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Actualités - Opinion

LE POINT Affaires d’État

L’attention des gardiens effectuant leur ronde sur la plage de Tel Baruch avait été attirée par une voiture Volvo. À l’intérieur, le cadavre d’un quinquagénaire et une note : « Je n’ai pas volé, ni détourné des fonds. Tout cela est calomnie et diffamation, mais je suis à bout de force », disait le signataire dans un poignant appel adressé à son épouse et à ses enfants, leur demandant d’« admettre et de comprendre (s)on geste ». Ce 3 janvier 1977, Avraham Ofer s’était tiré dans la tempe une balle de 22. Il détenait le portefeuille du Logement dans le cabinet Rabin et faisait l’objet d’une enquête sur de possibles malversations dans son département. Moshe Dayan, lui, était mort dans son lit, comme tant d’autres généraux, et aucun procureur n’aurait osé l’inculper de vol et recel d’antiquités. Et pourtant… Trois décennies durant, et jusqu’à sa disparition en 1981, le général borgne le plus célèbre d’Israël n’avait cessé de détourner les trésors archéologiques découverts au hasard de ses fouilles, au point de se constituer un véritable musée privé. Une année après s’être approprié les pièces déterrées dans le Sinaï, il avait même été blessé dans un éboulement, alors qu’il s’apprêtait à ajouter à sa collection personnelle le contenu entier d’une tombe mise au jour près de Tel-Aviv. En mars de l’an dernier, Esterina Tartman, de la formation Yisrael Beitenu, avait dû renoncer à poser sa candidature au poste de ministre du Tourisme quand la presse avait révélé l’existence de failles majeures dans le curriculum vitae affiché : pas de diplôme de l’université Bar-Ilan, ni de MBA de l’université de Jérusalem. Ulcérée, l’intéressée avait choisi de jeter l’éponge en feignant l’indignation devant l’acharnement mis par les journaux à débusquer ses mensonges. Si ces trois dossiers continuent d’alimenter les conversations des cercles politiques israéliens, c’est en raison, le premier, de l’issue dramatique qu’il a connue, le deuxième à cause de la notoriété du personnage principal, « héros » de guerre et charismatique, et chef d’état-major, le troisième enfin parce que le mensonge dénotait une désarmante candeur. Leur importance toutefois demeure sans commune mesure avec les exploits de l’interminable lignée de leurs successeurs ou prédécesseurs, depuis Yitzhak Rabin lui-même – forcé à la démission après la découverte d’un compte secret détenu par son épouse dans une banque des États-Unis – jusqu’à la véritable bombe à fragmentation qui éclabousse l’actuel Premier ministre. Car ce n’est plus une série de casseroles que traîne Ehud Olmert, mais toute une batterie d’une cuisine nauséabonde dont les relents ont atteint, il y a quelques mois, jusqu’à l’institution de la présidence de la République. Ancien dissident soviétique, un moment tenté par la vie politique avant de renoncer par deux fois, Nathan Sharansky se désole : « Nous avons pourtant besoin d’un minimum d’idéalisme… Tout cela est bien dangereux. » Tzipi Livni renchérit : « Quand l’électeur donne un mandat à son représentant, il veut être certain que sa confiance est méritée. » Le problème, c’est qu’en disant cela, l’actuelle ministre des Affaires étrangères et numéro deux du cabinet a un œil fixé sur le fauteuil de chef du gouvernement, tout comme ses collègues Shaul Mofaz, Meir Sheetrit et Avi Ditcher, pour ne citer que quelques-uns de ces preux chevaliers, redresseurs de torts et qui, la main sur le cœur, vous diront ne rêver que de défendre l’intérêt supérieur de la patrie. D’ailleurs, ils afficheraient un air sincèrement (?) désolé si d’aventure un journaliste en mal de copie s’avisait de les accuser de lorgner le contenu du maroquin ministériel plutôt que les lourdes charges attachées au service public. La méfiance à l’égard de la politique est telle que les effectifs des partis sont en train de fondre comme la banquise du pôle Nord, que les élections législatives sont boudées par un nombre sans cesse grandissant et que – fait autrement plus inquiétant pour une société militarisée à outrance – les jeunes s’ingénient à trouver des prétextes pour échapper à la conscription. Bien avant la dernière cascade de scandales, des statistiques révélaient l’étendue du mal : le désintérêt à l’égard de la politique touche 40 pour cent de la population, 17 pour cent seulement des Israéliens continuent de faire confiance à leurs dirigeants actuels et 15 pour cent aux partis. Universel, le phénomène prend en Israël des allures d’apocalypse parce que l’engagement y est intimement lié à la res publica. C’est pourquoi, l’homme de la rue est horrifié quand, à propos de l’affaire des (trop nombreux) billets d’avion du chef du gouvernement, un officier du service de répression de la fraude constate : « L’agence de voyages Rishon se comportait comme une banque des Olmert, parents et enfants. » La politique en Israël, ou comment concilier sens des affaires et esprit de famille… Christian MERVILLE
L’attention des gardiens effectuant leur ronde sur la plage de Tel Baruch avait été attirée par une voiture Volvo. À l’intérieur, le cadavre d’un quinquagénaire et une note : « Je n’ai pas volé, ni détourné des fonds. Tout cela est calomnie et diffamation, mais je suis à bout de force », disait le signataire dans un poignant appel adressé à son épouse et à ses enfants, leur demandant d’« admettre et de comprendre (s)on geste ». Ce 3 janvier 1977, Avraham Ofer s’était tiré dans la tempe une balle de 22. Il détenait le portefeuille du Logement dans le cabinet Rabin et faisait l’objet d’une enquête sur de possibles malversations dans son département.
Moshe Dayan, lui, était mort dans son lit, comme tant d’autres généraux, et aucun procureur n’aurait osé l’inculper de vol et recel...