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Actualités - Opinion

La sécurité, c’est aussi une question prosaïque d’équipement Émile KHOURY

Une sécurité volatile, des affrontements volants, la paix civile suspendue à un fil de rasoir. Et la force publique obligée à se tenir de côté. Ou, au mieux, à s’interposer entre les belligérants, à tenter de protéger la population civile. Pourquoi ? Pour des considérations politiques qui risquent de la diviser. Comme en 1975. De la disloquer, du moment que son tissu est composite et qu’on ne commande pas aux convictions. C’est vrai, et le commandement lui-même en convient. Mais ce qui est encore plus vrai, c’est que cette force publique, même plus nombreuse, est moins puissante que les milices. D’autant que sa principale composante, l’armée, n’a pas le combat de rue pour vocation première. Ses chars, ses avions, son artillerie lourde n’y sont d’aucune utilité. Ses unités de terrain n’ont pas, en général, la mobilité requise en milieu urbain. Et ne peuvent paraître et disparaître à leur gré, se fondre dans la population, comme les miliciens. Ses commandos d’élite, les maghawir, peuvent certes lancer des opérations coup de foudre, investir un immeuble. Mais sont d’une efficacité toute relative dans des clashes de tranchées ou de barricades. Autorité Avant guerre, l’État assurait assez facilement la police. Les forces de l’ordre le rétablissaient rapidement dans les régions où il se troublait. Des armes, les Libanais en ont certes toujours eu. Mais il ne s’agissait alors que d’armes de poing, individuelles, tout au plus des fusils-mitrailleurs. Rien à comparer avec le matériel de la force publique, ni avec ses moyens de communication et de logistique. Le contresens de la sécurité à l’amiable n’avait aucun cours. Quand la tâche se révélait trop ardue pour la police ou la gendarmerie, l’armée intervenait. En force, sans concessions, sans compromissions, sans demi-mesures décrédibilisant l’État de droit. Les militaires ripostaient à tout tir. Alors qu’aujourd’hui, comme on a pu le voir le dimanche noir à Mar Mikhaël Chiyah, ils n’ont même plus le droit de se défendre ! Le recrutement Un autre élément, qui pèse aujourd’hui encore plus qu’hier : les agents de l’autorité publique, militaire ou policiers, les enfants de l’État comme on disait alors, avaient moins tendance à écouter les sirènes de la discorde. Parce qu’ils avaient le sentiment d’appartenir à la force même. Et de lui être redevables de mille avantages. Dont le moindre n’était pas que, dans beaucoup de cas, elle les tirait sinon d’un état de misère, du moins de précarité, paysanne ou autre, et d’infériorité. Tandis qu’aujourd’hui, un jeune peut plus facilement trouver son content ailleurs. Soit grâce aux études, qui se sont démocratisées. Soit en rejoignant des partis, armés ou pas. Sans compter le déficit de mentalité pacifiste provoqué par les guerres. Aujourd’hui, après le retrait des Syriens, il reste donc l’armement des Palestiniens, les bases hors camps des organisations d’obédience syrienne et tout le bataclan hétéroclite à l’intérieur des camps. Il y a, surtout, l’arsenal du Hezbollah, que ce parti justifie au titre de la Résistance. Mais qu’il a tourné en mai, une première fois qui risque de ne pas être la dernière, vers l’intérieur. Et il y a, dans son orbite ou ailleurs, des dizaines d’autres groupes plus ou moins lourdement armés. Suggestions Traitant ce dossier au cours d’un cénacle privé, des politiciens et des intellectuels ont dégagé diverses idées de solution. La première étant, évidemment, qu’il faut tout simplement ramasser les armes et les remettre à l’État. Plus facile à dire qu’à faire, on s’en doute. Car le dialogue politique requis à cette fin s’annonce comme un dialogue de sourds, du moment que le Hezbollah n’entend pas désarmer. Du moins pas avant une paix régionale globale. Voire, selon les radicaux khomeyniste, pas avant qu’Israël ne soit rayé de la carte. Autre proposition, également trop optimiste : se fier à une force de police arabe pour protéger l’intérieur, jusqu’à ce que disparaissent les prétendues raisons d’être de l’armement hezbollahi et palestinien. Cette présence est, on le sait, contestée autant par les milices que par diverses formations politiques. Sans compter les réticences arabes elles-mêmes. Car que ferait cette police si des affrontements éclataient, sur qui tirerait-elle ? Même chose, même conclusion d’infaisabilité, pour la recommandation avancée par le professeur Philippe Salem : un déploiement de contingents de l’ONU à l’intérieur du Liban. Encore une suggestion qui se heurte concrètement à un rejet par le Hezbollah : obliger les éléments armés à se cantonner dans les zones où ils font face à l’ennemi israélien. Le Hezb répond que le danger israélien menace tout le pays, donc que la Résistance doit y être présente partout.
Une sécurité volatile, des affrontements volants, la paix civile suspendue à un fil de rasoir. Et la force publique obligée à se tenir de côté. Ou, au mieux, à s’interposer entre les belligérants, à tenter de protéger la population civile. Pourquoi ? Pour des considérations politiques qui risquent de la diviser. Comme en 1975. De la disloquer, du moment que son tissu est composite et qu’on ne commande pas aux convictions. C’est vrai, et le commandement lui-même en convient.
Mais ce qui est encore plus vrai, c’est que cette force publique, même plus nombreuse, est moins puissante que les milices. D’autant que sa principale composante, l’armée, n’a pas le combat de rue pour vocation première. Ses chars, ses avions, son artillerie lourde n’y sont d’aucune utilité. Ses unités de terrain n’ont pas, en...