Vingt-huitième semaine de 2008.
Qui sait s’il ne faudrait pas rendre grâce à ce sommet de l’UPM, finalement. Même le très divaesque Mouammar Kadhafi peut être content : l’UPM aurait au moins réussi à sérieusement catalyser la naissance du premier cabinet Siniora du mandat Sleiman. À redonner un semblant de forme et de vie à l’Exécutif libanais. Parce que, sans cette mono-obsession sarkozienne, sans ce dimanche 13 juillet, cet accouchement aurait pu prendre encore plusieurs mois – le temps que prendront d’ailleurs, et la rédaction de la déclaration ministérielle, et l’adoption de la loi électorale, et le démarrage de la reconstruction de l’État et de la confiance, et, et, et… Peu importe : Michel Sleiman va donc s’en aller à Paris le geste fort et le cœur léger – ne serait-ce que le temps d’un week-end et d’un 14 Juillet qui s’annonce tonitruant. Il a, en plus d’un gentil gendre, son gouvernement.
Et quel gouvernement…
Ce cabinet, flanqué de ce stupide tiers de blocage qui va sans aucun doute faire jurisprudence (le 14 Mars, même sans l’arsenal ni les gènes autocratiques du Hezb, l’exigerait absolument s’il se retrouvait un jour dans l’opposition), est une tour de Babel. Pire : une Tower Inferno, puisqu’on ne s’y contente pas de parler mille langues : y cohabiteront, on se demande comment, mille façons de (conce)voir le Liban, mille directions qu’on entend donner à sa route, mille destins radicalement opposés qu’on souhaite lui écrire. Mais ce gouvernement est celui de tous les Libanais, s’est étranglé l’excellent Fouad Siniora. On se rassure comme on peut. Certes, il est vrai que ce n’est plus un gang aux trois quarts sinistre et sclérosé – made in Anjar. Certes, il est vrai que ce n’est plus une équipe de Christophe Colomb découvrant ces émouvantes et quasi inaccessibles terra incognita que sont l’indépendance, la souveraineté, la démocratie et la libre décision. Certes, il est vrai que ce n’est pas un cabinet duquel était exclue une partie des chrétiens et duquel s’étaient autoexclus les représentants-geôliers de toute une communauté. Ce gouvernement est celui de tous les Libanais. C’est sans doute vrai. Et tous ces Libanais peuvent respirer – fût-ce pour quelques jours. Mais ce concept de cabinet fourre-tout, qui dynamite les principes de majorité, d’opposition et, donc, d’alternance, reste infiniment aberrant, ce gouvernement-là ne laisse rien présager de bon.
Dans sa forme d’abord. Ses atterrantes et nombreuses, trop nombreuses erreurs de casting. Elle est jolie et nécessaire, l’unité druze, mais Talal Arslane à la Jeunesse et aux Sports, à quelques mois des Jeux de la francophonie et dans un pays où la jeunesse, littéralement, fout le camp, en voilà une idée de mauvaise. Idem pour cet ultradémocrate, ce brillant intellectuel, ce pacifiste de Ali Kanso, que l’opposition a joué pensant dynamiter presque ad vitam la naissance du gouvernement – sauf qu’elle s’est très vite retrouvée prise à son propre piège, et c’est très bien comme cela. Et ces fautes de goût : Issam Abou Jamra à un poste transcendé, magnifié par Fouad Boutros. Le Kataëb Élie Marouni, parfait pour terroriser Élias Skaff, mais pour le reste ! – quand on pense au calibre d’un Sélim Sayegh par exemple… Tammam Salam à la Culture ? Quelle bizarrerie. Et le pompon : un gendre de, que personne, même au sein de son propre camp, n’arrive à supporter plus d’une minute ; un homme qui s’emploie, avec son illustre beau-papa, à poser les jalons d’un néoféodalisme encore plus débectant que l’originel – parce que d’une hypocrisie folle ; un ministre qui fermera sa gueule, sans aucun doute, à chaque infraction du Hezb ; un homme, enfin, qui sera les yeux et les oreilles de Bachar el-Assad au cours de chaque Conseil des ministres : Gebran Bassil.
Dans le fond, surtout. Parce que, naturellement, comment attendre quoi que ce soit de bon d’un collectif (quelle bonne blague…) au sein duquel priment, surtout, les individualités, les intérêts hyperétriqués, le jeu perso ? Comment attendre quelque chose de bon à l’aune des envies et des besoins fous de revanche du CPL ? À l’aune d’une wilayet el-faqih cancérigène pour le Liban ? À l’aune des hantises et des calculs préélectoraux, déjà, d’un 14 Mars qui, une nouvelle fois, malheureusement, tellement malheureusement, a prouvé à quel point il peut, tous pôles confondus, rivaliser avec un pois chiche question QI. Rien de bien reluisant donc – un constat alourdi par l’immensité du cahier des charges, des devoirs qu’il faudra impérativement faire, de cette équipe.
Mais un verre, toujours, reste, plus ou moins, à moitié plein. D’excellentes surprises : l’impeccable Tarek Mitri reste. Idem pour Ghazi Aridi. Et des surprises – parfois somptueuses : l’arrivée du très FL-Kataëb Ibrahim Najjar, à la Justice, est pleine de belles promesses. Comme celles d’Antoine Karam et de Raymond Audi (le premier pourrait profiter du second pour l’Environnement), celle du fougueux et nécessaire Waël Bou Faour, celle de Joe Takla. Celle – il n’est jamais trop tard – d’un représentant de la communauté chiite qui a tout à apprendre au Hezb et à Amal, et qui commence à savoir se faire un prénom : Ibrahim Chamseddine, le fils de l’irremplaçable imam mort vraiment trop tôt. Et, last but not least, même ministre d’État, même s’il n’avait été que simple observateur, l’avis que donnera, sur n’importe quel sujet, Nassib Lahoud sera urgent. Inestimable. Avec une cerise sur le gâteau : l’Intérieur qui échoit à un intellectuel, un vrai ; à un citoyen, un vrai ; à un démocrate, un vrai, loin du zaïm de province (Frangié ou les Murr père et fils d’avant-attentat), loin du partisan zélé (Sabeh) et même sans expérience : Ziyad Baroud. On en reparlera très vite…
Des surprises et des sottises : ces combattants de liberté et de démocratie, intransigeants, chaque instant pendant deux ans : Nayla Moawad, Michel Pharaon, Marwan Hamadé et Ahmad Fatfat ont été, pour différentes raisons, écartés de la distribution 2008. Ce n’est pas bien grave : ce gouvernement ne vivra qu’un an. Surtout que personne n’est près d’oublier ce qu’ils ont donné au pays.
Maintenant, que le cirque commence…
Ziyad MAKHOUL
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Qui sait s’il ne faudrait pas rendre grâce à ce sommet de l’UPM, finalement. Même le très divaesque Mouammar Kadhafi peut être content : l’UPM aurait au moins réussi à sérieusement catalyser la naissance du premier cabinet Siniora du mandat Sleiman. À redonner un semblant de forme et de vie à l’Exécutif libanais. Parce que, sans cette mono-obsession sarkozienne, sans ce dimanche 13 juillet, cet accouchement aurait pu prendre encore plusieurs mois – le temps que prendront d’ailleurs, et la rédaction de la déclaration ministérielle, et l’adoption de la loi électorale, et le démarrage de la reconstruction de l’État et de la confiance, et, et, et… Peu importe : Michel Sleiman va donc s’en aller à Paris le geste fort et le cœur léger – ne serait-ce que le temps d’un...