Depuis 2005, la Commission européenne (CE) et le ministère de
l’Agriculture soutiennent les petits producteurs de fruits et légumes, notamment dans la Békaa, où le chef de la délégation de la CE au Liban, Patrick Laurent, et le ministre Élias Skaff se sont rendus pour constater l’évolution des projets. État des lieux.
Un lac artificiel pour accumuler de l’eau à Mchaitiyeh ; une chambre froide pour conserver l’excédent de fruits et légumes à Haouch el-Ghanam ; une moissonneuse de pommes de terre moderne à Hoch el-Oumara… De nombreuses initiatives ont vu le jour ces trois dernières années dans le cadre du Projet de développement agricole (PDA), dont ont bénéficié 39 coopératives agricoles.
À quelque mois de son expiration, en décembre 2008, le chef de la délégation de la Commission européenne au Liban, Patrick Laurent, et le ministre de l’agriculture Élias Skaff ont évalué les résultats du projet en allant à la rencontre des producteurs de la Békaa.
Lancé en janvier 2005 avec un budget de 12 millions d’euros, dont 10 millions d’euros apportés par la CE et deux millions par le ministère de l’Agriculture, ce projet vise à soutenir les petits et moyens producteurs de fruits et légumes au Liban, à trois niveaux.
Au niveau de la production, l’objectif était d’améliorer la qualité des produits, de réduire les coûts, et d’adapter l’offre à la demande. Le projet a notamment financé l’installation de stations de météorologie agricole – un équipement fournissant des informations importantes sur l’éclosion des insectes ravageurs et permettant d’optimiser les conditions météo – ainsi que la réhabilitation des laboratoires de l’Institut de recherches agronomiques libanais (IRAL). La CE a aussi organisé plusieurs sessions de formation pour les agriculteurs et les employés du ministère.
Au niveau commercial, pour renforcer les liens entre les producteurs et les acheteurs potentiels, une base de données au sein de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture a été créée pour faciliter l’accès des agriculteurs aux marchés d’export, et un système de codes-barres permettant de retracer les produits a été installé.
Enfin, le troisième volet du PDA consistait à financer des initiatives locales.
Quarante-huit coopératives, d’une quinzaine d’agriculteurs, ont ainsi soumis un plan d’action au ministère de l’Agriculture. Les projets sélectionnés ont été gratuitement financés par le PDA, à hauteur de 40 % avec un plafond de 80 000 euros, la coopérative étant chargée d’assurer le reste du financement. Les agriculteurs de Hoch el-Ghanam, par exemple, ont relevé le défi.
« On nous a proposé plusieurs fois des projets qui sont restés lettre morte, souligne Adnan Haj Hassan, ingénieur de la coopérative agricole de la région. La Commission européenne, elle, a tenu parole et nous a permis d’aboutir à des résultats concrets. »
La coopérative dont M. Haj Hassan est responsable regroupe 16 agriculteurs, qui profiteront tous désormais d’une chambre froide pour conserver leur surplus de production – autrefois vendu à perte ou conservé dans des espaces loués. Cet équipement leur permet ainsi de réduire leur coût de 70 %. « Et ce n’est pas seulement ces 16 fermiers qui en bénéficieront, poursuit M. Haj Hassan, les mille agriculteurs de la région pourront également en profiter », car l’espace non utilisé sera loué.
De même, à Mchaitiyeh, un village en manque d’eau, la coopérative a construit un lac artificiel qui lui permettra de rassembler de l’eau pendant l’hiver.
Grâce à ce lac artificiel et au nouveau système de triple irrigation, « j’ai augmenté mon taux de production et mes pommes sont de meilleure qualité », témoigne l’un des agriculteurs de la région, Marcel Khoury, qui se penche désormais sur sa stratégie de commercialisation.
Mais tous n’ont pas pu saisir l’occasion, neuf coopératives n’ayant pas réussi à mener à bien leur projet.
« Le plus difficile était d’aider les agriculteurs à se procurer 60 % de l’argent nécessaire pour le projet », explique Joumana Karamé, directrice du PDA. « Une autre difficulté était de convaincre les agriculteurs de travailler ensemble. Je devais les persuader de mettre leur esprit compétitif derrière eux et de coopérer pour mieux travailler », ajoute-t-elle.
Pour Patrick Laurent, l’économie doit au contraire rassembler les Libanais. « Dans un pays qui est caractérisé par ses factions religieuses et confessionnelles, on a besoin de ciment pour rapprocher le peuple. Et ce ciment, c’est l’économie », affirme-t-il.
L’agriculture, en particulier, doit être développée, sachant que ce secteur représente environ 13 % de la population active contre 6 % du PIB. « Il faut se concentrer sur le développement des régions, et pas seulement dans la capitale ou sur le bord de mer », estime-t-il en affirmant son intention de financer un nouveau projet agricole en avril 2009.
En attendant, Patrick Laurent voudrait lancer un débat autour de la politique agricole à mener au Liban.
Quant au nouveau ministre de l’Agriculture, il réalise que « le secteur agricole a tellement de problèmes qu’on ne sait par où commencer ».
« Mais nous avons plusieurs projet en cours, dont celui de créer des chambres froides dans les quatre régions agricoles du Liban », conclut-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats