de Fady Noun
« Que fait le patriarche Sfeir à Rome, quand on a tant besoin de sa présence au Liban pour faire avancer le processus de réconciliation ? » Certains se sont permis de poser cette question en public.
Voici la réponse : Le patriarche participe, au Vatican, à une session de travail de l’Assemblée spéciale du synode des évêques, une institution créée par Paul VI en 1965, sur le thème de « La parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église ». En 1995, cette même assemblée avait consacré l’une de ses sessions au Liban.
Pour la petite histoire, le patriarche Sfeir, avec ses 88 ans, est le doyen de cette assemblée à laquelle participent plus de 350 cardinaux, archevêques, évêques et prêtres venus des cinq continents.
L’assemblée se tient d’abord en réaction à une déchristianisation massive de l’Occident. « Des nations qui furent à une époque riches de foi et de vocations sont maintenant en train de perdre leur identité, sous l’influence nuisible et destructrice d’une certaine culture moderne », a affirmé le pape.
« Mais lorsque l’homme supprime Dieu de son horizon, lorsqu’il déclare Dieu “mort”, est-il vraiment plus heureux ? Devient-il vraiment plus libre ? » s’est interrogé le pape. « Comme le montre amplement l’actualité quotidienne », cette vision ne fait qu’encourager « les abus de pouvoir, les intérêts égoïstes, l’injustice et l’exploitation, la violence sous toutes ses formes », a-t-il répondu.
Ce n’est pas l’actualité politique et économique qui le démentira.
« Mais le mal et la mort n’ont pas le dernier mot. Celui qui vainc à la fin, c’est le Christ. Toujours ! » a enchaîné le pape.
« L’Église ne se lasse pas de proclamer cette bonne nouvelle, et pour accomplir cette mission, a ajouté Benoît XVI, se nourrir de la Parole de Dieu est, pour l’Église, la tâche première et fondamentale. »
Voilà ce que fait le patriarche à Rome. En quoi sommes-nous concernés ? Eh bien, nous le sommes d’abord, à un titre général, du fait que dans un monde globalisé, la culture séculière de la mort de Dieu envahit tous les esprits.
Mais nous le sommes aussi à un titre particulier. L’ignorance de la Parole de Dieu mine presque tout ce que nous entreprenons, y compris cette réconciliation dont on parle tant. Que signifie le mot réconciliation ? Le mot a un sens politique. Dans le contexte actuel, la réconciliation est un simple accord de sécurité entre les deux formations, un retour à une vie politique normale.
Or les Marada semblent plus nuancés que les Forces libanaises à ce sujet. Avant de se réconcilier, on cherche à savoir à qui profite ce genre de réconciliation circonstancielle. Dans le cas du massacre d’Ehden et de la cassure de 1978, la réconciliation, quoi qu’on en pense, ne peut être purement politique. Entre formations nominalement chrétiennes, elle doit être réparatrice, aller aussi profond que la violence exercée. Violence engendre violence. C’est uniquement là où elle est réparée, à la profondeur voulue, qu’elle cesse. Et pour cela, la réconciliation doit passer, obligatoirement, par la vérité, sans exploitation ni sentimentalisme.
Une même profondeur est d’ailleurs nécessaire pour réparer la déchirure provoquée par le Hezbollah, en mai dernier. On pourrait presque établir un parallèle entre cette cassure et celle de Ehden. En profondeur, le Hezbollah a commis, en mai dernier, la même erreur fatale que les Forces libanaises en 1978. Et pour la réparer, il faudra plus qu’un accord de sécurité.
Face au projet de société du Hezbollah, les composantes du 14 Mars, et les Forces libanaises en particulier, se doivent de faire valoir leur propre projet, de vivre à la hauteur voulue, d’être plus exigeantes envers elles-mêmes. Depuis 2005, certains n’ont rien de mieux à faire qu’à torpiller la révolution des cœurs qui s’appelle intifada de l’indépendance, cette rare et précieuse convergence des cœurs qui a eu pour repoussoir la tyrannie syrienne. La dynamique était saine et elle l’est toujours, pourvu que les leaders de cette indépendance sachent la retrouver et la faire évoluer vers un projet de société viable, équitable et global.
L’intifada de l’indépendance a beaucoup de faiblesses et beaucoup d’atouts aussi. Elle a pour faiblesse d’être disparate. Ses leaders n’ont pas su faire cause commune et articuler leur projet de société. Sa seconde faiblesse a été l’accaparement des rouages administratifs et de certaines fonctions de l’Exécutif par le sunnisme politique qui, en découvrant le Liban, a découvert aussi les séductions de l’hégémonie. Quant aux atouts, ils sont évidents. Il faut que le 14 Mars, que les Forces libanaises aient le courage de s’en saisir et d’aller plus loin.
Se nourrir de la Parole de Dieu, voici ce que le patriarche a été faire à Rome.
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