À chaque fois que frappe le terrorisme, ou que sont évoqués ses méfaits passés, c’est le même et déprimant constat qui s’impose à l’esprit : bien mal armées sont les démocraties face à ce redoutable fléau des temps modernes, même si les dictatures les plus vigilantes, les mieux gardées par des kyrielles d’impitoyables polices secrètes, ne sont pas toujours elles-mêmes à l’abri de ses coups.
Mais du moins les démocraties sont-elles à même de brandir à la face du monstre, ce dont nulle de ces dictatures ne serait capable : l’union sacrée – et spontanée – des citoyens, toutes tendances confondues, toutes considérations partisanes gommées par la gravité de l’heure. On l’avait vu déjà avec une Amérique suivant comme un seul homme George W. Bush dans ses hasardeuses expéditions punitives en Afghanistan et en Irak avant que furent éventés les mensonges aux armes de destruction massive, avant que furent dévoilés les cruels, les très peu démocratiques sévices exercés dans les prisons d’Abou-Ghreib ou de Guantanamo. Revenue de l’aventure, n’aspirant plus qu’à ramener les boys au pays, c’est néanmoins une seule et même Amérique qui s’est recueillie jeudi pour le septième anniversaire du méga-attentat en la personne des deux candidats rivaux à la présidence réunis l’espace d’une cérémonie.
Considérablement plus démunies que les autres, cela va sans dire, sont les démocraties fragiles, vulnérables, boiteuses, malades, minées de contradictions, telle la nôtre. Aux nombreux assassinats de personnalités politiques ou de leaders d’opinion survenus ces dernières années, les Libanais, à leur grande honte, n’ont pas toujours réagi avec le même degré d’horreur, d’indignation et de colère. Et si toutes les fractions et factions sont bien tenues de sacrifier au morne rituel des condamnations verbales, si elles sont unanimes à voir derrière ces attentats une volonté criminelle de déstabiliser tant et plus le Liban, cela ne va guère plus loin hélas.
Car rien de consistant n’est fait en vue de faire échec, autrement qu’en paroles, à une subversion dont le pervers objectif crève pourtant les yeux. Mais surtout, ce n’est pas le même ennemi terroriste que les Libanais – d’instinct, par réelle conviction, par simple prudence ou bien seulement alors pour les besoins de la cause – pointent régulièrement du doigt. Par-delà leur sincère communion dans la douleur, observée aux funérailles hier de Saleh Aridi, le responsable du Parti démocratique tué la veille dans sa voiture piégée, ce sont ainsi des coupables sensiblement différents (ici d’obscurs États soutenant le terrorisme, et là l’ennemi israélien) qu’ont désignés les deux chefs druzes Walid Joumblatt et Talal Arslane. Si grouillante de prédateurs est, de fait, la jungle libanaise, si nombreux sont les SR et groupuscules voisinant avec les suspects habituels, les plus en vue, les plus rompus au terrain local, qu’on en viendrait presque à envier les heureuses populations qui n’ont qu’une seule espèce de serpents venimeux à redouter...
Significative à plus d’un égard, quoi qu’il en soit, est la liquidation de Saleh Aridi. Première personnalité issue du camp dit prosyrien à être mortellement visée, Aridi fut un des principaux artisans de la toute récente réconciliation entre druzes. Sa disparition brutale suit de peu la réconciliation sunnito-alaouite à Tripoli, laquelle a suscité des espérances similaires pour Beyrouth et la Békaa. Et elle précède de quelques jours enfin la reprise du dialogue national sous les auspices du président de la République : dialogue centré sur l’élaboration d’une stratégie de défense (doux euphémisme désignant l’épineuse question des armes du Hezbollah) mais dont les résultats fixeront le sort de la consultation populaire de l’an prochain.
En tout point cruciale sera cette échéance printanière, et pas seulement pour nous, Libanais. Recevant il y a peu Nicolas Sarkozy, Bachar el-Assad refusait de se prononcer sur l’évolution des pourparlers de paix indirects avec Israël en attendant qu’ait été élu le nouveau président des États-Unis et que la Knesset israélienne ait renouvelé ses effectifs. Complètement passées sous silence ont été ces législatives de 2009 dont Damas escompte pourtant, avec plus de fébrilité encore sans doute que pour le Golan, une éclatante revanche sur ses infortunes libanaises des dernières années.
Cela dit, qui donc sur terre pourrait-il se ronger les sangs en attendant un quelconque verdict des urnes en Syrie ?
Issa GORAIEB
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Mais du moins les démocraties sont-elles à même de brandir à la face du monstre, ce dont nulle de ces dictatures ne serait capable : l’union sacrée – et spontanée – des citoyens, toutes tendances confondues, toutes considérations partisanes gommées par la gravité de l’heure. On l’avait vu déjà avec une Amérique suivant comme un seul homme George W. Bush dans ses hasardeuses expéditions punitives en...