Trente-sixième semaine de 2008.
Aucun sang ne saurait mentir. Bon ou mauvais. S’il n’a ni son intelligence ni sa roublardise, le (bien) jeune président syrien a indiscutablement reçu quelques gènes en héritage, quelques traits de caractère finalement communs à tout un gang. Deux en particulier : la gloutonnerie et la rancune.
Comme chaque Assad – comme, aussi, beaucoup de crétins invétérés au Liban, l’ophtalmologue reconverti est né, a grandi et mourra un jour avec l’intime et inébranlable conviction d’avoir été dessaisi de quelque chose de fondamental, d’avoir été spolié. Amputé : de son droit ; d’un appendice organiquement vital ; d’un trésor familial transmis de génération en génération (de Syriens, quelle que soit leur appartenance communautaire) ; d’une vache à lait, etc. Cette immense frustration, les Syriens en général et les Assad en particulier martèlent qu’elle est on ne peut plus légitime, justifiée par l’histoire et la géographie ; ils assurent à qui veulent bien les entendre, au hasard : à un interlocuteur français, que leur arracher le Liban, c’est comme si on donnait leur indépendance à la Corse ou à la Bretagne. Rien de moins.
Glouton et rancunier donc, Bachar el-Assad cherche par toutes les manières, depuis avril 2005, à récupérer son Liban duquel l’ont chassé, lui et ses vaillants soldats, ces ignobles Libanais du 14 Mars, aidés par ces ignobles Américains et boostés par cet ignoble Jacques Chirac. Par toutes les manières… Et il y en a trois connues.
Un : politiques. En prenant le pays en otage par verrouillage de Parlement, démissions de ministres chiites, circonvolutions aounistes et raids contre Beyrouth et la Montagne interposés – le tout en prévision de législatives que le 8 Mars entend gagner quel que soit le prix… Deux : sécuritaires. De Fateh el-Islam et ce bon Chaker Absi (qui aurait réintégré par ses propres moyens, aurait assuré Assad à Sarkozy, la prison syrienne dont il s’était soi-disant évadé) à la stimulation des allergies sunnito-alaouites à Tripoli, en passant par les troubles quotidiens au cœur de ce Akkar si cher aux cœurs de tous les Assad. Trois : divinatoires. L’annonce faite au monde (et notamment à Nicolas Sarkozy et Hamad al-Thani) cette semaine par le chef de l’État syrien n’est pas seulement une insensée ingérence dans les affaires internes libanaises, une mise en garde de Pythie de Prisunic ou un affront fait, à différents degrés, aux Saoudiens ou à Michel Sleiman : cette quasi-objurgation de renforcer l’armée à Tripoli parce que la situation restera précaire tant que le problème des salafistes ne sera pas réglé est une façon de faire comprendre que les gentils boys syriens sont à deux doigts de retourner, avec force chars et autres armes de dissuasion massive, au Liban-Nord. Pourquoi ? Au nom de cette hérésie monumentale, inscrite par Hafez el-Assad au cœur de la politique et des mœurs dictatoriales made in Syria, et qui veut que la sécurité de la Syrie dépende intrinsèquement de la sécurité du Liban.
En gros, Bachar el-Assad s’est signé un chèque en blanc : Si la zone reste trouble et troublée (et elle le restera, parce que les prosyriens au Liban, tous les prosyriens, tous les pôles du 8 Mars, s’en chargeront), mes soldats et moi revenons. C’est effectivement très élégant. Et ce n’est pas parce que Yarzé s’est empressé de démentir les rumeurs selon lesquelles la troupe n’entend mener aucune action de grande envergure au Liban-Nord, ni parce que Fouad Siniora a eu, comme d’habitude, les mots qu’il fallait, que cela doit dispenser Baabda de répondre au (très) glouton/rancunier Bachar el-Assad.
Reste le jeune et fougueux locataire de l’Élysée. Qui veut évidemment bien faire, c’est-à-dire dans l’intérêt, aussi, du Liban – mais qui entend visiblement trop bien faire ; trop en rupture par rapport à son énorme prédécesseur. Rien de bien inquiétant tant que Jean-David Lévitte continuera de le conseiller. Sauf que Bachar el-Assad, lui, ne s’embarrasse d’aucun scrupule – ni ne se fatigue à réfléchir : comme son père avec George Bush Sr, il est persuadé que Nicolas Sarkozy sera généreux en cadeau(x) ; que si l’ignoble Chirac lui a volé son Liban, le gentil Sarko pourrait le lui rendre. Et rien ni personne ne pourrait lui faire comprendre que là ou son père réfléchissait et calculait, lui, Assad Jr, fantasme.
Tout est une question de gènes finalement. Et d’en avoir (ou pas).
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Trente-sixième semaine de 2008.
Aucun sang ne saurait mentir. Bon ou mauvais. S’il n’a ni son intelligence ni sa roublardise, le (bien) jeune président syrien a indiscutablement reçu quelques gènes en héritage, quelques traits de caractère finalement communs à tout un gang. Deux en particulier : la gloutonnerie et la rancune.
Comme chaque Assad – comme, aussi, beaucoup de crétins invétérés au Liban, l’ophtalmologue reconverti est né, a grandi et mourra un jour avec l’intime et inébranlable conviction d’avoir été dessaisi de quelque chose de fondamental, d’avoir été spolié. Amputé : de son droit ; d’un appendice organiquement vital ; d’un trésor familial transmis de génération en génération (de Syriens, quelle que soit leur appartenance communautaire) ; d’une vache à lait, etc. Cette...