Sérieuses, les épreuves du baccalauréat libanais ? Difficile de le croire lorsqu’on prête l’oreille aux commentaires des candidats qui racontent l’ambiance dans les salles d’examen.
« La première heure, les surveillants étaient sévères, mais ils ont fini par nous laisser tricher au cours de la seconde », raconte un élève. Laisser tricher, cela veut dire, de la part des surveillants, fermer les yeux sur le copiage, sous ses diverses formes. Un élève peut ainsi permettre à un autre, assis non loin de lui, de copier ses réponses. Parfois même, lorsqu’une épreuve d’examen s’avère difficile, un élève qui connaît bien son sujet dicte tout simplement les réponses à la ronde. Cela s’est d’ailleurs passé dans une salle d’examen. Mais à la condition, bien sûr, de se faire discret. Car il est essentiel qu’aucun bruit ne sorte de la salle d’examen, au risque de se faire repérer par les inspecteurs. D’ailleurs, ce sont les surveillants eux-mêmes qui alertent les étudiants lorsque les inspecteurs sont à proximité des salles d’examen.
De nombreux élèves ont également été vus en possession d’antisèches, alors que quelques autres ont réussi à faire entrer des caméras en salle d’examen. Certaines ont été confisquées. Mais combien d’élèves ont-ils pu copier la totalité de leur cours, sans être, le moindre du monde, inquiétés ?
Les surveillants ne se sont pas contentés de laisser tricher. Ils ont souvent aidé les candidats en difficulté à se faire assister de leurs camarades. « Un surveillant m’a carrément demandé de laisser copier une élève qui séchait durant l’examen de chimie », affirme un jeune homme.
Ailleurs, « une surveillante a pris l’initiative de dicter la réponse à une classe entière, après avoir commencé par aider un élève en détresse, rapporte un autre élève. Mais elle le faisait discrètement », précise-t-il, comme pour excuser la surveillante.
Certes, tous les élèves ne sont pas logés à la même enseigne, et il arrive que certains candidats pistonnés soient privilégiés par rapport à d’autres. « Dans une salle d’examen, seule une fille avait droit aux réponses que lui apportait la surveillante, alors que les autres candidats devaient travailler en silence, sans broncher », assure une jeune fille. Jusqu’au moment où la surveillance s’est quelque peu relâchée, l’espace d’une petite dizaine de minutes, permettant aux élèves d’échanger quelques mots, quelques réponses, avec grande discrétion.
Dans une autre salle d’examen, « un jeune homme a eu droit à tous les égards de la part de l’inspecteur lui-même qui venait lui demander régulièrement s’il avait besoin de quelque chose, et qui lui passait même son père au téléphone », indique une autre jeune fille. « Le jeune homme avait évidemment l’autorisation d’utiliser des antisèches qu’il avait soigneusement préparées », poursuit la jeune fille, qui précise que la classe entière a ainsi profité du laxisme de l’inspecteur.
Le pire est que la triche est devenue « un droit » que revendiquent les candidats au bac libanais. « En quoi cela vous dérange-t-il que je copie ? » demande, avec arrogance, un élève à une surveillante qui tente de faire preuve d’autorité. Impuissante, cette dernière finira par quitter la classe, laissant à une autre surveillante, moins regardante, le soin de surveiller le « bon » déroulement des épreuves.
« Il est interdit de tricher », avaient pourtant annoncé les surveillants aux élèves, avec autorité, le premier jour d’examen. Une interdiction qu’ont quand même réussi à appliquer quelques responsables de centres d’examens qui ont adopté une discipline de fer, durant la totalité des épreuves.
Mais ces rares exceptions suffiront-elles à redorer l’image du baccalauréat libanais ?
Anne-Marie EL-HAGE
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« La première heure, les surveillants étaient sévères, mais ils ont fini par nous laisser tricher au cours de la seconde », raconte un élève. Laisser tricher, cela veut dire, de la part des surveillants, fermer les yeux sur le copiage, sous ses diverses formes. Un élève peut ainsi permettre à un autre, assis non loin de lui, de copier ses réponses. Parfois même, lorsqu’une épreuve d’examen s’avère difficile, un élève qui connaît bien son sujet dicte tout simplement les réponses à la ronde. Cela s’est d’ailleurs passé dans une salle d’examen. Mais à la condition, bien sûr, de se faire discret. Car il est...