Un coup d’épée dans l’eau. Tel est l’effet provoqué dans les milieux politiques et officiels locaux par la proposition du Premier ministre israélien, Ehud Olmert, de relancer les négociations de paix entre le Liban et l’État hébreu, dont le dernier round, dans le cadre de la conférence de Madrid, s’était tenu en février 1994. Certes, des sources israéliennes ont mis un bémol, au cours des dernières vingt-quatre heures, à la proposition d’Olmert, soulignant à ce propos que le Premier ministre israélien n’a fait en réalité qu’exprimer l’espoir, au cours d’une réunion à huis clos, que « les circonstances mûrissent suffisamment en vue de relancer les pourparlers de paix avec le Liban ». Mais en dépit de cette nuance apportée par Tel-Aviv, la petite phrase d’Olmert n’a trouvé aucun écho favorable dans les différents milieux politiques libanais.
Le chef du gouvernement désigné, Fouad Siniora, a notamment rejeté, dans un communiqué officiel, la proposition de son homologue israélien, soulignant à cet égard que l’État hébreu ferait mieux dans l’immédiat de se conformer aux résolutions du Conseil de sécurité concernant le Liban, impliquant plus particulièrement le retrait des troupes israéliennes de la zone des fermes de Chebaa et des collines de Kfarchouba, sans compter le nécessaire arrêt des violations systématiques de l’espace aérien libanais.
Les milieux officiels libanais soulignent dans ce contexte que la communauté internationale se doit de faire pression sur Israël afin de le contraindre de respecter la résolution 1701 et de libérer les prisonniers libanais détenus dans les prisons israéliennes. Une telle intervention de la communauté internationale est d’autant plus nécessaire dans le contexte présent que le président Nicolas Sarkozy s’est engagé à mettre tout son poids dans la balance afin de convaincre l’État hébreu de se retirer des fermes de Chebaa de manière à placer cette région sous le contrôle des Nations unies, comme l’avait suggéré Fouad Siniora après la guerre de juillet 2006, dans l’attente d’une délimitation des frontières entre le Liban et la Syrie.
Le président Sarkozy, indiquent les sources diplomatiques à Beyrouth, attend d’être informé de la teneur des nouveaux documents dont l’existence a été révélée il y a quelques jours par le président Michel Sleiman et qui apportent une nouvelle preuve, selon le chef de l’État, de la libanité des fermes de Chebaa. Ces documents sont actuellement examinés, en vue de leur vérification, par un officier spécialisé de l’armée libanaise. Ils devraient être transmis également au secrétaire au Foreign Office, David Miliband, qui vient d’effectuer une visite à Beyrouth, au cours de laquelle il s’est entretenu avec le président Sleiman, notamment du dossier de la 1701 et de la situation au Liban-Sud.
Selon les sources diplomatiques susmentionnées, le chef de la diplomatie britannique se serait engagé à discuter de ces nouveaux documents dévoilés par le président Sleiman au cours de la réunion qu’il tiendra la semaine prochaine à Londres avec le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. M. Miliband aurait promis en outre d’entreprendre des démarches avec les responsables américains et français en vue de tenter d’obtenir une nouvelle résolution du Conseil de sécurité portant sur le dossier de Chebaa. Une avancée sur ce plan permettrait incontestablement de renforcer le pouvoir central, en l’occurrence le nouveau régime du président Sleiman, et de faciliter, par la même occasion, la mise au point d’une stratégie de défense. Du même coup, il deviendrait possible de trouver, enfin, une solution au problème épineux des rapports conflictuels entre le Hezbollah et le gouvernement.
Khalil FLEYHANE
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