Le déblocage de la présidentielle semble être, à en croire les indications fournies par le président Sarkozy, le seul motif justifiant la soudaine absolution accordée par Paris à Damas. Un quitus doublé d’une récompense : invitation et tapis rouge au président Assad.
Le seul motif, mais sans doute pas le seul mobile. Sans vouloir prospecter les vrais buts du pouvoir français ni lui faire de procès d’intentions, son ouverture précipitée sur le régime syrien suscite à Beyrouth une surprise attristée.
Fondée sur cette question élémentaire : est-ce que la crise libanaise se résume à la présidentielle ? N’y a-t-il pas, derrière ce simple effet, comme derrière bien d’autres, des raisons différentes, lourdes, profondes et graves ?
Une première réponse chez Assad lui-même. Qui déclare, dans un entretien de presse : « Ce qui est en question, ce n’est pas l’élection d’un président. Elle n’est que partie d’un plus grand problème résultant d’un manque de confiance entre les fractions libanaises. Une confiance que les institutions, la présidence, le Parlement, le gouvernement doivent garantir. En sus des lois, comme de divers engagements et de toutes sortes de choses semblables. Quand la confiance fait défaut entre interlocuteurs locaux dans un pays déterminé, il devient nécessaire d’initier des mécanismes pointus pour la rétablir. Il ne s’agit pas de résoudre un volet quelconque du dossier, mais le problème de fond. Cela dit dans les grandes lignes. Car pour ce qui est des détails, je ne puis donner de réponse en lieu et place des Libanais. »
Bien entendu, ce constat, pour juste qu’il paraisse, sonne comme tout à fait incomplet. Voire déviant. Car le chef de l’État syrien élude la question, essentielle : mais pourquoi donc les Libanais n’ont-ils pas confiance les uns dans les autres ? Ce déficit d’entente salvatrice, cette déficience comportementale suicidaire, d’où viennent-ils donc au juste ? N’est-ce pas, principalement, de la Syrie qui divise pour régner ?
Doutes
En tout cas, Paris aurait été bien inspiré de prendre Assad au mot. Pour considérer, comme il l’affirme, que la présidentielle n’est pas le nucleus de la crise libanaise. Donc d’estimer que sa tenue ne suffit pas pour un verdict d’acquittement jugeant que Damas a entièrement, définitivement, changé de ligne à l’égard du Liban. Pour passer de l’obstructionnisme destructeur à une assistance positive constante.
La preuve que le doute, le doute au moins, reste permis, et même indispensable, réside dans les entraves apportées à la formation du cabinet. Par les auditeurs attentifs de la voix, et de la voie, syrienne. Après avoir bloqué la présidentielle pendant six mois, paralysé la Chambre et sapé l’action gouvernementale pendant un an et demi, ils remettent le couvert. Par des exigences et des veto rédhibitoires.
La différence étant que l’agenda réduit leur marge de manœuvre chronologique. Car l’échéance des législatives, prévues dans un an, ne permet pas aux prosyriens de laisser l’actuelle équipe Siniora en place trop longtemps.
De plus, Assad, encore lui, s’est prononcé. Pour la mise en place « d’un gouvernement libanais d’union nationale ». Car il y voit « un gage incontournable de dépolitisation du tribunal international », sa bête noire. Mais comment un gouvernement d’entente libanais pourrait-il lui donner satisfaction sur ce point ? Tout simplement, à travers le tiers de blocage dont doivent disposer ses alliés. Prêts, le cas échéant, à faire obstacle à des requêtes, ou des injonctions, de l’instance embarrassantes pour Damas. Ou même, à jongler avec les juges libanais devant siéger à la Cour.
Même chose pour les nominations de première catégorie, dans l’administration générale, dans le cadre diplomatique, dans le corps judiciaire, dans l’institution militaire ou dans les services de sécurité. Si les prosyriens ne peuvent nommer leurs fidèles, ils auraient tout loisir de bloquer les désignations. Et de paralyser derechef l’État, aussi sûrement que par cette démission de ministres à laquelle ils s’engagent, cette fois, à ne plus recourir.
Cela sans compter l’arme fatale de la déclaration ministérielle. Qui ne verrait pas le jour s’il y était fait allusion à des thèmes préjudiciables pour l’axe syro-iranien ou au Hezbollah. Comme l’arsenal de ce parti, le démantèlement des bases palestiniennes d’obédience syrienne ou encore Chebaa. Puis la normalisation des rapports d’État à État avec la Syrie. Mais également comme le programme de réformes dit Paris III qui déplaît à l’opposition.
Bref, rien n’est fait. Rien ne prouve encore, répétons-le, que la Syrie a changé. En fait, à ce jour, tous les indices donnent à penser le contraire. On s’étonne donc à Beyrouth que Paris rende si hâtivement une sentence. Avant-dire droit.
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Le seul motif, mais sans doute pas le seul mobile. Sans vouloir prospecter les vrais buts du pouvoir français ni lui faire de procès d’intentions, son ouverture précipitée sur le régime syrien suscite à Beyrouth une surprise attristée.
Fondée sur cette question élémentaire : est-ce que la crise libanaise se résume à la présidentielle ? N’y a-t-il pas, derrière ce simple effet, comme derrière bien d’autres, des raisons différentes, lourdes, profondes et graves ?
Une première réponse chez Assad lui-même. Qui déclare, dans un...