La crise financière internationale continue d’inquiéter tous les marchés. Les indices boursiers haussent et baissent d’une journée à l’autre sans aucune raison fondamentale ou logique. Les mêmes événements commandent un jour une hausse et un autre jour une baisse des Bourses. C’est un mélange de facteurs rationnels et psychiques qui commandent l’évolution des marchés mondiaux les plus liquides, efficaces et transparents. S’il est possible de cerner et d’expliquer les racines rationnelles, il est extrêmement difficile de prévoir l’évolution des sentiments des gens. Ce qui est clair, c’est que les événements ont bien dépassé le know-how de notre belle science économique. Comment cette crise est-elle produite et quels rôles ont joué les grands génies des universités américaines qui ont reçu des dizaines de prix Nobel bien mérités ?
L’origine de la crise financière actuelle est celle du subprime qui s’est transformée en « prime », touchant ainsi tous les actifs des meilleures institutions dans les marches courants et à terme. La crise du subprime a créé un climat d’incertitude, d’anxiété et de perte de confiance dans les marchés, aboutissant à des faillites bancaires et institutionnelles. La création d’instruments financiers composés a ajouté au risque général du marché. Il est bien entendu que le risque financier augmente lorsque les instruments sont mal construits et lorsque les agents économiques qui les utilisent ne comprennent pas vraiment ce qu’ils font. Nous savons que les marchés les plus dangereux sont ceux qui manquent de transparence, de clarté et surtout d’informations disponibles gratuitement. Cette opacité générale s’est ajoutée au goût croissant du risque et de l’aventure, et a fortement et rapidement secoué les fondements des marchés financiers mondiaux construits et développés depuis des décennies.
Il est clair qu’il faut maintenant soutenir les marchés et les institutions à travers les impôts des contribuables, car il n’y a pas d’autres sources disponibles. L’État américain doit faire face à la perte de confiance de la part des investisseurs locaux et internationaux qui risque de se propager jusqu’au secteur réel et ainsi influencer négativement la croissance et l’emploi. En fait, les impôts sont destinés en période normale à financer les dépenses de l’État, surtout celles liées aux besoins sociaux et de l’infrastructure. Les impôts ne sont pas destinés à sauver des institutions financières qui ont mal travaillé et pris des risques non calculés. Les sauver c’est casser le mécanisme du marché qui, après tout, doit récompenser les sérieux et punir les négligents. L’administration républicaine a bien cassé les règles du marché, chères aux universitaires et agents, pour sauver une économie qui compte pour à peu près 30 % de l’économie mondiale. L’administration n’avait vraiment plus le choix.
Le plan proposé par le ministre Paulson, quoiqu’il limite les pertes, ne contribuerait pas en fait à l’assainissement des marchés qui ont souffert de crises répétitives pratiquement tous les 10 ans ou même moins. Sauver les marchés financiers, c’est donner un rôle plus important aux organismes de contrôle et de supervision tout en modernisant plusieurs règles et lois bien anciennes et même néfastes dans un monde globalisé. Assainir les marchés, comme le président Sarkozy l’a souhaité, c’est bien identifier les responsables de cette catastrophe et les juger devant les tribunaux spécialisés. Les personnalités responsables sont celles qui ont dirigé les institutions qui ont échoué ainsi que les têtes des organismes publics de contrôle, de régulation et de supervision. Les crises se sont répétées durant les dernières décennies parce que l’État américain avait failli à sa mission de justice et de respect des droits des investisseurs et du citoyen.
Finalement, ce qui nous inquiète tout au long de cette crise, c’est l’absence de suggestions pratiques et de solutions logiques de la part des grands professeurs d’économie et de finance des universités américaines qui produisent régulièrement des articles de très haut niveau publiés dans les meilleurs revues et journaux. Le citoyen ordinaire attendait de la part de ces grands chercheurs des projets de solutions qui pouvaient s’appliquer dans la conjoncture actuelle. C’est très grave de laisser les solutions aux politiciens de l’administration et du Congrès qui ont d’autres intérêts et objectifs que l’assainissement des marchés. Les professionnels des grandes universités ont été absents et devaient bien casser ce mur épais qui continue à séparer la théorie de la vie réelle.
Louis HOBEIKA, professeur en économie
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La crise financière internationale continue d’inquiéter tous les marchés. Les indices boursiers haussent et baissent d’une journée à l’autre sans aucune raison fondamentale ou logique. Les mêmes événements commandent un jour une hausse et un autre jour une baisse des Bourses. C’est un mélange de facteurs rationnels et psychiques qui commandent l’évolution des marchés mondiaux les plus liquides, efficaces et transparents. S’il est possible de cerner et d’expliquer les racines rationnelles, il est extrêmement difficile de prévoir l’évolution des sentiments des gens. Ce qui est clair, c’est que les événements ont bien dépassé le know-how de notre belle science économique. Comment cette crise est-elle produite et quels rôles ont joué les grands génies des universités américaines qui ont reçu des...