Quarantième semaine de 2008.
Un corollaire : est-ce le régime syrien qui a lui-même, un peu cannibale, commandité et préparé l’attentat de Damas dans lequel, bizarrement, a péri un général plusieurs fois entendu, selon l’opposition syrienne, par la commission d’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, ou bien el-Qaëda et ses douzaines de bébés-monstres ou autres cousins germains (Fateh el-Islam) s’amusent-ils comme ils peuvent et où ils veulent ?
L’essentiel : Bachar el-Assad répète à qui veut l’entendre que l’attentat de Tripoli menace la sécurité de la Syrie. Bachar el-Assad jubile – et c’est une loi de la nature : lorsque ce bon docteur est heureux, c’est tout le Liban qui, bien au-delà de la somatisation, tombe malade.
Il faut dire que le chef de l’État syrien, depuis quelques semaines, pérore (beaucoup) trop. Il bavasse. Depuis quelques semaines, ça cancanne pas mal au palais des Mouhajirine et dans les autres salons/bureaux dorés de cette brave autocratie syrienne ; ça cancanne pas mal, depuis quelques semaines, dans SANA, Techrine et autres médias syriens libres-libres-libres. Il y a une effervescence à Damas ; un enthousiasme presque juvénile, on dirait qu’est en train de s’écrire l’histoire d’un amour. Ou, du moins, d’une passion. Depuis quelques semaines, Bachar el-Assad se regarde et s’écoute parler – Bachar el-Assad fait le paon. Il revit, le bon docteur. On dirait presque, depuis quelques semaines, qu’il est amoureux. De la vie. De son métier. De ce Liban qu’il s’est juré de re-bouffer cru. De ces milliers de troufions déployés à la frontière ouest de son pays. Et, plus que tout, Bachar el-Assad est amoureux de Nicolas Sarkozy.
On le serait à (tellement) moins – plus que des retrouvailles, la visite en Syrie du locataire de l’Élysée était une jolie, courte, mais jolie lune de miel.
Là, on ne parle plus de rupture. Là, c’est carrément un putsch. Contre tout ce qui faisait et défaisait la politique étrangère de la France dans cette drôle et insupportable partie du monde depuis au moins dix ans. Et pour aussi légitime qu’il soit : Nicolas Sarkozy a le droit de faire de son pays ce qu’il veut, avec qui il veut, où, quand et comme il l’entend, ce putsch, cet hyperchangement n’en reste pas moins totalement incompréhensible. Cette caution donnée à Bachar el-Assad au début du mois de septembre est absconse – même lue à l’aune d’une manœuvre française destinée à tester une certaine bonne foi, une modification de l’attitude syrienne ; même lorsque l’on sait, consciemment ou pas, que la France de Nicolas Sarkozy n’autorisera(it) pas, ne peut pas se permettre d’autoriser un retour des soldats de Damas en terres libanaises.
Incompréhensible caution parce que Bachar el-Assad n’est pas Angela Merkel, ou Alvaro Uribe, ou Dimitri Medvedev, ou Hosni Moubarak – ni même Mouammar Kadhafi. Bachar el-Assad est Bachar el-Assad, et Nicolas Sarkozy s’entête à faire comme s’il ne le savait pas ; s’entête à vouloir faire aboyer un chat. Voilà bien une persévérance, une opiniâtreté, même, a priori remarquables, mais dont les conséquences pourraient s’avérer désastreuses. Pour tout le monde : pour la France, qui se décrédibiliserait comme jamais, et pour le Liban – mais pas, bien sûr, pour la Syrie.
Laquelle Syrie, par le truchement de son maître, se sent pousser des ailes. Qu’il n’ait rien dit – pas un mot (donc consenti) ou qu’il ait signifié à son homologue syrien, fût-ce par un hochement de tête, qu’il pouvait prendre en charge, sans nécessairement y envoyer ses troupes, la sécurité du Liban, Nicolas Sarkozy a mis en marche quelque chose de foncièrement délétère. Pas en accordant une légitimité à un dirigeant dont les seuls contacts, pratiquement, se sont limités pendant des années à des allers-retours Damas-Téhéran. Pas en se persuadant que n’importe quelle éventuelle solution au Proche-Orient doit impérativement passer par la Syrie. Même pas en pensant utiliser la carte syrienne pour quelque coup d’éclat diplomatique particulièrement bienvenu pendant la présidence française de l’Union européenne. Ce mécanisme hyperdangereux et hasardeux à souhait que Nicolas Sarkozy a enclenché s’appelle la confiance.
Accorder sa confiance à quelqu’un comme Bachar el-Assad, fût-ce après lui avoir rebattu les oreilles avec un interminable et très ferme touche pas au Liban : voilà un acte pas seulement un peu naïf, mais aussi terriblement puéril.
Le schisme, du moins dans cette région du monde, entre sarkozysme et chiraquisme a ceci d’aberrant qu’il est… abyssal. Il aurait naturellement été étrange de voir le successeur calquer sa politique sur celle de son (disons-le une fois pour toutes : gigantesque) prédécesseur ; il n’en reste pas moins que cette tabula rasa est d’une incongruité folle, à l’image de cette désolante, cette infinie absence de nuances. De dosage. Probablement bourrée de bonnes intentions ou de fulgurantes intuitions, la caution donnée à Bachar el-Assad par Nicolas Sarkozy est terriblement clinquante. Et cheap. Terriblement, naturellement bling-bling…
Il est sans doute plus que temps que Jean-David Lévitte revienne de vacances.
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Un corollaire : est-ce le régime syrien qui a lui-même, un peu cannibale, commandité et préparé l’attentat de Damas dans lequel, bizarrement, a péri un général plusieurs fois entendu, selon l’opposition syrienne, par la commission d’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, ou bien el-Qaëda et ses douzaines de bébés-monstres ou autres cousins germains (Fateh el-Islam) s’amusent-ils comme ils peuvent et où ils veulent ?
L’essentiel : Bachar el-Assad répète à qui veut l’entendre que l’attentat de Tripoli menace la sécurité de la Syrie. Bachar el-Assad jubile – et c’est une loi de la nature : lorsque ce bon docteur est heureux, c’est tout le Liban qui, bien au-delà de la somatisation, tombe malade.
Il faut dire que le chef de l’État syrien,...