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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Punk ! Punk ! Punk !

Ving-cinquième semaine de 2008. No Future. C’est le rêve de l’ultime reset. Le Big Bang, comme celui que tous craignaient aux premières secondes du troisième millénaire – pire : celui à l’image de l’originel, il y a des milliards d’années. C’est le fantasme de plus en plus avoué : faire tabula rasa. De tout. Tout dynamiter, tout écraser, tout renverser. Tout : une majorité élue par un peuple ; le concept de démocratie ; les principes républicains et l’exercice sain et serein du pouvoir, etc. Et, surtout, avant tout, plus que tout, le Pacte. Ce document cadavérique mais toujours fondamental sur lequel repose, métastasé et malingre et exsangue, le fantôme de la coexistence libanaise : Taëf. Tout, donc – quitte à ce que ces Néron de pacotille, en même temps que la cité, que le pays, que la nation brûlent et crèvent. Ils s’en moquent. No Future. Quel talent. Michel Aoun et Hassan Nasrallah – ou plutôt, c’est inouï, Michel Aoun pour Hassan Nasrallah – sont en train, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, de mettre en pratique ce mouvement dont personne au monde ne penserait leur disputer la paternité ; ce noumène totalement insensé qu’ils avaient conceptualisé, roublards, en 2006, déjà, dans l’infini bluff de leur document de Mar Mikhaïl : le punk politique. Intellectuellement bien blême comparé au nihilisme, politiquement beaucoup moins noble que l’anarchisme et esthétiquement nul par rapport au dadaïsme, ce punk politique a ceci de tellement plus puissant et plus pernicieux que ses équivalents musical ou culturel qu’il équivaut, ni plus ni moins, à une épuration. Une épuration sinon ethnique, du moins idéologique et politique. Une épuration monochrome : il y a cette couleur nauséeuse, ce brun plus brun que brun. Une épuration infiniment hypocrite, puisque derrière ces slogans strass, Changement et Réforme et Loyauté à la Résistance, se cachent à la fois une apologie forcenée du putsch puis de la dictature et une obédience aveugle et létale à la wilayet el-faqih. Le tandem Nasrallah-Aoun rêve en blanc de sa nuit de la Saint-Barthélémy. No Future. Les exigences sur la composition du futur cabinet et sur les portefeuilles dits régaliens ; cette tartuferie monumentale sur une nécessaire alternance au sein des ministères (à qui bénéficient le Travail, la Santé, les AE, aussi, depuis des années ?) ; cette pseudo-abnégation limite christique en faveur du partenaire qu’il faut impérativement blinder avec des maroquins de services (loin de toute corruption, bien sûr…) avant les prochaines législatives ; cette morgue : le cabinet finira bien par voir le jour un mois avant les législatives, tout cela n’est plus simples caprices de Castafiore sous Xanax. L’appel au dynamitage des prérogatives d’une seule communauté (la sunnite) sans que les deux autres ne soient aucunement concernées ; un appel lancé alors que viennent à peine d’être enterrées les victimes de la bataille d’Irak lancée par le Hezb et consorts en mai dernier ; un appel constamment jumelé avec une insupportable défense du privilège – pas des prérogatives, du privilège – que s’auto-accorde un parti de Dieu armé jusqu’aux dents, cet appel n’a rien d’innocent, ni dans son fond ni dans sa forme ou son timing. Enfin, cette fatwa au ton terriblement khomeiniste : nous ne rendrons pas nos armes, même si Israël se retire des fermes de Chebaa, à peine nuancée par le bon plaisir de l’ultraconservateur Naïm Kassem, étrangement euphorique, plein de bonne volonté même, en cette fin de semaine morose : qu’elles soient libérées et nous nous entendrons sur une stratégie de défense tous ensemble, cette menace d’interminables guerres à venir sonne comme un glas. Et enterre définitivement la crédibilité du Hezb. Beau tableau de chasse que cette acmé dans la stratégie autocratique et abortive du 8 Mars. No Future. Surtout que celui censé incarner et dessiner les contours d’un futur éclairé, pacifié, tranquille, prospère, civilisé, démocratique – c’est-à-dire ce président de la République enfin élu (à quel prix et après quoi…), c’est-à-dire, en l’occurrence, Michel Sleiman, est indiscutablement la cible (é)mouvante numéro un de cette punk politique de tous les excès. À peine installé dans son fauteuil, le voilà menotté, ligoté, bâillonné, soumis aux tentatives de hold-up politique du CPL, ou, plus délétère encore, à ses propositions d’une indécence telle qu’elle en devient comique – que Michel Sleiman les décline même avec le sourire : nous nous arrangerons comme vous voulez pour la composition du cabinet en contrepartie d’une garantie d’alliance avec le CPL aux prochaines législatives… Le voilà, ce vaillant général, réduit à jouer les GO avec les chefs spirituels plutôt que de diriger le pays. No Future. Surtout que, partout tout autour, les gens s’organisent, les gens s’emploient, même sans garantie de succès, à bâtir, même bancal, même boiteux, un meilleur avenir. De partout, les premières esquisses s’ébauchent : entre le Hamas et l’État hébreu, entre les Assad et Olmert, entre Américains et Iraniens en Irak, etc. Partout, tout autour, mais jamais ici, jamais au centre. Ici, au centre, dans ce laboratoire maudit des dieux où se plaisent à faire joujou de très sautillants Gargamel, on préfère définitivement le hardcore. Les croisades. Le jihad. Tous les Tora ! Tora ! Tora ! du monde. La punk politique. Le hara-kiri – de pacotille. Peut-être est-il temps, finalement, déjà, pourquoi pas sur un air des Sex Pistols ou des Ramones, que Michel Sleiman se fasse violence, se lève et tape des deux poings sur une table. Il est payé pour. Il le peut. Sinon, ce ne sera qu’un général de plus. Ziyad MAKHOUL
Ving-cinquième semaine de 2008.
No Future.
C’est le rêve de l’ultime reset. Le Big Bang, comme celui que tous craignaient aux premières secondes du troisième millénaire – pire : celui à l’image de l’originel, il y a des milliards d’années. C’est le fantasme de plus en plus avoué : faire tabula rasa. De tout. Tout dynamiter, tout écraser, tout renverser. Tout : une majorité élue par un peuple ; le concept de démocratie ; les principes républicains et l’exercice sain et serein du pouvoir, etc. Et, surtout, avant tout, plus que tout, le Pacte. Ce document cadavérique mais toujours fondamental sur lequel repose, métastasé et malingre et exsangue, le fantôme de la coexistence libanaise : Taëf. Tout, donc – quitte à ce que ces Néron de pacotille, en même temps que la cité, que le pays, que la nation...