est en Arabie saoudite que Michel Sleiman continuait hier de remettre le Liban, officiellement et institutionnellement, dans le Stratego diplomatique régional et international : œuvre au blanc loin d’être facile, à l’aune du travail de sape syro-lahoudien (Émile) pendant neuf ans, et du vide béant à la première magistrature libanaise pendant plus de vingt-quatre mois. Effectivement, la Nouvelle vague est lancée… Très grande importance symbolique et « visite historique », pour reprendre l’épithète de l’ambassadeur Khoja, que cette escale à Djeddah, où Michel Sleiman, reçu à sa descente d’avion par le roi Abdallah, est venu rappeler à tous ceux qui commençaient, en Arabie saoudite et un peu ailleurs, aussi, à en douter, que les Libanais ne sont pas (tous) ingrats, et qu’ils ne passent pas leur temps à cracher dans la soupe. Géant arabe politique et financier, le royaume wahhabite s’est constamment tenu aux côtés du Liban lorsque ce dernier, exsangue, bataillait pour sa souveraineté, son indépendance et sa libre décision – et c’est ce double soutien, politique et financier donc, que le chef de l’État est venu saluer et remercier. Et qui sait, le label héraut des causes perdues n’étant sans doute pas le monopole du seul Martti Ahtisaari, si Michel Sleiman ne réussira pas à son niveau, toutes proportions gardées, à faire quelque chose pour essayer de réduire les tensions, toujours aussi vives, entre Riyad et Damas… La sécurité Ainsi, il ne faut jamais se fier aux apparences : le Liban a prouvé hier qu’il peut ne plus être cette terre d’asile, cette taverne miteuse tellement si accueillantes pour les terroristes (apprentis, chevronnés, autochtones ou importés) de tout poil. Belle Nouvelle vague, beau baptême du feu pour Jean Kahwagi (particulièrement aidé par Achraf Rifi) donc, que ce coup de filet contre les exécuteurs des derniers attentats de Tripoli. Et force est de parier que l’armée et les FSI ne s’arrêteront pas en si bon chemin (il y aura sans doute beaucoup de bravos, aujourd’hui, au cours de la réunion du Conseil central de sécurité que présidera Ziyad Baroud) et qu’elles pourraient très facilement reproduire cet exploit dominical partout où cela s’impose – à l’exception notoire, bien entendu, de ces scandaleux périmètres de sécurité que continuent d’être les mini-territoires du mini-État du Hezbollah. Sans compter que l’œuvre au blanc des forces de l’ordre en ce 12 octobre a dû en faire pleurer de rage plus d’un au palais des Mouhajirine à Damas, à commencer par un Bachar el-Assad dont les menaces à propos du fondamentalisme-au-Liban-Nord-qui-menace-la-sécurité-de-la-Syrie résonnent encore dans beaucoup de tympans. La réconciliation Nouvelle vague et contamination positive obligent, il est fort possible que cette semaine soit propice, peut-être à la veille du départ de Michel Sleiman pour Québec, à la rencontre-réconciliation à Baabda entre Samir Geagea et le binôme (très Dupondt) Sleimane Frangié-Michel Aoun. Si cette réconciliation aboutit effectivement, et Georges Adwan assure qu’elle est en voie d’exécution, cela se fera certainement grâce aux efforts des deux parties – mais force est de constater l’indiscutable constance du chef des FL depuis ses excuses publiques d’il y a quelques semaines. Une constance que rien n’arrête, en tout cas pas les lazzi (de bonne ou de mauvaise guerre) des lieutenants du CPL, Camille Khoury en tête ces dernières 24 heures, puisque Samir Geagea a continué ce week-end à exhorter les leaders chrétiens à la réconciliation et à placer celle-ci en tête des priorités, « avant le volet politique ». Il a même accepté que Michel Aoun participe à ses retrouvailles avec Sleimane Frangié, puisque ce dernier, psychologiquement, fait comprendre qu’il ne peut pas faire ce genre de choses sans le chef du CPL. Le croissant Il fallait que quelqu’un aille à contre-courant, à contre-(Nouvelle) vague – il en tire d’ailleurs une fierté qu’il ne cache pas et fait de ce credo un art de se mouvoir en politique ; ce quelqu’un est Michel Aoun. Qui a choisi le jour de la visite du chef de l’État en Arabie saoudite pour se rendre en Iran. Un voyage qui n’a rien de répréhensible, bien au contraire : il est toujours bienvenu de voir les chefs de partis et autres courants libanais visiter telle ou telle capitale, tenter tel ou tel lobby, dans l’intérêt, naturellement, du Liban (le même Michel Aoun l’avait brillamment réussi il y a quelques années à Washington pour le Syria Accountability Act). Sauf que là où le bât blesse, c’est quand une visite s’inscrit autant pour quelque chose que contre quelqu’un ou quelque chose – en l’occurrence contre l’Arabie saoudite et tout ce qu’elle représente sur les plans politique et communautaire. « Une visite à Téhéran en 2008, une rencontre avec Saddam Hussein en 1988, et une autre avec les talibans en 2028 ? » a ironisé hier Farès Souhaid… Sans aller jusque-là, Amine Gemayel a déploré qu’une partie des Libanais « se laisse embarquer dans une alliance régionale ou internationale et même se lie à telle ou telle stratégie au détriment de la souveraineté du Liban et de sa stabilité ». En d’autres termes, que Michel Aoun aille en Iran parce qu’il veut être conséquent avec lui-même et avec son alliance avec le Hezbollah est une chose – louable et respectable, même si elle représente une caution supplémentaire pour la wilayet el-faqih. Par contre, que lui (ou n’importe qui d’autre) œuvre au noir pour placer le Liban dans cette espèce de croissant contre lequel le roi Abdallah II de Jordanie avait émis, il y a quelques années, un nombre certain de réserves (ou dans une quelconque orbite occidentale) en est une autre – assez incompréhensible, assez inadmissible. Nouvelle vague vs nouvel axe ? Décidément, le printemps 2009 sera chaud – très chaud.
Ziyad MAKHOUL

Ce qui était dans l’air depuis le 25 mai se confirme un peu plus à chaque occasion. Ce New Deal, presque tout un peuple le souhaitait une fois l’élection de Michel Sleiman à la présidence de la République devenue chose faite – le souhaitait sans trop y croire : trop (ab)usé pour, encore une fois, se laisser prendre. Et puis, au fur et à mesure, l’espoir a pris forme : le New Deal est certes encore une ébauche, mais tout porte à croire qu’il est sur les bons rails.
Question 1 : depuis combien de temps un président de la République du Liban n’avait pas initié, stimulé et carrément dirigé la diplomatie libanaise ? Réponse : (trop) longtemps. Question 2 : depuis combien de temps les institutions sécuritaires n’avaient-elles pas concrétisé un bien beau coup antiterroriste ? Réponse :...