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Actualités - Opinion

LE POINT Fin de (première) partie

Ce sont les Noirs – mais aussi les Hispaniques, les cols bleus, les laissés-pour-compte… – qui avaient porté Bill Clinton à la tête du pays. Ce sont les Noirs qui ont hâté la chute de son épouse et, demain peut-être, permettront l’installation de Barack Obama à la Maison-Blanche, à l’issue d’un duel fratricide autant qu’homérique. En ce mardi soir où, une fois franchie la barre de 2 118 bulletins, tout a semblé basculer, une certaine Amérique dont on soupçonnait mal l’existence, moins « profonde » qu’il n’y paraît et sans doute plus apte à accepter le changement, a semblé résolue à jeter aux orties ses vieux oripeaux et à arborer un nouveau visage, celui d’un lendemain dessiné par le fils d’un ancien berger du Kenya et d’une jeune Blanche du Kansas. Quelqu’un notait l’autre jour la différence entre les deux adversaires démocrates : « Elle n’a cessé de plaider pour une meilleure nation ; il s’est constamment battu, avec un optimisme qui finissait par devenir contagieux, pour porter l’homme à s’améliorer. » Le rêve, c’est cela aussi et la force du jeune sénateur de l’Illinois a consisté à porter ses concitoyens à le partager avec lui. Au dernier jour de la bataille, il irradiait la conviction que, oui, tout est possible dans un pays qui n’a jamais cessé de faire reculer les frontières de l’impossible. Ce bain de jouvence, on en avait tant besoin après les années du roué Bush et de la bande d’illusionnistes dont il s’était entouré. Après la proclamation des résultats du Montana, l’adversaire de John McCain a parlé du début d’une période historique « qui fera lever un jour nouveau et meilleur ». Ils étaient 40 000 partisans, rassemblés à St Paul, dans le Minnesota, à boire ses paroles. Au Baruch College de Manhattan, ils étaient quelques centaines d’inconditionnels à scander, comme en un exercice d’exorcisme : « Don’t give up, don’t give up » et « Denver, Denver », en allusion à la capitale du Colorado où se tiendra la convention du parti, du 25 au 28 août prochain. L’enthousiasme des uns tout autant que la déception des autres ne doivent pas occulter l’énormité de la tâche qui reste à accomplir dans les semaines qui précèdent le mois de novembre pour concrétiser l’élan imprimé à la course. Avec, à tout moment, le risque latent d’une cassure causée par la question raciale, le choc des cultures (non, le melting-pot n’a rien résolu, au contraire), les inégalités sociales, mais aussi le fêlure apparue dès les primaires de l’Iowa entre les partisans de l’ancienne First Lady et celui dont à aucun moment elle n’a voulu croire qu’il partait gagnant tant demeure profonde sa foi en son étoile. La preuve : lors de la première bataille, celle qui les avait opposés dans l’Iowa, elle l’avait si peu pris au sérieux qu’elle avait bâclé un semblant de campagne, lui laissant large ouverte l’avenue menant à la victoire dans cet État. Les ondes de choc consécutives à ce séisme politique n’ont pas cessé, tout au long des dix-sept mois, à être ressenties à chacune des primaires qui ont jalonné l’interminable marathon préélectoral. À mesure qu’approchait l’échéance se multipliaient les revers et s’accentuait l’étiage financier, tandis qu’ils étaient de plus en plus nombreux à abandonner le navire, les rats soucieux d’assurer leur avenir. Et puis il y avait Bill Clinton, hier un précieux atout, devenu un bien lourd handicap, un homme que son quadruple pontage coronarien, a osé écrire Todd S. Purdum, le rédacteur en chef de Vanity Fair, a rendu méconnaissable, au point que l’on en vient à se demander : « Mais que lui arrive-t-il ? » Sur ce dernier point, tout le monde ou presque est d’accord : l’ancien président a mal servi la cause de son épouse, se transformant « en mariée à tous les mariages et en cadavre à tous les enterrements », pour reprendre l’inélégante formule du journaliste qui, ayant suivi son parcours seize années durant et épousé son ancienne porte-parole, Dee Dee Myers, connaît parfaitement son homme. Au fait, qui pourrait en dire autant de Barack Obama, dont on vient de découvrir une facette peu connue, celle d’un ardent défenseur d’Israël, d’un ennemi juré de « la tyrannie du pétrole », d’un grand pourfendeur du régime islamique d’Iran ? Il est vrai qu’il s’est posé comme tel à la faveur d’un discours prononcé devant l’Aipac, un lobby résolument sioniste, et qu’à la même tribune devait prendre la parole Hillary Clinton. Laquelle a dit, dans un discours tout aussi enflammé et frénétiquement applaudi : « Je sais qu’il sera un bon ami d’Israël. » Nous voilà prévenus. Et doublement, puisqu’on nous a annoncé, dans la foulée, que la dame sera là « pour les douze, vingt ans à venir ». Redoutable perspective. Christian MERVILLE
Ce sont les Noirs – mais aussi les Hispaniques, les cols bleus, les laissés-pour-compte… – qui avaient porté Bill Clinton à la tête du pays. Ce sont les Noirs qui ont hâté la chute de son épouse et, demain peut-être, permettront l’installation de Barack Obama à la Maison-Blanche, à l’issue d’un duel fratricide autant qu’homérique. En ce mardi soir où, une fois franchie la barre de 2 118 bulletins, tout a semblé basculer, une certaine Amérique dont on soupçonnait mal l’existence, moins « profonde » qu’il n’y paraît et sans doute plus apte à accepter le changement, a semblé résolue à jeter aux orties ses vieux oripeaux et à arborer un nouveau visage, celui d’un lendemain dessiné par le fils d’un ancien berger du Kenya et d’une jeune Blanche du Kansas.
Quelqu’un notait l’autre jour la...