C’est un intense soulagement qu’a apporté aux Libanais l’accord de Doha, même s’il ne satisfait entièrement aucun des deux camps du pays, même s’il n’est que le début d’un long et laborieux processus devant mener à la normalisation. À défaut d’un fol enthousiasme, c’est le même sentiment de détente, survenant miraculeusement après une longue oppression, qu’inspire la perspective de l’élection, demain, du président de consensus Michel Sleimane.
Plus longtemps et inconfortablement que toute autre personnalité promise à la première magistrature, le commandant de l’armée aura été condamné à ronger son frein, assigné à résidence qu’il se trouvait dans l’antichambre du palais de Baabda. Au départ, il n’était pas le candidat de cœur d’une majorité parlementaire comptant dans ses rangs une multitude d’aspirants au poste, mais qui, par seul pragmatisme, fut la première à avancer son nom. Et il endura, de la part de l’opposition, mille et une conditions et chicanes qui retardèrent d’autant, et parurent même compromettre, sa consécration. En d’autres termes, Michel Sleimane doit très bien savoir à quoi s’en tenir, d’un côté comme de l’autre ; et il aura brillamment accompli sa mission si, de ces deux tiédeurs, il parvient à instaurer un climat de chaleur nationale dont l’intensité ne devrait rien aux effervescences de la poudre.
On ne le relèvera jamais assez, sans évidemment que les qualités personnelles de Michel Sleimane soient mises en cause : élection présidentielle après élection, est en train de se confirmer, dans cet îlot de démocratie que se veut notre petit pays, une nette tendance à ce qu’il faut bien appeler la militarisation de la présidence de la République. Le phénomène est doublement pernicieux, puisqu’il implique rigoureusement une politisation du commandement de l’armée. Car bien davantage que la députation ou que l’action ministérielle, que la magistrature, le barreau ou la haute finance, c’est le Pentagone de Yarzé qui est en train de s’imposer comme l’antichambre naturelle de Baabda. Faudra-t-il donc un jour que la Constitution fasse explicitement la part des choses et verrouille l’incompatibilité absolue de ces deux hautes charges ? Et même si cela était, n’aurait-on pas fait vite de se rabattre sur ces amendements dits d’exception mais enclins à devenir la règle ?
L’une des raisons de ladite tendance est certes la faillite d’un establishment politique éclaté, miné par mille et une subversions étrangères et qui en était à évoluer, ces derniers temps, hors de toute règle institutionnelle. Un autre et curieux phénomène veut cependant que cette montée en puissance des généraux ne s’appuie guère sur un instrument à l’autorité incontestée et au potentiel militaire sans partage, mais, tout à l’opposé, sur un corps fragile et vulnérable en temps de crise, surtout quand celle-ci revêt des aspects confessionnels ou sectaires. Arguera-t-on pour autant que c’est précisément sa faiblesse, cause impérieuse de neutralité interne, qui fait paradoxalement la fortune politique des officiers ? Et si tel est bien le cas, qui donc, dans cette véritable poudrière qu’est le Liban, définira un jour la mince frontière existant entre atteintes à l’ordre public requérant une répression immédiate et incidents à hauts risques commandant l’inaction ?
Toutes ces considérations n’ont certes pas pour objet de jeter une ombre sur la grandeur du moment. Tout Libanais sincère ne peut, au contraire, que souhaiter plein succès à l’homme dont on attend, en tout premier lieu, qu’il redonne lustre et consistance à une fonction présidentielle que son prédécesseur et ancien compagnon d’armes a laissée en ruines. Et qu’il œuvre à cette restauration de la présidence dans le respect absolu des libertés, dans le constant souci de la souveraineté et de l’indépendance.
Dès lors, vivement demain.
Issa GORAIEB
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Plus longtemps et inconfortablement que toute autre personnalité promise à la première magistrature, le commandant de l’armée aura été condamné à ronger son frein, assigné à résidence qu’il se trouvait dans l’antichambre du palais de Baabda. Au départ, il n’était pas le candidat de cœur d’une majorité parlementaire comptant dans ses...