Mahmoud HARB
La crise ne devrait avoir aucun impact sur le secteur bancaire local et pourrait même renforcer le flux de capitaux intrants, estime Youssef Khalil, responsable de la BDL interrogé par « L’Orient-Le Jour ».
Quand bien même la gravité de la crise financière actuelle et son envergure mondiale ne sont plus à démontrer, il semble que la tempête des subprimes ne devrait avoir qu’un impact léger sur le Liban, du moins à court terme, dû à plusieurs facteurs inhérents à la structure du marché financier local.
Ce marché est en effet très peu profond et guère développé, en comparaison avec les places financières mondiales. Le système financier libanais reste donc assez imperméable à des montages d’ingénierie financière complexe, tels que la titrisation – c’est-à-dire la transformation d’une créance en un titre standardisé et négociable – qui a contribué à mondialiser la turbulence financière générée par les subprimes.
De plus, les banquiers libanais, principaux sinon uniques acteurs financiers du pays, observent habituellement une politique assez conservatrice en terme de placements et ne se hasardent généralement pas à investir dans des montages à haut risque. D’autant que la Banque du Liban avait émis, en 2005, une circulaire interdisant aux institutions locales d’investir dans les produits structurés, comme le rappelle Youssef Khalil, directeur du département des marchés financiers de la BDL et professeur à l’Université américaine de Beyrouth, dans un entretien avec L’Orient-Le Jour.
Les produits structurés sont des montages financiers reposant sur un segment obligataire garantissant tout ou une partie du capital investi et sur un segment souvent optionnel, à risque élevé et donc à rendement mirobolant. Ces produits leur étant interdits, l’exposition directe des banques libanaises aux montages ayant pour sous-jacents des subprimes titrisés est pratiquement nulle.
Le système bancaire local pourrait-il en outre être touché, par ricochet, par la crise mondiale ?
Youssef Khalil note à cet égard que la capitalisation des banques libanaises est « très solide et adéquate » aux risques pris par ces institutions.
Il estime également que l’expansion régionale de ces banques leur a permis d’investir dans l’économie réelle de la région et donc de s’assurer des sources de revenu fiables et permanentes. Cette diversification permettra en outre au secteur local de réduire ses risques. Nonobstant ces facteurs qui contribuent à immuniser le Liban face à la crise, on indique de source officielle autorisée que la Commission de contrôle des banques « surveille la situation de très près ». « Les banques libanaises ont des dépôts dans de nombreuses grandes institutions de la planète, souligne cette source. Il faut donc rester vigilant, car même Lehman Brothers s’est effondrée. »
Quant à l’impact de la crise sur l’économie libanaise, et notamment sur l’investissement et les flux de capitaux intrants, Youssef Khalil souligne que le pays dépend surtout des 6 ou 7 milliards de dollars transférés par les expatriés qui travaillent dans le Golfe. Or, ces flux sont corrélés à l’économie réelle des pays arabes et non pas à la conjoncture financière. « Bien que la crise ait eu une retombée néfaste sur les fonds souverains arabes, elle ne devrait pas avoir d’impact sur l’économie arabe, vu que les grands chantiers de construction ont été lancés avant le début de la turbulence financière », précise l’économiste. Tout dépend maintenant de la durée de la crise qui, si elle dépassait les quelques mois, ce qui est peu probable, risquerait de crever la bulle financière dans le Golfe, de déprimer l’économie régionale et donc d’affecter la croissance du pays.
Toujours est-il qu’à court terme, selon Youssef Khalil, non seulement les flux de capitaux intrants au Liban ne sont pas susceptibles de se tarir, mais ils pourraient même augmenter, ne serait-ce que légèrement. Le pays pourrait ainsi attirer les capitaux arabes qui vont fuir les places touchées par la crise pour se réfugier dans des investissements sûrs. « Ce processus de diversification pourrait engendrer une hausse des liquidités en circulation au Liban, qui, en tout cas, ne devraient pas baisser », note Youssef Khalil.
Sachant que les titres souverains libanais sont souvent souscrits par des investisseurs locaux, même ceux qui sont libellés en devises, Beyrouth ne devrait donc avoir aucun problème à financer sa dette et procéder à de nouvelles émissions. « Nous ne sommes pas inquiets à cet égard, affirme le responsable de la BDL, car la demande des bons du Trésor en livres libanaises dépasse substantiellement l’offre, ce qui laisse présager une très bonne perspective pour le placement des eurobonds. Et les taux d’intérêt de la dette publique ne devraient pas croître, d’autant que le gouvernement a signé un nouvel accord EPCA avec le Fonds monétaire international. »
Il convient de souligner que le protocole en question porte sur un montant relativement modéré, de quelques dizaines de millions de dollars.
Il reste que le schéma EPCA est assorti de conditions assez flexibles et très peu contraignantes pour l’emprunteur. La signature, la semaine passée, d’un nouvel accord de ce type entre le gouvernement et le FMI est un message de confiance adressé aux marchés financiers et qui permettra de les rassurer quant à la solidité financière du Liban.
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