Par Abdel-Maoula CHAAR *
Les riches ont généralement la réputation de « sans cœur ». La caricature la plus commune les décrit comme appartenant à une caste dédaigneuse qui survole du haut de ses millions les problèmes de la planète. Une certaine presse ne manque pas de relever tout ce qui peut alimenter cette image. Les exemples ne manquent pas. Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir n’importe quel magazine dit « people ».
Ce mythe du riche m’« enfichissiste » est bien implanté dans l’inconscient populaire alors qu’il est très sérieusement écorné, dans la pratique, par les rapports financiers qui révèlent le type de domaine dans lesquels les HNWI et les UHNWI investissent(). Ces acronymes signifient Personnes à patrimoine net élevé et Personnes à patrimoine net très élevé. Dans un cas, il s’agit d’individus qui sont à même d’investir un million de dollars. Il y en a une dizaine de millions dans le monde. Dans l’autre, on parle de personnes qui possèdent au moins trente millions de dollars à investir. Leur nombre avoisinent les cent mille. Comme riche, on ne fait pas mieux.
Ces personnes investissent dans tous les domaines possibles et imaginables pour faire fructifier leur fortune… Elles placent même leur argent en utilisant ce qu’on appelle la finance éthique et la finance responsable ! Le mythe évoqué en début d’article voudrait que ce type d’action, venant de la part de riches et de très riches, ne représente qu’un cas d’espèce. Eh bien, non ! 10 % des HNWI investissent socialement responsable. Il en est de même pour 11 % des UHNWI. Visiblement, plus on est riche, plus on se sent responsable et c’est une bonne nouvelle. Ces investissements représentent 9 % du portfolio des deux catégories, ce qui constitue des sommes conséquentes au niveau mondial. De plus, ces investissements sont visiblement rentables vu le nombre de personnes qui y placent leur argent. Cet afflux attire, évidemment, de nouveaux investisseurs et initie une sorte de cercle vertueux où le nombre d’investisseurs augmente l’attractivité du secteur qui suscite de nouveaux investissements qui attirent de nouveaux investisseurs qui …
Cette association entre l’investissement éthique et la rentabilité peut sembler incongrue. Cependant, il ne faut pas se méprendre. Pratiquer la finance éthique ne consiste pas à mépriser les bénéfices, mais à ne pas les accepter, quels que soient leurs coûts sociaux. Ainsi, les investisseurs vont choisir des domaines d’investissement qui respectent des critères éthiques précis et opter, ensuite, comme tout bon investisseur, pour les produits qui maximisent les placements.
C’est là la différence majeure avec la finance responsable où l’impact social des investissements prend le pas sur la rentabilité financière. En fait, c’est de cette façon dont s’exprime de plus en plus la philanthropie moderne. Pour maximiser l’utilité de leur argent en utilisant un effet de levier, les donateurs investissent dans des domaines à haut impact social plutôt que de donner à fonds perdu. À nouveau, 11 % des Personnes à patrimoine net élevé exigent d’avoir des produits philanthropiques dans leurs portfolios d’investissement, alors que 17 % des Personnes à patrimoine net très élevé font de même.
Au-delà de leur impact immédiat, l’intérêt réel de ces pratiques est de prouver que finance et moralité peuvent rimer. On est donc très loin de l’image du riche égoïste et égocentrique des tabloïds. Question de lecture, sans doute !
() Toute l’information répertoriée dans ces colonnes provient du « World Wealth Report – 2007 » publié par Capgemini et Merrill Lynch.
* Spécialiste en stratégie et théorie des organisations – Centre de recherche, d’études et de développement (CRED) de l’ESA
En coopération avec :l'ESA
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