Avec sa queue de cheval, ses longs favoris, son jean moulant et ses bottes western, Noah Zaayter a une allure insolite alors qu’il déambule dans le petit village de Knaysseh, les hommes de sa milice personnelle dans son sillage. Cet homme de 37 ans est l’un des quelque 50 barons de la drogue qui opèrent pratiquement en toute impunité dans la Békaa, a constaté Jocelyne Zablit de l’AFP.
Zaayter porte une casquette de base-ball, visière vers l’arrière, et un pistolet chromé à la ceinture. Ses hommes, « Tigre », « Scorpion » ou « Ben Laden », sont équipés, eux, de pistolets mitrailleurs, certains même de lance-grenades. Un Hummer et plusieurs autres véhicules tout-terrain aux vitres teintées sont garés devant sa maison, flanquée d’une tour de guet comme pour rappeler aux visiteurs que ce n’est pas un endroit pour la balade du dimanche.
« Je ne crains que Dieu », assure, sur un ton de défi, Zaayter, un musulman chiite connu pour son franc-parler et qui ne craint pas la publicité. Il évoque librement ses activités illégales, assure que la vie criminelle qu’il mène n’est pas le résultat d’un choix et qu’il n’est ni l’affilié ni le protégé des différentes factions politiques rivales du pays.
« Moi et d’autres fermiers de la région nous plantons du cannabis parce que nous n’avons pas d’autre solution », affirme ce père de quatre enfants, constamment entouré de ses 14 gardes du corps. « C’est la seule récolte que nous pouvons vendre. »
La drogue lui rapporte, dit-il, 1,5 million de dollars les bonnes années. Une partie sert à faire vivre les 200 habitants du village de Knaysseh, dont certains n’ont ni eau courante ni électricité. « Je m’occupe de ces gens, je leur donne du pain et de l’eau puisque l’État n’en est pas capable », poursuit Zaayter, à grands renforts de gestes de colère. « Je suis recherché, mais recherché par une bande de voleurs, et j’ai plus le sens de l’honneur qu’eux tous. Quand il y aura un État qui fonctionne dans ce pays et un vrai système judiciaire, je serai le premier à me constituer prisonnier, ajoute-t-il. Mais je ne vais pas me rendre à une bande de voleurs. »
Mohammad Chammas, un fermier local, assure que les villageois doivent beaucoup à Zaayter : « C’est un homme généreux et ce que les autorités lui font est injuste. Ils le rendent coupable de tout ce qui se passe de mal dans la région, mais s’il n’était pas là, il y a des gens qui ne pourraient pas survivre. »
« C’est la situation politique pourrie au Liban qui est responsable », se lamente de son côté le colonel Adel Machmouchi, chef du Bureau national de lutte antidrogue. Près de 3 500 hectares de cannabis et de pavot, dont on tire l’héroïne, ont été mis en culture cette année, dit-il.
« Nous ne pouvons pas faire grand-chose contre les barons de la drogue parce que ce sont les lois tribales qui règnent dans la Békaa et, avec les moyens que nous avons et la situation politique, nous ne pouvons pas mettre nos hommes en danger », souligne le colonel Machmouchi.
Certains, comme Zaayter, frappent même les emballages de leur production de leurs initiales.
« Les gens comme Zaayter croient qu’ils sont au-dessus de la loi. Mais un jour ils finiront en prison, parce que c’est ce qu’ils méritent », assure l’officier.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Avec sa queue de cheval, ses longs favoris, son jean moulant et ses bottes western, Noah Zaayter a une allure insolite alors qu’il déambule dans le petit village de Knaysseh, les hommes de sa milice personnelle dans son sillage. Cet homme de 37 ans est l’un des quelque 50 barons de la drogue qui opèrent pratiquement en toute impunité dans la Békaa, a constaté Jocelyne Zablit de l’AFP.
Zaayter porte une casquette de base-ball, visière vers l’arrière, et un pistolet chromé à la ceinture. Ses hommes, « Tigre », « Scorpion » ou « Ben Laden », sont équipés, eux, de pistolets mitrailleurs, certains même de lance-grenades. Un Hummer et plusieurs autres véhicules tout-terrain aux vitres teintées sont garés devant sa maison, flanquée d’une tour de guet comme pour rappeler aux visiteurs que ce n’est pas un...